HUGUES PRIVÉ DE LA VUE PUIS ENFERMÉ
fiant. Dès qu'il fut arrivé à Gondreville, on s'empara de lui, et Henri^ sur l'ordre de Charles, lui fît crever les yeux '. Envoyé d'abord à l'abbaye de Saint-Gall ou de Fulda ^, il revint plus tard dans sa patrie, et fut enfermé à l'abbaye de Prûni, où Réginon le tonsura 3. C'est là très probablement qu'il mourut, à une date que nous ne connaissons pas.
Telle fut la fin misérable du fils de Lothaire et de Waldrade. Il pouvait se croire des droits sur le royaume qu'avait gouverné son père, et ce que l'on doit condamner chez lui, c'est non pas de les avoir fait valoir, mais d'avoir eu recours, pour réussir, aux moyens les moins avouables +. Il viole ses promesses et ses serments, trahit Louis le Bègue, Louis le Jeune et Charles le Gros, s'allie aux brigands puis aux Normands, fait assassiner Wibert et Bernier, deux de ses partisans les plus dévoués ; bref, aucun scrupule ne l'arrête, quand il s'agit d'atteindre un but, et il faut qu'il satisfasse à tout prix ses passions. Sa conduite n'est pas de nature à nous faire regretter que ses tentatives pour monter sur le trône de son père aient définitivement échoué. Ajoutons que plus maître de lui-même, plus patient, il aurait pu réussir. Deux ans après que Charles lui eût fait crever les yeux, ce prince était déposé. C'est k ce moment-là que le fils de Lothaire aurait pu faire valoir avec succès ses droits à l'héritage paternel ; ils valaient ceux d'Arnulf. Mais, à la différence de Hugues, le bâtard de Carloman, acceptant sa situation de duc de Carinthie, n'avait pas passé son temps à se révolter contre la domination de ses oncles ; il les avait au contraire fidèlement servis, combattant les Normands ou les Slaves. Si Hugues avait fait en Lorraine la même cliose, c'est vers lui qu'au jour où l'empire se disloqua les anciens sujets de son père auraient tourné leui's yeux, et il aurait pu sans peine ceindre cette couronne que, malgré les efforts qu'il fit en temps inopportun, il n'arriva pas à mettre sur sa tête 5.
1. RÉGINON, Chronicon 885, p. i25 ; Ann. Fulcl. 885 et Cont. Rntisb. 885, pp. io3 et ii4; Ann. Ved. 885, p. Sai ; Ann. Alamann. Contin. Sangall. 885 {SS., t. I, p. 52); Ann. Aquenses 885 (SS., t. XXIV, p. 30). C'est Rkginon qui place à Gondreville le supplice inllir|é à Hiujiies. Les Ann. Fuld. parlent d'un oncle maternel (avunculus) de Hugues, qui eut le même sort que son neveu. Il s'agit donc d'un frère de Waldrade, sur lequel aucune source ne nous renseigne, et dont nous ne savons même pas le nom.
2. Les Ann. Fuld. donnent Fulda, et Réginon parle de Saint-Gall. Ce dernier chroniqueur tenait de la bouche même de Hugues, qui devint moine à Priim, les renseignements qu'il donne sur ce personnage ; il est donc digne de foi. Mais, d'autre part, comment l'annaliste de Fulda aurait-il inventé le passage du fils de Lothaire dans l'abbaye à laquelle lui-même appartenait ? Peut-è're Hugues a-t-il séjourné successivement à Fulda et à Sainl-Gall.