LOUIS II ET ADRIEN ENVOIENT UNE SECONDE AMBASSADE
Louis le Germanique dans les Etats de son frère, la tentative faite par ce dernier l'année suivante pour s'emparer de la rive gauche du Rhin, enfin les partages de la Lorraine entre les fils de Louis le Germanique, voilà les principaux faits dont nous aurons k nous occuper. Tandis que Louis, fidèle à ses engagements, suit une politique pacifique et se tient sur la défensive, son frère, toujours hanté par l'idée de s'agrandir, s'efforce, chaque fois qu'un membre de sa famille vient k mourir, soit d'évincer ceux de ses parents qui ont autant de droits que lui a recueillir la succession vacante, soit même à dépouiller de leur patrimoine les héritiers légitimes, les propres fils du prince défunt. S'il réussira en 870 à occuper l'Italie et à se faire couronner empereur, il échouera honteusement l'année suivante dans sa tentative pour s'emparer de la rive gauche du Rhin; son neveu Louis le Jeune lui infligera k Andernach une correction méritée. Tout différent de son père, Louis le Bègue ne chercha pas k faire de conquêtes ; il parvint du moins k conserver ce que Charles avait eu en partage en 8^3, puis en 870. Ses fils devaient être moins heureux, et leur cousin, le vainqueur d'Andernach, au mépris des engagements qu'il avait contractés k Fouron en 878, leur enleva l'année suivante la part qui leur revenait de la Lorraine. La politique agressive et envahissante de Charles le Chauve trouvait en lui un adepte, car il ne traita guère mieux son propre frère Carloman que ses cousins de France.
Si le traité de Meerssen avait réglé la question de la Lorraine en ce qui concernait les deux oncles du défunt roi, il n'avait tenu aucun compte de l'empereur, qui aurait dû entrer en possession du royaume de son frère. Louis 11 n'avait pas renoncé a faire valoir ses droits, et, k la fin de juin ou en juillet', il fit partir pour l'Allemagne et la France une nouvelle ambassade, chargée de présenter k Louis le Germanique et k Charles le Chauve ses réclamations. Sur son ordre, le pape avait joint ses légats aux envoyés impériaux, ou plutôt k l'envoyé impérial, car Hincmar ne nomme que le comte Bernard^. Quatre évêques, celui de Parme, Wibod, et trois autres, Jean, Pierre et Jean, dont les diocèses ne nous sont pas connus, enfin un prêtre, appelé Pierre, composaient la mission pontificale*. Les uns et les autres étaient chargés de lettres k l'adresse des
1. La lettre du pape à Louis le Germanique, qui porte la date du 27 juin (J. E. 2980), fut remise au roi par les légats pontilicaux, tandis que celle du 17 juillet (J. E. 2g32) lui fut apportée par son propre envoyé. Les légats étaient donc déjà partis. C'est Louis le Germanique qui nous fait connaître cette particularité dans sa réponse au pape (B. M, i438).
2. Hincmar, Ann. Bert. 870, p. n3, fait à tort un ambassadeur impérial de Wibod, qui, d'après les lettres pontificales du 27 juin à Charles le Chauve, à ses évèques, à Hincmar, à Louis le Germanique et à ses prélats, était un des légats d'Adrien (J. E. 292G, 2927, 2928, 2980 et 2931, MiGNE, t. CXXn, coll. 1299, i3oo, i3o2, i3o4 et i3o5).
3. Hincmar, ibid., commet une nouvelle erreur en faisant de l'un des deux Jean un prêtre de Rome ; il était évèque, et le prêtre portait le nom de Pierre. Ce sont les lettres du pape qui nous l'apprennent (voir la note précédente). Bouqlet, R. H. Fr., t. VH, p. m, n. c, avait déjà relevé ces deux erreurs.