QUAND LOUIS ET CHARLES ONT-ILS ETE RECONNUS
Lorraine, que Louis le Germanique s'abstint, jusqu'en 876, de compter ses années de règne dans ce dernier pays '. Toutefois, le roi de Germanie s'y comporta en maître dès l'origine, et, même après la cession de 872, il ne cessa pas un seul instant d'y exercer tous les droits de la souveraineté.
Il serait intéressant de savoir k partir de quel moment Louis et Charles ont été respectivement reconnus dans les diifFérentes parties de leurs nouveaux États. Les chartes pour les évêchés et les abbayes fourniraient à cet égard des indications précieuses ; malheureusement, il n'en reste qu'un très petit nombre de cette période, une de Cambrai et deux de Gorze. La première, celle de Macaire pour l'église de Cambrai, porte les indications chronologiques suivantes : i3 avril de l'an de l'Incarnation 885 (sic), 7= indiction (qui correspond k 874), 35^ année du règne de Charles (soit 870) et 5^ année dans l'héritage de Lothaire. Si l'acte est de 874, les années de règne en Lorraine sont comptées depuis la mort de Lothaire ou le couronnement de Charles k Metz ; s'il appartient k 875, le point initial est le traité de Meerssen. Peut-être, au lieu de DCCCLXXXV faudrait-il lire DCCCLXXIV, en remplaçant un X par un I ; il y aurait alors concordance entre l'année de l'Incarnation et l'indiction, et les années de règne de Charles en Lorraine partiraient de 869^. — L'abbaye de Gorze appartenait-elle k Louis ou k son frère? C'est Ik une question difficile k trancher. Gorze se trouvait dans le p. Scarponensis', que le traité de Meerssen avait attribué k Charles le Chauve. Nous savons, il est vrai, que certains monastères dépendaient d'un souverain, alors que le territoire où ils étaient situés relevaient d'un autre. Et comme Gorze, dont on ne trouve d'ailleurs aucune mention dans l'acte de Meerssen, appartenait k l'évêché de Metz+, que Louis le Germanique avait eu en partage, il aurait pu se faire qu'elle aussi fût soumise k l'autorité de ce prince. Quant aux sources diplomatiques, elles ne nous fournissent que des renseignements contradictoires, d'où nous ne pouvons tirer aucune conclusion. Si un diplôme du roi de Germanie pour Gorze semble indiquer qu'il en était le maître 5, un échange entre le prévôt du monastère, Bovon, et le prêtre Waranne ou Wenranne est ainsi daté : « actum Gorzie in monasterio publiée anno ab Incarnatione domini DCCCLXXI indictione IV... anno II post obitiun
1. C'est l'opinion de DûMiiLEn, t. II, p. 3o8. Waitz, D. VG., t. V, p. ly, n. 3, eslime que Louis ne considérait pas sa part de la Lorraine comme un royaume distinct.
2. Voir cette charte dans les Gesta epp. Came?'., liv. I, ch. 54, SS., t. VII, pp. 419-421.
3. Fondation de Gorze, par saint Ghrodegand, Histoire de Met:, t. III, pr., p. 7.
4. L'alibaye de Gorze, restituée en 803 à l'érjlise de Metz (voir ci-dessus, p. 23i, n. 5), se trouvait, depuis 8G8 au plus tard, sous l'autorité direcle d'Advence, et n'avait plus qu'un prévôt, qui s'appelle Walter dans réchanqe avec Ameliic et Bovon dans les chartes de Waranne et de Wilfrid (6V/7"/zi/f/m/M Gorziense, pp. 88, 89 et 91, n°^ 64, 65 et 66). La charte d'Herenbert du 29 octobre 874 (?) ne mentionne ni abbé, ni jjrévôl {Mémoires de la Société d'arcfiéoloi/ie lorraine, t. III, \\. 258).
38i LA LOKUAIM: IWUiACiÉK ENTUK LA KUA-NCL LT l'aLLEMAGNE C86()-87y).
Lot/ia/'ii rt'i/is' ». Kii 871 il scmMerait donc (lu'ù (îorze ou ne roconmU aucun .souverain, ni Louis, ni (lliarles. Par contre, la donation h, la ni«>me abbaye laite dans la vi/la de Sponville par le jjrètre Herenbert porte : « Actuni in atrio sancti Laurencii Illl kal. nov. anno VI régnante Kai'olo re(je post discessuni Lotarii reçjis in l'rancia, anno ab Incarnatione Homini DCGCLXXXV (.s/r) indictione V'ill'. » On pourrait l'aire au sujet de cette charte l'observation cpie nous avons émise au sujet de celle de (lanibi-ai, et proposer de lire DddCLXXlN' au lieu de DdCCLXXXV ; le i>Q octobre 87 4 on était, en eflet, dans la 8' indiction et dans la ()* aiMiée du rècjne de (Iharles en Lorraine, comptée depuis la mort de F^otliaire. Remarquons, d'autre part, que la cliarte d'IIerenbert a été rendue non h (îorze, mais à Saint-Laurent ; seulement quelle est cette dernière localité? de c[nc\ paf/us faisait-elle partie? Nous savons par contre que la villa de Sponville, où se trouvaient les terres données à (jorze par ce même Herenbert, était située, comme l'abbaye elle-même, dans le p. Scarponensisy, assigné à Charles le Chauve en 870. Mais la villa de Moivron4, que Louis le Germanique restitue à Gorze, appartenait, elle aussi, au />. Scarponensis : les moines de Gorze auraient donc, semble-t-il, dû s'adresser au roi de France pour rentrer en possession de ce domaine.
Voilà pour la Francia>. Nous nous occuperons plus loin de la Provence, et nous verrons que là-bas, à la diflerence de ce qui se passait dans le nord, on ne compta les années de règne de Charles que depuis le traité de Meerssen.
La période de neuf années, qui commence au traité de Meerssen, et qui se termine par la cession que Louis III et Carloman firent à Louis le Jeune de la moitié de la Lorraine que Charles le Chauve avait obtenue, n'offre qu'un petit nombre d'événements de quelque importance. La cession par Louis le Germanique à son neveu et homonyme de sa part de la Lorraine, cession purement nominale d'ailleurs, la diversion opérée en 870 par
1. C.ctte cliarle, encoi'C iniidilc, se trouve dans le Curtulaviuin Gors:iense, p. 89, col. 2, II» G,').
2. CeUe charte a été éditée par d'Arbois de Jubai.wille dans les Mémoires de la Société (l'arckèoloijie lorraine, t. III, ]>. a58. Sponville se trouve dans le département de Meurllie-cl-Moselle, arrondissement de lii'iey, canton de Chainbley.
?>. (i'e^t la charte d'Herenbert qui nous donne cette indication.
l\. IMoivron (Meurthe-et-Moselle, Nancy, Nomeny) est placé dans le p. Scarponensis par la charte de saint Chrodegaud en faveur de Gorze de 757, dans le p. Salinensis et le c i/iiifatus Scarponi'nsis par une charte de \\'i<|('ric pour Gorze de l'aïuiée iji4 (flisfoire de Mels, t. III, preuves, pp. 11 et a')). .\u spirituel, Moivron taisait partie de l'crcliiprètré de Delme et de l'archidiaconé de Vie, (•irconscr.])tions relicjieuses taillées dans le Saulnois.
5. Ajoutons que d'apri's E.noki. et Siuiuike, Traité de nuinisma'ii/iie du Moyen Aye, I. I, p. 2^9, Gliarles le Ghauve battit monnaie dans viui|t-cin(i localités de la Lorraine, y compris Aix-la-Chapelle et Metz, et dans trois villes bounjuiijuonnes (pii avaient appartenu à Lolhaire II : Mesaurou, Lyon et N'ienne (p. y/j3). — De Louis le Germani(pie ou ne posst-de (pie des moiwiaies tréviroises (En(;i:i, et Skkuihie, op. cit., t. I, p. a()o, et H(mi>K.\u.\, Les Monnaies de Trènes ii l'épot/ue carolinyienne, II. H. .V., t. XLIX, pp. iiSo-liiJi). Nous iie |>arlons ici que des monnaies l'rap[>ées en Loiraine.