‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 328 sur 764 · Ann. Bert. 869, p. loi · texte numérisé non relu

Ann. Bert. 869, p. loi

5. Charles le Chauve a-t-il fait fripper à Metz des monnaies à son nom? Ch. Robert, Etudes niunisniatiques sur une partie du nord- st de la France, p. 200, se prononce pour l'affirmative ; toutefois, il attribue à Charles le Gros des deniers au monogramme de Charles avec « Gratia Dei rex » (pp. 209-210), qui sont plus probablement de Charles le Chauve. Gariel, Les Monnaies royales de France sous la race carolingienne, II" partie, p. 235, attribue à ce dernier prince un denier de Melz ; E.\gel et Serrure, Traité de numismatique du Moyen Aye, t. I, p. 242, ne lui donnent que des oboles. Quant à Bordeaux, Les Monnaies de Trêves pendant la période carolingienne (Reuue belge de numismatique, t. XLIX, p. 828), il ne croit pas que Charles le Chauve ait émis de monnaies en Lorraine entre septembre 869 et août 870 ; pendant cette période, dit-il, ce prince n'a pu avoir le temps de créer une organisation monétaire, très lente à efTectuer à cette époque. On peut répondre à cela (jue le roi de France n'avait rien à organiser ; des ateliers monétaires existaient à Metz, à Trêves, etc., et le seul travail nouveau nécessité par la frappe de deniers ou d'oboles au nom de Charles consistait à faire graver d'autres coins.

344 I-A LORRAINE PARTAGER ENTRE LA FRANCE ET l'aLLEMAGNE (86^-879).

pour la cérémonie du sacre? Metz était l'une des plus importantes cités du royaume, et l'ancienne capitale de l'Austrasie, mais dei)uis le commencement du siècle, elle avait dû céder le pas à Aix-la-Chapelle, qui avait été la résidence de Charlemagne lui-même, de Louis le Pieux et des deux Lothaire. A tpiels motifs convient-il d'attribuer la préférence donnée à Metz par (Charles le Chauve, et la précipitation avec laquelle il procédait ? Peut-être la région où se trouvait Aix-la-Chapelle était-elle hostile au roi de France. D'autre part, il désirait naturellement légitimer le plus tôt possible son usurpation'. Une fois sacré et couronné roi de Lorraine, il rallierait à sa cause les grands ou les prélats qui hésitaient entre lui et son frère, et il serait mieux en mesure de repousser les revendications de Louis le Germanique et de l'empereur. Il convenait d'ailleurs, afin de justifier l'élévation de Charles sur le trône de son neveu, de le représenter comme ayant été librement élu par les évêques et les grands du pays. Charles n'était pas l'héritier légitime de Lothaire. Nous avons à peine besoin de dire qu'il ne revendiquait pas la rive gauche du Rhin comme une dépendance naturelle de son royaume, qui en aurait été injustement détachée au traité de Verdun. Une pareille prétention eût été un non-sens, et au ix' siècle l'on ne songeait pas encore à l'élever. Le choix librement fait par les Francs de Lorraine, voilà le principal titre que puisse avoir Charles le Chauve à les gouverner ; c'est celui que fait valoir Hincmar par exemple, en réponse à Adrien II, qui défend les droits de l'empereur basés sur l'hérédité '.

Les préparatifs de la cérémonie furent rapidement faits, les rôles distribués, et le 9 septembre 869, quatre jours après son arrivée à Metz, Charles fut couronné dans la cathédrale, dédiée à saint Etienne. Advence, Arnoul, Hatton et Francon représentaient l'épiscopat lorrain ; Hincmar de Reims, son neveu et homonyme, évèque de Laon, et Odon de Beauvais, l'un et l'autre sufTraganls d'Hincmar, assistaient à la cérémonie?. Il y avait aussi des grands laïcs, mais nous ne connaissons pas leurs noms.

Il importait, nous l'avons dit, de faire passer Charles pour l'élu des évêques et des grands de la Lorraine. Advence avait reçu la mission de présenter sous ce jour l'élévation du nouveau roi. Parlant au nom de ses collègues, il lut au début de la séance la déclaration suivante : « Après la

1. Nous avons vu prêcédement p. ^o, n. 1, ([ii'eii 8^8 Charles le Chauve avait été couronné roi d'Aquitaine à Orléans par Wénilon, archevèiiue de Sens, celui-là même qui en 858 se rallia à Louis le Germanique. Charles avait-il été sacn; auparavant pour la j)arlie fran(pie et, bounjuiijiionne de ses Etals '? On ne peut pas plus l'arUrnicr que le nier. Du reste, il y a lieu de le reinari[uer, si les souverains se font couronner, c'est bien souvent parce que leurs droits au trône, (pieUpie bien fondés ipi'ils puissent être, sont contestés soit par leurs sujets soit par des concurrents. Tel est en particulier le cas de Louis 111 et de Carloman en 879, de Charles le Simple en 8y3. U'un autre côté, les par.enus tels que Hoson, Rodolphe, Guy, Eudes ne maïupièrent pas de hnjitimer par la cérémonie du sacre h'ur usurpation.

2. MifiNE, t. C.\X\'I, coll. 179, 180 et 181. Charles ra|)pelait aussi ipu" le partage de VVorms, 839, lui avait reco.inu une partie de la Lorraine (//>/</., col. 177).

3. Elerlionis Ktiroli copituln in ffi/no lllotharii /'(irtie, Inscri/itio, et 0;v/() cor^intitionis Kuroli II in regno Ulotliarii II J'actie, CC, t. 11, pp. 338 et l\b(>.

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