HUGUES, LE BATARD DE LOTHAIRE II
et elle jugeait plus avantageux de repartir pour l'Angleterre. Quel but se proposaient les Normands ? Songeaient-ils à conquérir la France et la Lorraine ? Il est difficile de le croire, étant donné le traitement qu'ils infligèrent à ces deux malheureuses contrées ; on ne dévaste pas de la sorte un pays où l'on a l'intention de s'établir. Exception peut être faite cependant pour la P'rise, où depuis longtemps des Normands convertis étaient installés à demeure ; après Heriold et Roric, Godfrid, qui est peut-être le fils du premier et le neveu du second, reçut le gouvernement de la Frise, qu'il ne devait pas d'ailleurs conserver longtemps.
Les Normands trouvaient parfois un appui, des auxiliaires parmi les brigands et parmi les révoltés. C'est ainsi que ce Godfrid devint l'allié de Hugues, fils de Lothaire II et de Waldrade. Pour satisfaire son ambition, Hugues ne rougit pas de se faire l'ami d'un barbare à peine chrétien, et de lui donner sa sœur Gisèle. Ce serait pourtant une erreur de ne voir dans Hugues qu'un chef de brigands ; il a pris à son service des aventuriers et des voleurs de grands chemins, mais il convient de ne pas oublier qu'il a recruté aussi des partisans parmi les grands de la Lorraine. On sait peu de chose sur lui jusqu'à l'année 878. Nous avons vu que la date de sa naissance est inconnue. La seule chose dont on ait la certitude est qu'elle se place avant le 18 mai 863 ; nous croyons même qu'elle pourrait bien être antérieure à 8G0'. En 867, Lothaire avait donné à son fils l'Alsace, en le recommandant à Louis le Germanique ^ Après la mort de son père, Hugues ne conserva pas cette province, que le roi d'Allemagne eut en partage au traité de Meerssen3. Nous ignorons si Waldrade garda son fils auprès d'elle, lorsqu'elle se retira a l'abbaye de Remiremont. A défaut de la mère, peut-être seulement après la mort de celle-ci, un seigneur se chargea d'élever le petit Hugues : il s'appelait Wibert et avait rang de comte +. Différents indices nous donnent lieu de croire que le par/us qu'il gouvernait était situé sur la Meuse, ou sur l'Ornain, dans la partie de la Lorraine qui échut à Charles le Chauve. D'abord, Wibert concède a l'abbaye de Tournus des terres situées dans difTérentes vULt du par/us Odornensis, Domremy, Mont, Vaux, etc. 5. Puis le même comte figure comme témoin avec Etienne et Matfrid, deux personnages que nous retrouverons souvent, dans un acte en faveur de l'abbaj^e Saint-Vanne de Verdun : c'est une donation faite à Beurville dans le pagus Wabrensis par Hildebert,