TENTATIVE DE RODOLPHE SUR LA LORRAINE
bert de Metz, Dadon de Verdun, Dodilon de Cambrai et Baltram de Strasbourg. Ils s'étaient donc ralliés à ArnuH''.
Nous ne savons si ce prince avait cru tout d'abord qu'il serait reconnu sans difficulté dans tous les Etats qu'avait gouvernés son oncle. Dans tous les cas, il ne fît rien pendant six mois poar y imposer son autorité ni pour empêcher les prétendants d'établir la leur. Au fond, il ne songeait pas à gouverner, au moins directement, tout l'empire franc ; sa conduite a l'égard de la France occidentale et de l'Italie en fournit une preuve péremptoire. En juin 888, il se décida à tenir dans la ville de Francfort une assemblée générale pour délibérer sur la situation et aviser aux mesures à prendre^, mais il refusa la couronne de Finance que vin-
1. L'inscription placée en tête des actes du concile (Mansi, t. XVIII, col. G3) ne mentionne que Liutbert, Williberl et Radbod. Mais on trouve au bas de la cliarte de Liutbert pour Corvey et Herford les souscriptions de Robert, de Dadon (appelé Detbmar), de Dodilon et de Baltram. Nous connaissons déjà tous ces prélats, sauf Dodilon de Cambrai. Le prédécesseur de ce dernier, Roderade ou Rotbade, était mort en 887 d'après les Ann. Ved., pp. 829-330 ; les Ues^n epp. Cnmerac, liv. I, ch. 60 {SS-, t. VIII, p. Aaa), disent qu'il vécut au temps d'Arnulf, sans donner la date de sa mort, mais comme ils placent au 17 mars 887 la consécration de Dodilon, il en résulte que d'aj)rès eux Rotbade serait décédé en 880. Le lémoignatje des Ann. Ved. doit être préféré, car nous savons par un document contemporain, le Sermo de relalione S. Vedasti, ch. 6 (SS., l. XV, p. 4o3), qui est de 893, que le nouvel évèque de Cambrai avait été justement moine et prévôt de Saint-Vaast d'Arras ; l'annaliste de cette abbaye devait savoir en quelle année Dodilon avait succédé à Rotbade. On doit donc accepter 888 pour la consécration de Dodilon et 887 pour la mort de son prédécesseur. Dans une lettre à Dodillon, Foulques, son métropolitain, lui rappelle qu'il l'a fait parvenir à l'épiscopat « sine rege, sine ulla ipsius parti consulente ». (Flo- DOARD, H. R. E., liv. III, ch. 6, t. II, p. 471)- Que veut dire au juste cette pbrase ? SigniGe-t-elle que le roi n'a pas été consulté lors de l'élection de Dodilon, ou simplement que ce n'est point la faveur du souverain qui a valu à ce prélat le siège de Cambrai ? Il est probable qu'il faut accepter le premiei- de ces deux sens. Rotbade décéda à l'époque où l'empereur fut déposé ; au début de 888, l'autorité d'Arnulf n'était pas encore reconnue en Lorraine, et Foulques a pu ainsi, sans consulter le nouveau roi, l'aire monter Dodilon sur le siège de Cambrai. Le Carpenïier, Histoire de Cambrai, t. I, pp. ,335-336, et Le Glay, Caineracu/n chrisfionuni, p. 17, adoptent 886 pour la mort de Rotbade, 887 pour l'avènement de Dodilon, tandis que Favre, p. 100, n. 2, se prononce pour 888.
Baltram venait probablement de monter sur le siège de Strasbourg. Nous ne savons pas en quelle année mourut Réginbard son prédécesseur, et le jour même oii se produisit l'événement ne nous est pas exactement connu, certains nécrologes donnant le 2 mai (Âalendarium necrologicum Argenlinense et Kalend. necrol. Weissenburg. Bœhmer, Fontes, t. IV, pp. 309 et 3ii), tandis qu'un autre Necrol. Weissenburg. ÇArchiu des historischen Vereins fiir Unterfranken, t. XIII, p. 76) et Erchenbald, évèque de Strasbourg, dans ses Versus de episcopis Argentinensibus (Bœhmkr, Fontes, t. IV, p. 2), indiquent le 10 mai. Comme, d'après Erchekbald, Baltram était Bavarois, il est vraisemblable qu'il n'est devenu évèque de Strasbourg qu'après l'avènement d'Arnulf et par la faveur de ce prince. Ce serait donc en 888 qu'il aurait succédé à Réginbard, cela s'accorde d'ailleurs avec la durée de son épiscopat (dix-buit ans environ d'après Erchenbald) et la date de sa mort, 12 avril (Erchenbald) 906 (Réginon, Chronicon 906, p. 162). Vraisemblablement Réginbard décéda le 2 ou le 19 mai 888 et Arnulf le remplaça tout de suite par Baltram. Laguille, Histoire d'Alsace, t. I, p. lag, col. i, fait commencer en 888 l'épiscopat de Baltram. D'après le Chi'onicon Ebersheimense, ch. i4 {S S., t. XXIII, p. 438), Arnulf aurait donné à Ballram, déjà évèciue de Strasbourg, l'abbaye d'Ebersheim, pour le gagner. Mais le témoignage de cette source, très postérieure, ne mérite pas d'être pris en considération. Grandidier, Histoire de Strasbourg, t. II, pp. 247-249, a pourtant pris la peine de réfuter les fables du chroniqueur d'Ebersheim. Le diplôme par lequel Arnulf concéda Ebersheim à Ballram est du i3 juin 889 (B. M. 1769).
2. Cont. Ratisb. 888, p. 116, et diplômes du 8 juin au 3 juillet ( B. M. 1743-1701). Plusieurs de ces actes concernaient la Lorraine. Le 8 juin, Arnulf confirme à l'abbaye de
l\()0 LA LOUUAINE REUNIE TOUT ENTIERE A i/aLLEMAGNE (87(j-8.jr)).
reat lui odVir Foulques, ari-hev(^nue île Reims, accompagné de deux de ses sulïVagauts, Honorât de Beauvais et Hétilon de Noyon, et peut-être avec lui le comte iiaudoin et l'aijhé de Saint-Vaast, Rodolphe '. (les prélats et ces (jrands se refusaient îi reconnaître pour souverain Kudes, comte de Paris, qu'une partie des seigneurs de la Neustrie et de la Franc ia aw ait élu en févriei' 8SS*. La victoire remportée par Eudes a IMontfaucon-en- Argonne sur les Normands avait peut-être décitlé Arnuli" à ne pas le combattre, pourvu toutefois (|ue le roi des Francs de l'ouest se soumît ii sa suprématie. Il l'invita en conséijuence ii venir h Wornis. Eudes y consentit, prêta serment de fidélité à Arnulf, qui, de son côté, le reconnut pour roi '.
Si Arnulf renonçait à la couronne de la France occidentale et se contentait d'une vague suzeraineté sur le souverain de ce dernier pays, il
Kaiserswerth (qui élail [xMit-èlre lorraine) riinmiiiiité el la pmteclion royal*" (B. M. 17^3, NR. UB., t. I, i\° 77 ; cf. B. M. lôi^ituiit 1743 n'est (jne la reproduction, sauf que dans ce dernier, Wibert évèqiie [de ^\'erden] est désiqné connue l'abbé de Kaiserswerth). Le II juin, sur la présentation par l'abhé de Priini, Farabert, des di|)lônies accordés par Pépin, etc., à ce monastère (B. M. g5, 193, 799, io48, \^\2 et i()4o), il confirme à Prûm l'inmiunité et la proteclion royale (B. M. 174<J, MU- UB., t. I, n" 126). Le i3 juin il confirma, sur la prière de Willibert, arclievèipie de Coloqnc et de son cliancelier Albert, à la collé(jiale Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle, des donations faites par Lothaire II (di|ilônie perdu) dans 43 l'ilhe royales et par Charles (le Gros) à BastOfjnc (B. M. 1C92), avec défense au chapelain de rien j)reudrc sur ces domaines (B. M. 1748, Quix, Gescliichte Aachens, Codex clipl. Aq., n" 5). Le 28 juin, il fait à Folcuin une donation dans ditt'érentes rill.i' du potjti.t Blesensis, qui avait alors pour comte Ereinfrid (B. M. 1749, Acta Ac. Theod.-Pnl., t. VI, p. 209).
1. Ce sont les Ann. Ved. 888, pp. 33i-332, qui nous disent que ceux des adversaires d'Eudes qui appellent Arnulf, sont Fouhjues, Baudoin et Rodolphe, ces deux derniers lils de princesses carolingiennes. Baudoin II, comte de Flandre, et Rodolphe avaient pour mères, le premier Judith, fille de Charles le Chauve (Favrk, Eudes, p. 99), le second Gisèle, fille de Louis le Pieux (Favre, La Famille d'Ei'vard, marquis de Frioul, dans les Eudes d'histoire du mot/en âge dédiées à G. Monnd, pp. i.i() et suiv.). Mais il n'est pas prouvé que Baudoin et Rodolphe soient allés en personne trouver Arnulf. (Dûmmleiv, t. III, p. 32 1, croit ((ue Baudoin accom])aqnait Fouhpies, mais Favue, p. 109, n. 2, ne l'admet pas.) Dans tous les cas, Foulques avait amené avec lui plusieurs de ses sufîrariaiits. Honorât de Beauvais, Hétilon de Noyon et Dodilon de Cambrai, dont la présence en Allemaçinc est attestée alors par leurs souscriptions au bas de la charte que Liutbert accorda aux abbayes de Corvey et d'Hi>rford (Mv-nsi, t. XV'III, col. 73). Il est vrai <[ue Dodilon était venu comme sujet d'Armilf. Foulques lui-même ne fiqure pas parmi les prélats siqnalaires de la charte de Liutberl, et l'on ne peut en consécpience affirmer qu'il se rendit à ALiyence, (pioiipie la chose soit vraisemblable ; c'est à \\'orms qu'il rencontra Arnulf. (Lettre à Ilerimann, archevêque de Coloqne, Flodoard, //. R. E., liv. IV, cil. (), t. II, p. 4*>'>.) Sur Foulques, ses projets et ses démarches, consulter Dummler, t. I!I, pp. 320-321, et Favre, pp. qq-ioS.
2. Sur cette élection, voir Kalc.kstkin, o[). cit., pp. 48-49. Dummler, t. 111, i>|i. 3ir)-3i7, et surtout Favre, pp. 88-99.
3. Sur la viiMoire de Monlfaucon-en Ari|()nne, voir Anit. Ved. 888, p. 33a, et .\buon. De bellis paiisiaris, liv. II, vers 49'-''^39 (/{. //. Fr., I. VUI, p. a4); sur la reconnaissance d'Eudes i)ar Arnulf, Ann. Ved. 888, pp. 332-333, et Cent. Ratish. 888. p. ii6. Cf. Kai.ckstei.n-, p|). ^i(>-5(), DûMMi.ER, t. III, pj). 321-323, surtout Favre, pp. 107-iifi, qui a bien luarcjné les situations respectives d'.\rnulf el d'Eudes. D'après Luchaire, llis'oire des inslil.dions monarc/ti(fues de la France sous les premiers l!a/iètiens, 2" éd., l. I, p. 7, Eudes aur.'iit promis à .\rnulf de borner ses prétentions au myaunie de la France occidentale, tel (pie l'avait constitué le traité de Verdun. Ce n'est ipi'uno hypoliièse, mais c'ie ne nian(|ue pas de vraisemblance.