PREMIÈRE RÉVOLTE DE HUGUES (878). — LES NORMANDS
au concile de Troyes, ne produisit aucun effet sur le fils de Waldrade, qui continua de se livrer aux mêmes déprédations. On se résolut donc à prononcer contre lui la peine dont l'avait menacé l'archevêque de Reims. Jean VIII, après délibération et avis conforme du concile de Troyes, déclara Hugues excommunié, pour avoir manqué au serment qu'il avait prêté au roi Louis le Bègue et pour avoir troublé le rovaume de ce prince '. Nous ignorons quel effet produisit cette sentence sur le jeune révolté, et s'il prit le parti de se soumettre.
L'année suivante, Hugues employa mieux son activité. Les Normands qui luttaient en Angleterre contre Alfred le Grand, ayant conclu la paix avec ce prince, qui leur abandonna quelques provinces de son royaume, une grande partie d'entre eux préférèrent à une existence sédentaire la continuation de la vie aventureuse qu'ils avaient l'habitude de mener. Ils se réunirent à Fulham sur la Tamise, s'y embarquèrent et vinrent atterrir en Flandre. Ils dévastèrent le pays, traversèrent l'Escaut et se répandirent dans le Brabant ^. Hugues se porta à leur rencontre, mais son attaque, mal conduite, fut repoussée ; beaucoup de ses hommes furent tués ou pris, et lui-même ne dut son salut qu'à la fuite?. Nous allons le quitter un moment, pour nous occuper des Normands.
Après leur victoire, les pirates continuèrent à courir le pays ; l'hiver venu, ils s'installèrent à Gand +. Leurs incursions menaçaient à la fois la France et la Lorraine, et portaient préjudice aussi bien à Louis le Jeune, le nouveau maître de ce dernier royaume, qu'aux fils de Louis le Bègue. L'existence d'un danger aussi grand que celui dont ils menaçaient les deux Etats rendait d'autant plus inexcusable la conduite de Louis le Jeune, et sa tentative de dépouiller ses cousins de leur héritage. En vérité, la politique de conquête n'était pas de saison, alors que les Normands désolaient le pays. Peut-être le roi des Francs orientaux finit-il par le comprendre. A Ribémont, on s'entretint du danger normand, que les trois souverains avaient un intérêt égal à conjurer, et une action commune fut décidée.
Tandis que Louis et Carloman se rendaient à Amiens, où ils procédèrent au partage des Etats de leur père, l'aîné prenant la Francia de l'ouest
1. J. E. 3i84 (MiGNE, t. CXXVI, col. 799; cî. Ann. Bert. 878, p. \l\l\). En même temps que Hugues, Emmon ou Iminou, frère d'un comte Bernard, fut excommunié par le pape. Était-il l'allié de Hugues ? La chose nous semble peu probaljlo, car d'après Hincmar, Ann. Bert. 878, p. i4o, c'est Evreux qu'occupait ce personnage et c'est dans la région qui avoisinait celle ville qu'il commettait ses déprédations. Évreux se trouve trop loin de la Meuse, pour que l'on puisse supposer que Hugues et Emmon eussent concerté leurs efforts.
2. Les Ann. Ved., pp. 299-300, placent en 879 le départ des Normands de l'Angleterre ; les sources anglaises, Ann. Anglosaxonici, et Asser, De rehus (jestis yElfredi (SS., l- Xlîl, pp. io4 et 121) en 880. Voir Favre, Eudes, pp. 224 et suiv.
3. Ann. Ved. 879, p. 3oo. D'a])rès cette source, les Normands avaient fait prisonnier un abbé (de Sain'-Vaast ?) fds d'Adalard.
4. Ann. Ved. 879, p. 3oi ; cf. Ann. Bert. 8811, p. lâi, Ann. Gand. 880, Ann. Elnon. ntaj. 880, Ann. Blandin. 880, Sermo in tuiniilutione S. Quintini (SS., t. Il, p. 187, t. V, pp. 12 et 24, t. XV, p. 271).
44^ '-^ i.Diui.vi.Nii iu';u.\ri: tout k.nitî:ki: a i,'ai,li:.ma(;.\k (87y-8yr)).
Pt la Neiistric, Carlomaii la iJourfjofjno et rAiiuitaiiu' ', Hugues l'Abbé et Louis il' .l(Miue se (liri(j(M'(Mit vers le nord-est pour aller combattre les Normands -. On les rencontra non loin de la l'orêt Cliaibonnièrc, [)rès du domaine royal île Tliiinéon, un peu au nord de la Sambre >. Ils étaient commandés par un chef nommé (îodfrid, peut-être le fils de Heriold, revenu au paçjanisnu^ et ii la piraterie 4. Le combat s'cnfjagea entre Francs et Barbares, et tourna à l'avantage des premiers; des milliers de Normands furent tués, le reste de la troupe se réfugia dans la villa royale et s'v fortifia. Les Francs vim-ent les y attaquer. Parmi les plus ardents à donner l'assaut, on distinguait un bâtard de Louis le Jeune, nommé Hugues ; son audace lui fut fatale. Grièvement blessé par Godfrid, le chef des Normands, et fait prisomiier par ceux-ci, il ne tarda pas k rendi-e le dernier soupir. En voyant tomber son fils, Louis avait fait cesser le combat. Il espérait que Hugues était encore en vie et que les Normands le lui rendraient contre ranç^on. Mais le lendemain, quand il pénétra dans leur camp, qu'ils avaient abandonné la nuit après y avoir mis le feu pour regagner leurs navires, il se trouva en présence du cadavre de son fils. Sa douleur fut d'autant plus grande qu'il n'avait plus d'héritier, le fils que lui avait donné Liutgarde étant mort d'un accident en novendjre ou décembre 879. Louis fit transporter les restes de Hugues à l'abbaye de Lorsch, où ils furent inhumés. C'est en février que s'était livrée cette bataille >.