CONDITIONS IMPOSÉES A CHARLES PAR LES GRANDS
vrai, contre Charles le Chauve, mais on en usera contre quelques-uns de ses successeurs.
En dehors des conditions d'un caractère général, Charles avait dû en subir de particulières, et satisfaire la cupidité ou l'ambition de ses partisans. Confirmation ou restitution des possessions anciennes, donation de nouveaux domaines, abandon de droits, élévation à des dignités, voilà sans doute ce qu'obtinrent évêques ou grands laïcs K Nous savons que Charles restitua à l'église de Toul des biens que Lothaire lui avait enlevés, la punissant ainsi de l'opposition que l'évêque Arnoul avait faite à ses projets de divorce ^. D'autre part, ce fut un neveu d'Advence, Bertulf, qui fut élevé sur le siège de Trêves a la place de Theutgaud 3. Des faveurs de ce genre ne portaient pas à l'autorité royale le même préjudice que les engagements contractés par Charles à l'égard des fidèles de son neveu.
Il conservait d'ailleurs l'exercice de l'une des plus importantes prérogatives du pouvoir royal, celui de confisquer les biens des rebelles. Nous avons dit qu'il s'était montré généreux à l'égard de ses partisans. Il dépouilla par contre de leurs domaines, alleux et bénéfices, ceux des grands qui lui étaient hostiles. Ces mesures de rigueur toutefois ne durent pas être prises aussitôt après son couronnement 4.
Il eût semblé naturel qu'une fois sacré roi de Lorraine Charles le Chauve se hàtàt de parcourir le pays pour s'assurer la soumission des évêques, des comtes et des vassaux de la couronne. La cérémonie du 9 septembre lui donnait du prestige et de l'autorité 5 ; sa présence achèverait de décider les hésitants et ramènerait peut-être les hostiles. Voilà
1. HiNCMAR, dans sa lettre au pape Adrien II de 870, parle en général des bénéfices que reçurent les grands qui avaient appelé Charles (Migne, t. GXXVI, col. 179).
2. Ce diplôme est perdu, mais il est mentionné par celui de Louis le Bcgue du 9 décembre 877 (B. 1829) et par les Gesta epp. TulL, ch. 27 (SS., t. VIII, p. 638).
3. Nous nous occuperons plus loin de l'avènement de Bertulf au siège de Trêves. Il est vraisemblable que Charles avait confirmé les domaines et les privilèges de l'église de Metz et qu'il en avait ajouté de nouveaux, mais les diplômes qui contenaient ces dispositions ne nous sont pas parvenus. Il nous reste, par contre, ua acte rendu sur la prière du révérend abbé Carloinan, fils de Charles, et par lequel le nouveau roi de Lorraine restitue à l'abbaye Saint-Arnoul la chapelle de Jussey dans le partis Moslensis (Lorraine, Metz, Gorze) [B. 1761, R. H. Fr., t. VIII, p. 619]. Charles le Chauve aurait-il donné l'abbaye à son fils? D'autre part, suivant les Ann. Laubi. 870 et les Gesta abb. Lobb., ch. i4 {SS., t. IV, pp. i4 et Gi), Carloman aurait obtenu de son père l'abbaye lorraine de Lobbes, au diocèse de Cambrai. Dûmmler, qui croit que Jean, évêque de Cambrai, avait reçu de Lothaire l'abbaye de Lobbes (t. II, p. 248 et n. 4), prétend que Charles l'enleva au prélat pour le punir de n'avoir montre aucun empressement à le reconnaître (t. II, pp. 284 et 285). Les Ann. Laubi. 868, les Gesta abb. Lobb., ch. i3, et les Gesta epp. Camer., liv. I, ch. 55 {SS., t. IV, pp. i4 et 61, t. VII, p. 421) ne disent pas formellement que Jean eut reçu le monastère de Lobbes ; il s'en occupa et fit dresser le polyptyque de ses biens, voilà ce que nous font connaître les documents, rien de plus. En outre, si l'abbaye lui avait été ôtée pour être donnée à Carloman, les sources ne manqueraient pas de le rapporter.
4. Ce sont les Ann. Fuld. 869, p. 69 (cf. 870, p. 70), qui nous apprennent les confiscations ordonnées par Charles le Chauve. Voir à la note précédente ce que nous avons dit de Jean de Cambrai.