‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 296 sur 764 · Vita Uadriani (Lih. pont., t. II, p · texte numérisé non relu

Vita Uadriani (Lih. pont., t. II, p

(). Hekki.e, op. laiid., t. IV, p. 3o6, croit cpie Gunllier et Tlieuttjaud arrivèrent, soit dans les derniers jours de la vie de Nicolas, soit très peu île temps après sa mort. D'après DiJMMi.EU, t. II, |). 224, n. I, les deux arclievêipies auraient été appelés i\ Home par .\i^ sène avant la nujrl de Nicolas, mais [)eut-êlre était-ce en prévision de celle-ci.

MORT DE THEUTGAUD (8G8). THEUTBERGE A ROME (867-868). Soy

eux des présents pour les démarches qu'il devait faire auprès d'Adrien'. Tint-il vraiment ses promesses ? En tout cas, le pape ne restaura pas les deux archevêques sur leurs sièges. Theutgaud reçut en même temps que Zacharie et Anastase la communion ecclésiastique^. Outre cette faveur, Adrien lui donna un asile dans l'abbaye Saint-Grégoire de Rome. Mais le malheureux ne devait pas le garder longtemps. A deux reprises saint Grégoire lui-même serait apparu en songe à Theutgaud, et l'aurait menacé, s'il ne quittait pas son abbaye, d'une prompte mort. Theutgaud n'avait pas tenu compte du premier avertissement, mais il se rendit au second.

Adrien ne lui ayant pas accordé d'autre refuge, il se retira dans la Sabine oîi, après avoir traîné une vie misérable, il ne tarda pas à trouver la fin de son existence et de ses infortunes?. La date exacte de sa mort n'est pas connue, mais il avait certainement cessé de vivre quand Lothaire se rendit à Rome au milieu de l'année 869, attendu qu'il n'est pas question de lui, mais seulement de Gunther, soit lors de l'entrevue qu'eurent le roi et le pape au Mont-Cassin, soit au concile tenu à Rome quelque temps après. Theutgaud ne méritait pas d'être élevé à l'archevêché de Trêves ; ni son intelligence, ni son savoir, ni son caractère ne le rendaient digne de cette haute situation. Pourtant, si les temps avaient été calmes, il aurait passé inaperçu et il serait mort sur son siège. Le malheur voulut qu'il fût mêlé à de graves événements, dont il ne comprit pas l'importance. Il n'avait aucune des qualités qu'il lui aurait fallu pour se comporter en ces délicates circonstances comme il convenait à un des hauts dignitaires de l'Eglise ; il ne sut montrer ni clairvoyance, ni fermeté, ni amour de la justice. Toutefois, comme il avait péché plutôt par faiblesse que par méchanceté, comme il s'était résigné à sa condamnation, il aurait mérité quelque indulgence, et l'on ne peut s'empêcher de prendre en pitié le triste dénouement d'une existence qui avait connu des jours brillants.

En même temps, ou, plus probablement, après les deux archevêques, une autre voyageuse avait pris la route de Rome, sur l'ordre de Lothalre,

2. Vita Hadriani {^Lib. pont., t. II, p. 176). Réginon, Chronicon 867, p. 84, se trompe en disant que la communion laïque seule lui avait été accordée.

3. Sur la fin de Theutgaud, voir Joannis Vita S. Gregorii, liv. IV, ch. 17 (^AA. SS., mars, t. II, p. 209); Gesta Treuerorum, ch. 26 (SS., t. VII, p. i64). Aucun de ces documents n'indicjue l'année de la mort. Les Ann. Xant. {SS., t. II, p. 233) racontent en 86g la fin de Theutgaud, et Réginon, Chronicon, p. 84, en 865, mais ils résument en quelques phrases plusieurs événements de la vie du prélat, qui se répartissent entre plusieurs années. La Translatio S. Glodesindis, ch. 28 {SS., t. XXIV, p. 507, note), ne donne pas non plus la date de la mort de l'archevêque ; elle dit qu'il finit ses jours excommunié à Rome. Un parchemin de l'église de Carden reproduit par Brower et Masen, Annales Treoirenses, t. I, p. 423, col. 2, fait mourir Theutgaud en 870. Leibniz, Ann. inip. occ, t. I, p. 680, croit que Theutgaud ne survécut pas longtemps à Lothaire ; selon Calmet, t. I, col. 7i5, Theutgaud serait décédé en 867, Gunther en 86g, et le plus fort est que l'auteur renvoie aux xinn. Bert. qui ne disent rien de tel. Mabillon, Ann. O. S. B., t. III, p. i5i, Lapôtre, Hadrien II et les fausses décrétâtes {R. Q. H., t. XXVII, p. 386), et DûMMLER, t. II, pp. 224 et 238, n. i, adoptent 868.

3o8 I.E RKGNE DK LOTlIAlUi: Il (8r)r.-8r>(j).

Ce n'était point Waldradc, comme on pourrait le croire, mais Theutberge que faisait partir le roi, nxalgré les injonctions formelles de Nicolas. Peut-être les dernii>res lettres du pape défunt n'étaient-elles pas encore entre les mains de Lothaire, mais les eiit-il reçues qu'il se souciait peu de ce qu'elles prescrivaient, puisque Nicolas n'était plus là pour veiller à l'exécution de ses ordres. Savait-il quelque chose du caractère, des disjjositions d'Adrien II, des conditions dans lesquelles il était arrivé au trône pontifical ? Avait-il des raisons de croire que le nouveau pape se montrerait plus accommodant que son inflexible prédécesseur ? Quoi qu'il en soit, il se décida à exécuter le projet qu'il avait conçu l'année précédente, dont l'exécution même avait été commencée, et auquel il avait momentanément renoncé : il fît partir Theutberge pour Rome, avec mission de demander au pape l'autorisation de prendre le voile.

Theutberge se mit donc en route, malgré l'hiver, dans le courant de décembre, sans doute, et se présenta au pape, à qui elle exposa sa requête'. Ce qu'elle lui dit n'était que la répétition de ce qu'elle avait écrit un an auparavant à Nicolas : elle désirait se séparer de Lothaire et devenir une servante du Christ, d'abord à cause d'une infirmité corporelle dont elle était atteinte, puis parce qu'elle n'était pas l'épouse légitime de Lothaire^. Cette démarche de Theutberge prouvait qu'elle désirait sincèrement embrasser la vie religieuse ; lorsqu'elle écrivait à Nicolas, celui-ci pouvait supposer que Lothaire avait dicté la lettre, mais à Rome, loin de son mari, elle était libre de dire ce qu'elle voulait, de faire connaître le fond de sa pensée. Sans mettre en doute peut-être la sincérité de la reine, Adrien repoussa la demande qu'elle lui adressait, et la renvoya à son mari 3. Il écrivit en même temps à ce dernier, pour lui faire connaître le refus qu'il avait opposé à Theutberge. Toutefois, il lui annonçait son intention de réunir un concile, qui devrait apporter à cette question du divorce une solution définitive. En attendant, Theutberge vivrait auprès de son mari, qui avait le devoir de la traiter en épouse et en reine. Si Theutberge aimait mieux s'arrêter en route, soit à cause de la longueur du voyage, soit par suite d'une indisposition, elle vivrait paisiblement dans une de ses terres sous la protection du roi ; celui-ci serait tenu de lui donner les abbayes qu'il lui avait promises et île lui en laisser toucher les revenus. Le pape était d'ailleurs décidé à excommunier quiconque se permettrait d'inquiéter ou de molester la reine».

Sans être absolument satisfaisante, cette réponse d'Adrien n'enlevait

1. Ann. Bevt. 8G7, p. go. D'après Lapôtre, op. cit., p. Sgo, n. 8, et p. l\i(S, Thcutbcnjc se serait présentée au pape, le 5 janvier. Mûiilb.vc.iieh, Reij. Kav., p. ôoa, et Dummleh, t. II, p. 22G et n. 2, placent avant la lin de 8()7 le voyaije île Theulberge et la leUre du pape à Lothaire. Si la lettre d'Adrien a pu élre écrite en 8(J7, c'est dans les derniers jours de déciMnbre, car nous ne pensons pas ipie Theulbenjc ait entrepris son voyaije avant la mort de Nicolas ; elle n'a donc pu arriver à Home (jue vers la lin de l'année. La leUre d'Adrien à Lothaire n'a par suite été remise à son destinataire qu'en janvier ou février.

2. AimiANi Kpistoln ad Lot/utrinrn reijem, 3. E. a8ya, Mig.ne, t. (IXXII, col. laCo.

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