‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 355 sur 764 · TRACÉ DE LA FRONTIERE · texte numérisé non relu

TRACÉ DE LA FRONTIERE

trois métropoles, trente-trois abbayes, trente comtés et quatre moitiés de comtés.

La frontière ' partait du Fli, c'est-k-dire de l'entrée du Zujderzée, se dirigeait ensuite vers le sud, laissant Utrecht à Louis le Germanique, atteignait la Meuse qu'elle longeait jusqu'au confluent de l'Ourthe, suivait ensuite ce dernier cours d'eau, puis passait dans le bassin de la Moselle, remontait la vallée où coule cette rivière, tantôt par la rive droite, tantôt par la gauche, jusqu'un peu en amont de Toul ; de là elle se dirigeait vers l'ouest, passait de l'autre côté de la Meuse, reprenait ensuite la direction du sud, pour faire une pointe très prononcée vers l'est entre les Faucilles et le Doubs, redescendait cette rivière, puis retrouvait la Saône qu'elle suivait quelque temps, la quittait au nord de Ghalon pour se porter vers le sud-est, traversait l'Ain et arrivait enfin à la chaîne bordière du Jura oriental. A partir de là, elle suivait une ligne que nous avons tracée, en indiquant la limite qui séparait les parts respectives de Louis II et de Lothaire II lors de la division de la Provence en 863. De la mer du Nord jusqu'au Jura, Charles le Chauve avait pour voisin Louis le Germanique, du Jura jusqu'à la Méditerranée, l'empereur; enti^e le Jura et l'Aar, c'était aux Etats de ce dernier que confinaient les nouvelles provinces dont Louis le Gei*manique devenait le maître.

Ce partage de Meerssen avantageait-il soit l'un, soit l'autre des contractants ? Les territoires de Louis étaient-ils plus peuplés, plus riches, plus importants que ceux qui étaient attribués à Charles ? Il est très difficile de se prononcer à cet égard ^. Louis avait maintenant le cours du Rhin presque entier, moins les endjouchures de ce fleiive, qui appartenaient à son frère. Charles, d'autre part, était maître de la vallée de l'Escaut, il avait une des rives de la Meuse, de la Saône et du Rhône, et même en plusieurs endroits les deux. Seulement, la part du roi de Germanie était plus ramassée, plus compacte, plus voisine en outre de sa résidence habituelle ; celle de Charles, au contraire, était trop dispersée, et quelques-uns des territoires qu'il recevait se trouvaient trop éloignés de la Francia, où il séjournait en temps ordinaire, pour que son action pût s'y faire sentir.

Nous nous sommes arrêté longuement, trop longuement peut-être, sur

1. Voir le tracé de la frontière dans Spruner-Menke (Hist. Handatlas, n" 3o) et Longnon, Atlas historique, pi. VI. G.vriel, Les Monnaies royales de France de la race carolingienne, I''® partie, p. 116, croit que le traité de Meerssen, qu'il n'a probablement pas lu, attribuait à Louis le Germanitiue la partie de la Lorraine située à l'est de la Meuse, et plus loin, p. 260, il émet l'bypothèse que le copiste qui a transcrit l'acte de partage a lu Mosam pour Mosellam, et diminué ainsi le lot de Gbarles pour augmenter celui de Louis de Saxe {sic) 1 !

2. LoRENïz, Dissertalio... de antiquo coronee gallicœ et Carolingorum Francise regurn in regnuin Lotharingise jure, p. y, trouve le partage équitable; Bonvalot, op cit., pp. 4-5, estime qu'il rectifle d'une façon heureuse pour la France celui de Verdun, tandis que DiJMMLER, t. II, p. 299, juge que la part de Louis le Germanique était la meilleure des deux, et que Charles ne dut pas être satisfait.

37O LA LORH.VINE PARTAGEE ENTRE LA FRANCE ET l'aLLEMAGNE (869-879).

ce partage, car l'état de choses ([ii'il a créé n'a pas duré plus de neiil" ans, et dans la suite on n'y est jamais revenu. Il sérail superllu de relever toutes les bizarreries, toutes les anomalies de la division adoptée k Meerssen. Provinces ecclésiastiques, diocèses, /xigi ont été démembrés, morcelés de la façon la plus arl)ili'aire ', sans (|ue l'on se soit le moins tlu monde soucié de respecter la limite des langues ou des races. (Certains historiens, nous le savons, n'ont pas craint d'affirmer le contraire^. S'il fallait en croire d'autres, l'on serait arrivé en 870, sans en avoir eu il'ailleurs l'intention, à faire coïncider la frontière linguistique avec la frontière politique '. Mais la vérité est que le roi de France avait dans son lot des régions où l'on parlait l'allemand, telles que la Frise, la Toxandrie, la moitié à lui assignée des comtés de Masan, ainsi ([u'iine partie du Brabant, tandis (pie dans la part de Louis le Germani([ue se trouvaient des fractions importantes des diocèses de Metz, de Toul, de Langres et de Besant^-on, où le roman était la langue des habitants 4.

Avait-on au moins respecté les limites dites naturelles ? Si en certains endroits la frontière suivait le cours d'un Ueuve, la Meuse, par exemple, ailleurs elle avait été tracée arbitrairement î.

Ce qui compliquait encore les choses, c'est que sur un territoire attribué k Louis, par exemple, telle ou telle abbaye était cédée à son frère, et inversement. Le pagus Caloomontensis appartenait au roi de Germanie, mais Charles avait l'abbaye de Senones, située dans la partie orientale de ce pagus, loin de la frontière ; si ce prince était maître du pagus Porfensis, son frère s'était réservé plusieurs des abbayes qui s'y trouvaient, Faverney, Lure et Luxeuil ^.

Quelques />a<7«, qui faisaient certainement partie du royaume de Lorraine, ne sont pas mentionnés dans le traité de Meerssen ; nous l'avons déjà dit dans un chapitre précédent, consacré à la description de l'Etat que le partage d'Orbe de 856 avait constitué au profit du second lils de

1. Hliix, Geschichte Lothringens, t. I, p. 6i, déclare que ce partage n'était pas fait <riiiie laçoa coiiforine à la nature, attendu qu'il brisait des liens politiques et religieux.

2. C'est le cas de Robert, Numismatique de Cambrai, p. 7, de Witticii, Die Entstelmmj des llerzoytkums Lothrinyen, p. n, et, avec quelques réserves, de Zellek, Histoire <r Allemagne, l. II, p. i52, et même de Monod, De l'Opposition des races, p. 10.

3. Se rangent il celte opinion, Wenc.k, Die Erliebung Arnul's, p. 42. '!• A5. Giese- BREc.iir, Gsschiclite der deutschen Kaiserceit, t. I, p. i5o-i5i, Kanke, Weltyescliichte, VI'" Tlieil, I" AlUheilung, pp. aia et 2^0, Dummler, t. II, p. ayy, MOiilb.vc.iiku, D. (!. K., p. 546. W.vnz, D. VG., t. V, p. 17, déclare ([ue le traité de Meerssen est celui qui a donné à l'Allemagne les frontières qui se rapprochent le plus des limites des races et des langues, mais il a soin d'énumércr les contrées allemandes encore soumises à Charles <M les régions romanes que gouvernait Louis, et il ajoute que l'on n'a eu aucun souci des considérations ethnographi(](ies ni linguistiques.

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