‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 319 sur 764 · POLITIQUE EXTÉRIEURE DE LOTHAIRE · texte numérisé non relu

POLITIQUE EXTÉRIEURE DE LOTHAIRE

avec Charles le Chauve en 807 ; Louis le Germanique était le plus fort de ses deux oncles, il menaçait le roi de France d'une invasion, et l'on pouvait craindre que celui-ci ne fût dépossédé par son frère. Cette conquête,^ Lothaire devait l'empêcher à tout prix, non par sympathie pour Charles,, mais dans l'intérêt de son indépendance : il se serait trouvé à la merci de Louis le Germanique, du jour oij ce prince aurait joint à ses Etats ceux de son plus jeune frère, et enveloppé à l'ouest comme à l'est le rovaume de son neveu. Charles, il faut bien le reconnaître, ne sut pas organiser la résistance à l'attaque du roi des Francs orientaux, mais la mollesse et l'impéritie qu'il témoigna en cette circonstance ne justifient pas complètement Lothaire de l'avoir abandonné au moment décisif, pour se rapprocher de Louis.

A partir de 860, et même de 869, Lothaire n'eut qu'une seule préoccupation, répudier Theutberge et se marier avec Waldrade ; toute sa politique est dominée par cette pensée. Il se rapproche de l'un ou de l'autre de ses oncles, suivant les dispositions favorables ou hostiles qu'ils manifestent à l'égard de ses projets matrimoniaux. D'une façon presque con.stante, et sauf en 8G5-8GG, il trouva quelque bonne volonté chez Louis le Germanique, et une hostilité déclarée chez le roi de France, qui convoitait les Etats de son neveu, et ne voulait pas qu'il eût d'héritier légitime. Mais l'amitié de Louis était assez tiède, elle se manifestait plutôt par des déclarations et des paroles que par des actes : en 862, il ne sut pas épargner à son neveu l'humiliation d'une sorte de confession publique ; au début de 865, il se joignit à Charles pour admonester Lothaire; en 867, à un moment où il était en froid avec ce dernier, il conclut avec son frère un traité de partage des Etats de Lothaire et de Louis IL Pendant toute cette période, la politique du roi de Germanie, toute différente de celle qu'il avait suivie de 853 à 860, est pacifique, mais avec cela vacillante et sans suite ; il semble que Louis ne sache pas bien ce qu'il veut. Quoique favorable au fond à Lothaire, il se laisse à deux reprises endoctriner par son frère et se met à sa remorque, pour revenir ensuite à son neveu. Malgré ce que sa conduite avait de flottant et d'incertain,, on comprend que Lothaire ait recherché son appui et sa protection ; Louis avait moins d'avidité et plus de bonne foi que le roi de France : son aventure de 858 l'avait corrigé, à ce qu'il semble, de son humeur conquérante.

Louis II avait, de son côté, fait preuve d'un incontestable bon vouloir à l'égard de son frère, quoique les efTets en eussent été peu apparents jusqu'à l'avènement d'Adrien IL Depuis SSg, l'amitié des deux frères se maintint, sinon sans nuages, au moins sans ruptures. La mort même de Charles de Provence, qui faillit un moment provoquer un conflit, n'arriva pas à brouiller l'empereur avec Lothaire, qui eut la sagesse de consentir au partage de la succession vacante. Le jeune roi avait absolument besoin de son frère, qui avait Rome et le pape dans ses États. Louis II n'avait aucun intérêt à empêcher Lothaire d'épouser Waldrade. Etant son aîné, il ne pouvait guère e.spérer recueillir son héritage, et, d'autre

334 LE RÈGNE DE LOTHAIHE II (HôS-Sfiy).

part, sa fille iiiii({iie EniKMigarJe se trouvait jjar sou soxo niômc exclue (le la successlou paternelle. Si doue Ilujjues, le bâtard de Lothaire II, n'arrivait pas à être létjitimé, les Etats attribués à Lothaire I*'' par le traité de Verduu, reviendraient un jour aux frères de ce prince ou à leurs descendants. Louis II devait préférer (pi'un neveu, un fils de Lothaire, les réunît un jour sous sa domination. L'empereur a donc, à ce que nous croyons, soutenu sans arrière-pensée les projets de son frère. La tâche ne laissait pas que d'être malaisée avec un pape tel que Nicolas !''■ : il faut bien dire aussi que Lothaire ne faisait rien pour la l'endre plus facile. Louis obtint, au contraire, d'inqjortantes concessions d'Adrien II, et il aurait peut-être fini par l'obliger d'une fat^-on ou d'une autre ii consentir au mariage de Lothaire avec Waldrade.

Nous faisions, il n'y a qu'un instant, allusion à la tactique suivie par Lothaire. Elle est un mélange de procédés odieux et de maladresses. Du moment qu'il recourait aux premiers, il devait empêcher toute intrusion étrangère dans le procès en divorce, arranger l'afTaire avec ses seuls évêques, et le plus rapidement possible. Au lieu de cela, il la laissa traîner pendant des années, demanda au pape et à ses oncles leur avis, déclara à Nicolas qu'il ne voulait rien faire sans avoir obtenu son consentement, puis s'attacha ensuite, mais alors il était trop tard, à écarter l'intervention du Souverain Pontife et celle de Charles le Chauve. Cette façon d'agir était on ne peut plus maladroite avec un homme du caractère de Nicolas I", peu sympathique aux intrigues et aux mensonges. Un pape moins clairvoyant, moins énergique, ou moins désireux d'étendre son pouvoir, aurait peut-être fermé les yeux sur la conduite de Lothaire, ou même ne s'en serait pas occupé, soit par indifférence, soit par crainte de Louis IL Lothaire eut le malheur d'avoir affaire à Nicolas P' et de ne pas voir tout de suite de quelle trempe était ce pape. S'il l'avait mieux connu, il s'y serait pris autrement et, k supposer qu'il n'eût pas gagné son procès du vivant de Nicolas, il aurait été probablement plus heureux avec Adrien. Mais, vu la façon malheureuse dont l'affaire avait été engagée dès l'origine, il était très difficile ;i Lothaire d'arriver à une solution favorable, môme avec un pontife conciliant comme l'était Adrien, car celui-ci avait presque les mains liées par les décisions de son prédécesseur. Une mort prématurée ayant enlevé le jeune roi, il est impossible de savoir ce qui serait advenu.

Lothaire ({uittait ce monde sans avoir pu régulariser la situation de son fils, sans avoir le droit de lui léguer son royaume. Si ce prince, comme son âge et son état de santé habituel donnaient le droit de l'espérer, avait vécu quelques années encore, Hugues, tout bâtard qu'il était, lui aurait peut-être succédé. D'abord, il n'eut plus été un enfant, mais un honnne capable de défendre ses droits. En outre, au lieu de se trouver en présence de deux rois puissants comme Louis le Germanique et Charles le Chauve, c'est a leurs fils ou ii leurs petits-fils, plus faibles ou moins entreprenants, (|u'il aurait eu aflaire, et, à moins (ju'ils n'eussent formé ime ligue contre lui, il aurait été assez fort pour tenir tête à cha-

Page 1