CHARLES SE FAIT COURONNER A METZ ROI D;: LORRAINE (8C
mort de Lothaire, sous le règne duquel beaucoup de malheurs ont été endurés, les évêques se mirent en prières et demandèrent à Dieu de les inspirer dans le choix d'un nouveau souverain. Dieu répondit à leur appel et leur suggéra que l'héritier légitime était Charles ici présent. Il convient donc de marquer par une cérémonie que Charles est l'élu du Seigneur ; il faut remercier Dieu et le prier de faire en sorte que Charles défende l'Église, travaille au bien général et à la tranquillité publique. Seulement, il est nécessaire qu'au préalable le roi fasse une déclaration au peuple qui lui sera fidèle et qui se montrera unanime à le servir'. » Charles, mis en cause, fit alors la déclaration suivante : « Puisque je suis, au dire de l'un des évêques, l'élu de Dieu pour votre salut, sachez que je maintiendrai le culte divin et l'honneur dû a l'Eglise, que je veillerai à ce que chacun, suivant sa condition, ait la considération et la sécurité à laquelle il a droit, que je ferai jouir chacun des bienfaits de la justice suivant les lois séculières ou ecclésiastiques auxquelles il est soumis ; je ferai tout cela à condition que vous me rendrez les honneurs et l'obéissance qui me sont dus, et que vous m'aiderez à défendre le royaume, ainsi que l'ont fait vos ancêtres à l'égard des mlens^. »
L'archevêque de Reims se leva ensuite et, à la prière d'Advence, d'Arnoul et de HattonJ, il lut un court mémoire destiné à expliquer sa conduite : « On aurait tort de lui reprocher de la présomption ou de lui imputer une illégalité pour son intervention dans les affaires de la province de Trêves. Cette dernière et celle de Reims sont en effet sœurs en fielgique ; des deux archevêques, c'est le plus anciennement consacré qui a le pas sur l'autre +. Comme les évêques de la province de Trêves n'ont pas de métropolitain, ils ont prié Hincmar de leur en tenir lieu : N'est-ce pas vrai ? — Et les évêques répondirent. C'est vrai. — Les assistants ont
1. Electionis Kai'oU capitain, Adnuntiatio Adventii, CC, t. II, pp. 338 et SSg, et Ann. Bei't. 869, pp. i02-io3. Il est plaisant, dit Noorden, op. cit., p. 5i, n. i, d'entendre Advence, l'homme le plus faux de cette c-pDque, affirmer que Charles est l'héritier léçjilime de Lothaire II. Sdralek, op. cit., pp. 85-86, flétrit la conduite du prélat, qui ne pense qu'à une chose, conserver son évêché. D'après Ranke, op. cit., p. 208, Advence aurait toujours cherciié à maintenir l'intégrité du royaume de Lorraine ; c'était là le bul des efforts qu'il fit pour assurer la couronne d'abord au fils de Waldrade, puis à Charles le Chauve. Mûhlbacher, D. G. K., p. 539, reproche à l'évèque de Metz de montrer maintenant en faveur du roi de France autant d'empressement qu'il en avait mis à le combattre lors de l'affaire du divorce.
2. Electionis Karoli capitula, Responsio Karoli ad popuhim {CC, t. II, p. 339, et Ann. Bert. 869, p. io3).
3. Electionis Karoli capitula, note ** de la page 339 du tome II des CC, et Ann. Bert. 86g, p. io3.
4. Nous avons dit plus haut qu'Hincmar avait repoussé la prétention de Theutgaud, qui voulait que son collègue de Reims reconnût la préséance de l'ég'ise de Trêves (Flodoaru, H. R. E., liv. III, ch. 21, éd. Lejeune, t. II, p. 206). — Hincmar, de son côté, aurait-il nourri les projets ambitieux que lui prêtent Gfrœrer, t. II, p. 22, et Weizs/ecker, Hinkmar und Pseudo-Isidor (Niedners Zeitschrift fur historische Théologie, pp. 4iC-4i8) ? D'après ces deux auteurs, l'archevêque de Reims aspirait à la primatie ; il voulait devenir une sorte de métropolitain supérieur des royaumes de France et de Lorraine, cl d'après Gfrœker, réduire le siège de Trêves à la condition d'un simple évèché; Noorden (Hinkmar, p. 25o, n. 6) a combattu les assertions de Weizs.ïgker et de Gfrœrer. Le discours
346 i.v umuAiNi: i'aut.vckk entui: i.v franck f,t l'allkm.vgne (869-879).
|)ii le remari[iior dans lo discours d'Advcncc, continue Hincmar, c'est la volonté de Dieu ({ne Charles vienne régner ici. Or, Lonis le Pieux après avoir été détrc'iné, a été de nouveau couronné. D'autre part, l'usaije est ^ue les souverains se soumettent à cette cérémonie, chaijue fois qu'ils acquièrent un nouveau royaume : il semhlc donc convenable aux vénérables évè([ues i\ne Charles, (jui a ojtlenu ce royaume, au gouvernement dii([U('l il a été unanimement ajjpelé par le peuple, reçoive la couronne et l'onclion devant l'autel. »
Tous les assistants acclamèrent ce discours, et Hincmar s'écria: « Kendons grâces h Dieu, en chantant : Te Deum laudamiisK »
Advence, Hatton, Arnoul, Francon, Hincmar de Laon, Odon de Beauvais, enfin Hincmar de Reims appelèrent l'un après l'autre, chacun en termes différents, la bénédiction de Dieu sur Charles, pour qui ils demandèrent la sagesse, la dévotion, la protection divine contre ses ennemis, etc-. Puis Hincmar l'oignit du saint chrême, en même temps que l'on priait Dieu d'accorder à Charles la couronne de gloire, la victoire sur ses ennemis, le bonheur éternel, un bon gouvernement et la félicité du peuple 3. Pendant que l'on récitait d'autres prières, les évèques placèrent la couronne sur la tête de Charles, puis remirent à ce prince la palme et le sceptre 4. Enfin, après le couronnement, on célébra la messe, en ayant soin d'approprier à la circonstance quelques-unes des prières >'.
Cette cérémonie et les discours qui y furent prononcés prêtent à des observations et à des réflexions nombreuses. Ce qui frappe d'abord, c'est la façon dont la vérité est défigurée. Quatre évèques, cinq en y ajoutant celui de Cambrai, s'étaient prononcés en faveur de Charles; du moment qu'Hincmar dans ses Annales ne parle pas des autres, c'est qu'ils étaient ou hostiles ou neutres. Nous savons du reste par l'archevêque de Reims
d'Hiiicmar à Metz, rcpond-il à ce dernier, prouve qu'il ne soiujeait nullement à amointlrir la situation de Trêves, puisqu'il dit que cette éijlise et celle de Reims sont sœurs ; d'ailleurs, s'il avait eu les visées qu'on lui attribue, il aurait réuni à son archevêché les diocèses de Toul et de Verdun ([ue le traité de Meerssen sépara politiquement de Trêves, leur métropole. Noorden ajoute, op. cit., Bcilage IV, p. XXII, que dans aucune lettre, dans aucun écrit d'Hincmar on ne trouve la trace de ses prétendues aspirations à la primatie. L'arche vè(iue ne tenta rien pour les réaliser après le traité de >[eerssen, quoique les circonstances fussent alors éminemuu'Ut favorables.
1. Eleclionis Karuli capituld, Atlnuntiatio Hixcm.vri arcliiepiscopi {CC, t. II, pp. 33y- 341 ; Ann. Bert. 8O9, pp. io3-io5).
2. Ordo coronationis Karoli II, Benedictiunes (^v;., t. Il, p. 4"><3; cf. Ann. Bert. 80y, p. io5).