LÉGENDES SUR LOTHAIRE. • — SORT DE SES DEUX FEMMES
la VitaS. Deicoli, si Dieu frappe Lothaire, c'est parce que ce prince avait résolu de tuer sa femme. Adrien avait réconcilié les deux époux : à cette nouvelle, Waldrade envoie à son amant quelques-uns de ses vêtements. Leur vue rallume dans le cœur du roi son amour pour Waldrade, et dans un accès de rage il désire faire périr Theutberge. En punition de cette mauvaise pensée, Dieu lui enlève la vie le lendemain, ainsi qu'a ses compagnons'. Il n'y a probablement rien de vrai dans cette histoire légendaire, et c'est justement k cause de cette fable et d'autres du même genre, que nous hésitons k admettre, sur la foi de la seule Vita S. Deicoli, la présence en Italie de Theutberge. Si nous avons donné, en l'abrégeant, le récit de la Vita S. Deicoli, c'est qu'il contient des détails curieux qui attestent chez l'auteur une certaine connaissance du cœur ou plus exactement des sens de l'homme. L'histoire est jolie et l'on regrette presque de ne pouvoir l'accepter comme vraie. La Vita S. Deicoli ne mentionne pas une autre légende, qui représente Lothaire comme ayant été excommunié par le pape Nicolas. Née dès le ix* siècle, elle se transmit d'âge en âge, et de nos jours il s'est encore trouvé des historiens qui l'ont admise^.
Des deux femmes de Lothaire, l'une, Theutberge, se retira probablement
1. Vita S. Deicoli, cli. i3 (SS., t. XV, pp. 678-679). Nous avons vu plus haut, p. 822, n. 3, ce que pensaient les historiens modernes de la valeur qu'offrait le témoignatje de la Vita S. Deicoli.
2. C'est peut-être dans les Annales Lobienses 864 et 870 qu'on voit, pour la première fois, parler de l'excommunication de Lotliaire (SS., t. XIII, pp. 282 et 233). Depuis le X* siècle, nombreux sont les chroniques et les catalogues de souverains qui rapportent ce fait légendaire, et dans le nombre il y en a beaucoup qui ont été rédigés en Lorraine. Citons un diplôme d'Otton III pour Toul de g84 (O"'. 2, DD., t. II, p. 896), la Translutio S. Glodesindis, ch. 28, les Gesta abbatam Lobiensium, ch. i3, les Annales Hildeslieimenses 869 (qui font condamner Lothaire par Adrien), le Lib. de s. Hild. suce, ch. 6, les Annales Bertholdi, les Gesta episcoporuni Leodiensium, liv. II, ch. 19, les Gesta Trevel'orum, ch. 27, la Chronica d'ALBÉRic de Trois-Foxtaines, etc. (SS., t. XXIV, p. 507, note, I. IV, p. 61, t. III, p. 48, t. IV, p. 89, t. V, p. 296, t. VII, p. 199, t. VIII, p. 166, t. XXIII, p. 787); et parmi les catalogues, la Genealor/ia doinus caj-olingica? (mss. i et 2), la Genealof/ia Karolorum n° V, la Tabula Karolorum ex codice Steyni'eltensi, le Catalogus I abbafuin Epternacensiam , le Catalogus pontificum et iinperatoram romanorum Tiburtinus (SS., t. II, p. 812, t. XIII, p. 247, t. III, p. 2i5, t. XIII, p. 788, et t. XXII, p. 355). L'excommunication de Lothaire est encore relatée dans quel<jues-uns des mémoires et des pamphlets écrits au xi^ et au xii'^ siècle, lors des luttes du sacerdoce et de l'empire : le Liber ad Gebehardiiin de Manegold, le Liber ad amicuni, liv. III et VII, de BoNizoN, les Apologeticœ rationes de Bernold, et la Disputatio vel defensio l'iischalis papse (Libelli de Vite iniperatoriim et pontijicam sœculis XI et XII conscripti, t. I, pp. 3O2 et 363, pp. 579 et 608-609, t. II, p. 97 et p. 664). Par contre, le Liber canonum contra Heinricum quartum, dit que Lothaire fut menat^é d'excommunication, s'il ne se soumettait pas, et d'après le De unitale Ecclesiœ conservanda , Adrien n'a pas excommunié Lothaire (Libelli, t. I, p. 497j et t. II, p. 229). Charles le Chauve, dans une leltre au pape Adrien de 871, avait dit la même chose, en parlant de Nicolas (Delalande, Conciliorum antiquorum Galliie sapplementa, p. 264, col. 2). — Parmi les modernes, ont cru à l'excommunication de Waldrade Wassebourg, Antiquités de la Gaule Belgique, f" 160, Belhomme, Ilisloria inediani Monasterii, p. 169, cf. p. 177, Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. II, p. 190, Henri Martin, Histoire de France, t. II, p. 456, Depping, Histoire des expéditions maritimes des Normands, p. m, Strobel, Vatertiendisc/ie Geschichte des Elsasses, t. I, p. i55, Jeanti.x, Histoire du comté de Ghiny, t. I, p. 94.
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il ral)l)avo Saiutc-tîlossiiulc (1*> Metz, où elle l'ut enterrée'. Elle vécut encore quelques années, car le comte Kccard lui fit un legs par son testainout, qui n'est pas antérieur h 878-. Mais nous ne connaissons pas la date lie sa mort'. Il en est de inènie [)Our Waldrade, qui, elle aussi, alla finir ses jours dans un monastère. C'est à Remireinont qu'elle se retira. Lothaire lui avait fait don de l'abbaye de Lure ; elle en céda l'avouerie à son j)areiit, le comte alsacien Eberhard, qui la conserva après la mort de sa cousine^. Waldrade avait-elle ijardé auprès d'elle les trois enfants qu'elle avait eus de Lothaire ? D'après Kéqinoii, le petit Hugues aurait été élevé par le comte Wibert ; nous ne pouvons rien dire en ce qui concerne les deux filles, Berthe et Gisèle s. Nous retrouverons plus loin Hugues et ses su'urs, qui devaient jouer, soit en Lorraine, soit en Italie, un rôle important.
1. Transi. S. Glud., cli. ;>.8 {SS., f. XXIV, \). 507, noto). Calmet, t. I, col. 730, Bkr- TiiOLET, Histoire de Luxemhourf/, t. II, p. l\\'S, VHistoire de Metz, t. I, pp. 6i4-tJi5, Er.nouf, Histoire de Waldrade, p. l\'i, et Muiiluacher, Reg. Kuv., p. 607, admettent le téiuoiynaye de la Transi. S. Gl.
2. Ce document est imprimé dans Pkuaru, Recueil de pièces relatives à l'histoire de Bourgogne, p. 20. Bouquet, R. H. Fr., t. IX, p. 142, n. a, le place en 876; Bourgeois, Le Ciipifulaire de Kiersy, p. 91, n. 2, le déclare postérieur à 878.
3. Le diplôme de Louis le Germanique pour Sainte-Glossinde, du 25 novembre 876 (B. M. i474)i ne parle pas de Tiieulbenje, ce qui donnerait à penser que la reine était déjà morte.
4. Vita S. Deicoli, ch. i3 {SS., I. XV, pp. 678 et 679). Waldrade mourut le 9 avril (Liber vitie de Remiremont, .V. -4., t. XIX, p. 66) d'une année inconnue.
5. Diverses généalogies (SS., t. II, p. 3i4, t- VI, pp. 32 et 176) font de Hugues un fils de Lothaire l^', qui tient, en (piehjue sorte la place de Charles, (lu'cUes ne mentionnent j)as ; d'après les mêmes, Berthe serait une fille de Louis II, et Lotliaire II n'aurait pas eu d'entant. La Tabula Kai-oloruin eœ codice londoniensi (SS., t. III, p, 2i4) ne donne à ce dernier prince, en dehors de Hugues, (ju'une seule fille, Gisèle, (lu'elle place avant sou frire, ce qui ferait supposer que Gisèle était l'aînée de Hugues.