VICTOIRE DES NORMANDS SUR BERTULF ET WALA
Mais, arrivés à Remich sur la Moselle, entre Trêves et Thiouville, ils se heurtèrent le lo avril à une armée franque. Bcrtulf n'avait pas essayé de défendre sa ville archiépiscopale, qui n'était probablement pas fortifiée, mais il n'avait pas renoncé à la résistance. Aidé de l'évêque de Metz Wala, et du comte de cette ville Adalard, il réunit des troupes, avec lesquelles il vint livrer bataille près de Remich aux hommes du nord. La victoire se déclara en faveur de ces derniers : Wala fut tué, tandis que Bertulf et Adalard réussirent à s'enfuir'. Malgré le succès qu'ils avaient obtenu, les pirates n'allèrent pas jusqu'à Metz. Ils avaient fait beaucoup de butin ; jugeant sans doute plus prudent d'aller le mettre en sûreté dans leur camp, ils revinrent à Elsloo. Peut-être suivirent-ils la vallée de la Meuse, qu'ils auraient descendue depuis Verdun, en dévastant le pays qu'ils traversaient. Nous savons qu'à cette époque l'évêché de Reims fut ravagé par des Normands, Mouzon pris et brûlé, mais ces exploits ont très bien pu être l'œuvre d'une autre bande ^.
Peut-être une autre raison avait-elle déterminé les Normands à battre en retraite : l'arrivée en Allemagne de Charles le Gros, qui se décida vers la fin d'avril à quitter l'Italie, pour venir prendre possession des Etats de son frère. Louis le Jeune était mort le 20 janvier 5, et vu l'impuissance où l'avait réduit la maladie dans les derniers mois de son existence, cette fin ne pouvait être considérée comme un malheur ■♦. Il
charte de l'archevêque Thierry pour l'abbaye Saint-Martin de Trêves, de 976 (B. M. i845, MR. UB., t. I, n" i36 et Nachtray n° 2). Bordeaux, Les Monnaies de Trêves pendant la période carolingienne [Revue belge de numismatique, t. XLIX, p. 433), suppose que la légende SCS. PETRUS, qu'on lit au revers d'un denier de Charles le Gros frappé à Trêves, est une invocation que les gens de celte ville adressent au saint, patron de leur cathédrale, pour qu'il les délivre des attaques des Normands.
1. Ann. Bert. 882, p. i53 ; Ann. Fuld. 882, p. 98; Ann. Ved. 882, p. 3i2; Réginon, Chronicon 882, p. 119; Miracula S. Glodesindis, ch. 29; Gesta Trev., ch. 27 et 28; Gesta epp. Mett. {SS., t. IV, p. 237, t. VIII, p. 167, t. X, p. 54i). La mort de Wala est en outre mentionnée par les Ann. S. Vinc. Mett. 882 (SS., t. III, p. 157). D'après les Gesta epp. Mett., c'est le 3 avril que serait décédé l'évêque de Metz; deux Catalogi epp. Mett. (SS., t. VIII, pp. 3o5-3o6), donnent le 1 1 avril ; pourtant un ms. du second d'entre eux, ainsi qu'un martyrologe de la cathédrale de Metz (Histoire de Mets, t. I, p. 638) indiquent le 10. Nous avons vu plus haut, p. 4io, n. 5, que Bonnell (Die Anfœnge des karolingischen Hauses, Exkurs IX, pp. 191 et 192), pour faire tomber un dimanche la consécration de Wala, avait arbitrairement reporté de 882 à 881 la fin de ce prélat. D'après lui, Réginon aurait commis ici une des nombreuses erreurs chronologiques dont il s'est rendu coupable. Mais Bonkell semble ignorer que les Ann. Bert., Fuld. et Ved. sont d'accord avec Réginok pour placer en 882 la défaite et la mort de Wala. Nous ne pouvons donc que rejeter l'opinion de Bonnell. — Le siège de Metz allait rester une année vacant, et Charles le Gros devait, comme nous le verrons, en abandonner les revenus à Hugues, le bâtard de Lothaire II.
2. Ann. Bert. 882, p. i53. Laurent de Liè:ge, Gesta epp. Vird., epistola dedicatoria (SS., t. X, p. 490), parle de'ravages commis dans l'évèché de Verdun par les Normands, qui massacrèrent des moines de Saint-Vanne et de Saint-Germain, mais il n'indique pas en quelle année se placent ces événements, de sorte qu'on peut hésiter entre 882, 888 et 891. — D'après Mabillon, Ann. O. S. B., t. III, p. 236, les Normands auraient pris Metz après la bataille de Remich, et c'est dans Metz que Charles les aurait assiégés.