ENTREVUE DE LOUIS LE JEUNE ET DE LOUIS LE BÈGUE A FOURON
Bérard de Verdun ne se rendirent k Troyes '. Entre autres affaires, le concile s'occupa de Hugues, le bâtard de Lothaire, qui commençait à s'agiter ; nous reviendrons plus tard sur cette question.
L'abstention de Louis le Jeune et de ses frères, qui non seulement ne vinrent pas au concile, mais ne s'y firent même pas représenter, inspira peut-être des inquiétudes au roi de France, et le détermina k faire auprès de son homonyme une seconde démarche. Elle eut plus de succès que la première. Louis le Bègue reçut k Compiègne, où il était allé après la clôture du concile, ses envoyés qui lui rapportaient la réponse qu'avait faite k ses ouvertures le roi des Francs de l'est. Celui-ci consentait k se rencontrer avec son cousin sur les bords de la Meuse, dans les environs de Liège ^.
En septembre, Louis le Jeune, avant d'aller au rendez-vous, eut k Mothern, en Alsace, une entrevue avec son frère Charles ; sans doute les deux princes, entre lesquels semble avoir toujours régné une entente cordiale, se concertèrent sur l'attitude que prendrait Louis k la conférence qu'il allait avoir avec le roi de France >. Puis Louis partit pour Aix-la-Chapelle au mois d'octobre, et le i*"" novembre il se retrouva avec son cousin k Fouron, entre Meerssen et Heristal, sur la rive droite de la Meuse, par suite dans la partie de la Lorraine qui dépendait du roi des Francs orientaux +. Les pourparlers s'engagèrent entre les deux souverains et leurs conseillers ; tout d'abord on s'occupa du règlement des successions de Lothaire II et de Louis II, et l'on s'entendit pour maintenir provisoirement le statu quo. Le lendemain, 2 novembre, les négociations se poursuivirent ; on traita des questions agitées d'habitude dans les congrès : maintien de la paix et de l'ordre, protection due k l'Eglise, répression du brigandage, etc.
La convention signée le i^"" novembre porte que les dispositions du traité de Meerssen seront maintenues. Si quelque fidèle de l'un des deux
1. Hincmar invita Wiilibert, évèqiie de Cliàlons, à envoyer une copie des actes An concile aux évê:iues de Toul et de Verdun (Flouoard, //. R. E., liv. III, ch. 28, éd. Lejeune, t. IIi p. 29g).
2. Ann. Bert. 878, p. ïI\!\. D'après les Anii. Ved. 878, éd. Dehaisnes, p. 298, c'est Louis le Jeune qui aurait demandé à son cousin une entrevue.
3. Nous connaissons ce:ie entrevue des deux frères par le diplôme rendu le i3 septembre a Mothern (Basse-Alsace, tcreis de Wissembourg, canton de Sellz) par Louis le Jeune en faveur de Murbach (B. M. i5i7 ; voir ci-dessus, p. 420, n. 4)- C-e document ne nomme pas celui de ses deux frères avec lequel Louis se rencontrait, mais Carloman étant alors gravement malade, il ne peut s'agir que de Gliarles.
4. Ann. Bert. 878, p. i44 ; Ann. Fuld. 878, p. 92 ; Ann. Ved. 878, p. 298. Ces dernières annales placent, en octobre la rencontre des deux rois ; les Ann. Bert. et l'inscription placée en tèle du traité de Fouron {C.C., t. II, p. 109 et Ann. Bert. 878, p. i45) indicpienl le i"' novembre. Seule, l'inscription doiuie l'endroit où eut lieu l'entrevue. Il y a trois villages du nom de Fouron : Fouron-le-(',omle, Fouron-Saint-Martin et P'ouron Saint-Pierre, tous trois en Belgique dans la province de Liège, le premier dans l'arrondissement de Liège et le canton de Dalbem, tandis (jue les deux autres appartiennent à l'arrondissement de Verviers et au canton d'Aut.ol. LeibiMz, Ann. imp. occ, t. II, p. 28, se prononce pour Fouron-le-Comte, Ekxst, Histoire de Lindiounj, t. I, pp. 828 et suiv., pour Fouron-Sainl- Marlin.
/j3(> LA LOIUIAINE PAUTAGÉE ENTRE LA FRANCE ET l'aLLEMACNE (8G(j-87<j).
rois a coiniiiis uik^ iisiii[t;ili()ii siii- le territoire dépeiulaiit de l'autre prime, il sera contraint de restituer ce (ju'il a pris. Pour ce (jui est du royaume ijuavait possédé l'euipereur Louis, royaume uou encore jjartayé, chacun doit rester eu possession de ce (ju'il en détient en ce mouu'ut, jus(pi';i une entrevue ultéi-ieure, oii les princes et leurs fidèles décideront ce ipii leur [laraflra le plus juste et le meilleur ii l'égard de ces territoires. Ouaut ;i l'Italie, comme pour le moment il n'y a encore aucuiu^ mesure à premlre, (juc tous saclient que les deux rois ont réclamé, réclament et réclameionl leur part de ce royaume'.
Cette déclaration est mise dans la houclie de Louis le Bègue, mais elle a dû être répétée par sou cousin ^. En tout cas, le fils de Charles le (îhauve ne })arle pas en son nom personnel, sanf dans la première phrase, relative à la Lorraine ; il y emploie le singulier et dit « patrem ineiiin », tandis ([ue partout ailleurs il se sert du pluriel, ce qui iudi(iue ([u'il s'agit a la Cois de lui-même et de son cousin. Ainsi Louis le Jeune est de moitié avec le Bègue [)Our revendiquer sa part de l'Italie ; le fait a sou importance, il prouve que l'accord ue régnait pas entre les fils de Louis le (jiermanique, et que Carloman en s'appropriant l'Italie avait mécontenté Louis et Charles '.
On peut se demander quel est ce royaume, difî'éreut de lltalie, dont il est question avant la Péninsule elle-même. Il s'agit évidemment des territoires que possédait Louis II au nord et à l'ouest des Alpes, c'està-dire des pagi bourguignons que ce prince avait acquis en 869 de Lothaire II, et de la moitié orientale de la Provence qu'il avait héritée de son frère Charles en 863 +. (Charles le Chauve s'était emparé de ces différentes contrées; mais après sa mort, tandis que Sion, Lausanne et Genève étaient occupés ou revendiqués par Charles le Gros, la Provence orientale avait dû rester au pouvoir de Louis le Bègue ou, plus exactement, de Boson, qui acijuit dans le pays assez d'inlluence pour s'y faire proclamer roi un au après l'entrevue de Fouron.
Quant au traité qui fut signé le 2 novembre, il reproduisait eu grande partie les clauses des traités de Meerssen et tle Coblenz. Les deux rois s'engageaient à ne se causer aucun tort, à s'eutr'aiiler, à laisser leurs enfants hériter du royaume de leur père, a ue pas accueillir les Ijrouillous, les fauteurs de discordes, a protéger les églises, ;i pourchasser et h punir les perturbateurs de la paix publiques A côté de ces dispositions déjk
1. Conventus Furonensis, ConiK-nti ) qii.T kii/e/if/ix noceinbri.i farta est (CC, t. Il, p. 169, et An/i. Sert. 878, p. i/|5).
2. KivAUSK, l'édileur du t. II des Ca/tilu/iiria, admet (pi'il y avait deux exemplaires de cette convention, et (jue nous ne possédons (pie celle rédi(|ée |)ar la chancellerie de Louis le Bè([ue.
3. Voi • ce tpie nous avons dit pins haut, p. /(:•/(. t\. C'est l'opinion de Dummi.kii, I. III, p. (),'<.
r). (U)iw. Fur., ch. 1, 2, ;i, /(, 7 et 8 {Ci:., t. 11, pp. i()ij-i7o, et .[un. Bert. 878, [)p. \t\ï)-\l\q). Les notes de Kuausk dans les (Ul. indiipient ipieis articles des coavenlious de Meerssen reproiluisent ceux du traité de Fouron.