RÉPONSE DE LOUIS LE GERMANIQUE AU PAPE
Puis, le pape réfléchit qu'elle mécontenterait Louis le Germanique, et il importait, clans l'intérêt de l'empereur, de ménager ce prince '. Il fit rédiger une seconde lettre, dont le ton est beaucoup plus conciliant que celui de la première. Elle fut écrite le i5 juillet et remise à l'envoyé du roi de Germanie, celui-là même qui avait apporté les lettres de Louis à son neveu et au Souverain Pontife ; il arriva auprès de son maître presque en même temps que les légats. Dans cette nouvelle lettre, dont nous ne possédons qu'un fragment, le pape ne parlait plus de faire venir Willibert à Rome, ni de soumettre l'affaire à un concile. Il voulait que ses légats lui fissent un rapport sur l'élection de Willibert ; une fois au courant de ce qui s'était passé, il enverrait le palliiim au nouvel archevêque de Cologne 2, Le pape abandonnait donc Gunther.
La contradiction qui existait entre les deux lettres frappa Louis le Germanique, qui ne manqua pas de la relever dans la réponse qu'il adressa au pape ; il eut soin de citer les passages des deux missives pontificales qui s'opposaient l'un à l'autre. Louis déclarait qu'il ignorait la promesse faite par Adrien à Gunther. Il rappelait que Nicolas I" avait irrévocablement déposé Gunther et Theutgaud, et ordonné à Lothaire, dans une lettre dont Louis citait un passage, de faire élire à Trêves et à Cologne de nouveaux archevêques. Liutbert et ses collègues n'avaient fait que se conformer aux ordres du pape en consacrant canoniquement Willibert. C'était probablement quelque subalterne, trompé par l'esprit du mal, qui essayait de circonvenir le Souverain Pontife : qu'Adrien se méfie de ces intrigants ! Louis le priait, en terminant, de vouloir bien recommander ses envoyés à la bienveillance de l'empereur, pour qu'ils pussent, à l'aller et au retour, voyager en toute sécurité 3.
Louis parlait aussi de la Lorraine, mais brièvement et en termes vagues. Il agirait, déclarait-il, au mieux des intérêts de son neveu, des siens propres, ainsi que de l'honneur de l'Eglise. Pour le surplus, il renvoyait aux instructions confidentielles qu'il avait données de vive voix à ses ambassadeurs +. Ce ne fut pas, en efTet, aux légats que Louis remit sa réponse ; il chargea un ou plusieurs envoyés spéciaux de la porter directement à Rome. Les déclarations de Louis concernant la Lorraine manquaient de sincérité et de franchise 5, mais peut-être ce prince igno-
1. Gomme le fait justement observer Imbart de la Tour, Les Élections épiscopales, etc., p. 147, Adrien, en protestant contre l'élection de Willibert, n'obéissait pas à des motifs politiques, puisqu'à ce moment il était l'allié de Louis le Germanique et en lutte avec le roi de France.
2. J. E. 2982. Nous ne possédons de cette lettre qu'un fragment, que Louis le Germanique a reproduit dans sa réponse au pape (B. M. i438, Floss, Papstwahl, Urkunden, pp. 85-86).
3. B. M. i438, Floss, pp. 84-88. Cette lettre n'est pas datée, mais il est vraisemblable, comme le suppose Mûhlbacher, qu'elle a été écrite peu de temps après l'arrivée des légats.