LES NORMANDS A ELSLOO. ILS RAVAGENT LA LORRALNE
Ripuaires. Nous ne savons quel itinéraire ils suivirent : prirent-ils la route de terre, ou se servirent-ils des fleuves? A lire Réginon, il semblerait qu'ils fussent arrivés par le Rhin' ; ils auraient par conséquent dû au préalable descendre la Meu,se. Neuss, Cologne, Bonn, Zûlpich, Juliers auraient été successivement emportés et livrés aux flammes*. Ce fut ensuite le tour d'Aix-la-Chapelle, d'Inden, de Stavelot et de Malmédy5. Partout les habitants, les moines, les religieuses, dès qu'ils étaient avertis de l'approche des Barbares, s'enfuyaient qui dans les bois, qui dans d'autres contrées, emportant avec eux les objets précieux qu'ils possédaient, ou les reliques des saints. La ville de Mayence en particulier fomniit un asile à de nombreux membres du clergés.
Au début, les Normands ne rencontrèrent, à ce qu'il semble, aucune résistance. C'était toujours de la part des souverains ou de leurs agents la même incurie, la même imprévoyance. Ni les fleuves n'avaient été barrés, ni les villes mises en état de défense, ni des troupes levées pour essayer de lutter en rase campagne contre les envahisseurs. Les hajjitants, frappés de stupeur, ne savaient que fuir. Qui aurait pu reconnaître en eux les petits-fils des héros qui avaient à force de victoires constitué
et siiiv. L'auteur a utilisé des clironi([ues liégeoises d'époque très postérieure et d'aulorilé. médiocre. Il croit qu'aloi's Liège n'était pas fortifiée. — La destruction de Sainl-Trond (Gestorum abb. TrucL, cont III», pa -s I», liv. II, ch. 20, SS., t. X, p. 370) eut-elle lieu en 88i ou en 8gi '? D'après le liv. III, ch. i de celte source (p. 376), f[nand l'abbaj'e fut restaurée en g38, [\h ans s'élaient écoulés depuis sa destruction : cela reporterait ce dernier événement en 893, et comme on ne connaît pas d'invasion normande en Lorraine à cette da e, la ruine de Saint-Trond serait de 891, et serait l'œuvre des pirates campés à Louvain. — FoLcuix, Gestd abb. Lob., ch. 16 (-S'6'., t. IV^ p. 61), nous apprend que les moines de Lobbes trouvèrent un asile dans le castram de Thuin sur la Sambre, voisin de leur abbaye, qui en était propriétaire. — Les Ann. Fiild. seules parlent de la prise de Cambrai en 881 ; peut-être s'agil-il de l'événement rapporté par les Ann. Vecl. et placé par cette dernière source au 28 décembre 880.
1. C'est l'ordre dans lequel Réginon place la prise de ces villes par les Normands qui nous le fait supposer. Ils s'emparent successivement de Cologne, de Bonn, de Zûlpich, de Juliers et de Neuss. Ils auraient donc remonté le Rhin jusqu'à Cologne d'abord, puis jusqu'à Bonn ; delà ils se seraient rendus par terre à Ziilpicb, puis à Juliers, enfin à Bonn. S'ils avaient suivi la voie de terre en partant d'Elsloo, c'est la ville de Juliers qui la première se serait offerte à leurs coups. Maintenant, il est possible que Réginon ait rangé les villes suivant leur importance ; il faut penser que descendre la Meuse, puis remon'.er le Rhin, c'était pour les Normands un énorme détour et une grande perte de temps.
2. Outre les sources déjà citées, voir j)our Cologne Ann. Bert. 882, p. i53, la Chronica S. Martini Coloniensis (SS., t. II, p. 214), et une lettre d'Etienne V (VI) à Kerimann, archevêque de Cologne, de mai 891 (J. L. 3479, F^oss, Papstwahl, Urkunden, p. 124).
3. Ann. Bert. 882, p. i53 ; Ann. Fiild. 881, p. 97; Ann. Vecl. 882, p. 3i2; Régi.non, Chronicon 881, p. 118. Sur Aix-la-Chapelle voir encore Ann. Aq. 882 {SS., t. XXIV, [). 36). D'après le diplôme de Charles le Gros pour Stavelot, du i3 no\embre 882, les reliques d'Aix-la-Chapelle avaient été transférées à Stavelot (B. M. 1601, Martî^ne, Amplissima Collectio, t. II, col. 37). — Pour Stavelot et Malmédy, consulter B. M. 1601, les Ann. Stabiil. 881 (SS., t. XIII, p. 42), surtout les Mirucula S. Reniacli, ch. i-5 {SS., t. XV, pp. 439 et 44o), enfin la Breois narratio de dedicatione ecc'^ Stabulensis, ainsi ([ne la donation faite en 1137 par les moines de Stavelot à leur abbé Wibod de la v'ila Boviniacum, où les reliques de saint Remacle avaient été transportées (Martène, Amp. Coll., t. II, coll. 62 et 94). D'après les Ann. StabuL, c'est le 6 décembre 881 que le corps de saint Remacle fut retiré de son tombeau.