LES NORMANDS QUITTENT LA LORRAINE
eurent tout juste }e temps de s'enfuir. Quelques moines restés k Prùm furent massacrés; la plupart des serfs de l'abbaye eurent le même sort, le reste fut emmené en captivité. Après avoir pillé le monastère, les pirates, fuyant devant l'armée fi^anque, rencontrèrent sur leur route, dans l'Ardenne, une forteresse nouvellement construite, 011 une multitude de peuple avait cherché un asile. Les pirates attaquèrent le château, le prirent et massacrèrent tous les malheureux qui s'y trouvaient. Ils reprirent enfin, chargés d'un grand butin, la route de leur camp, où ils arrivèrent sans avoir été atteints par l'armée qui les avait poursuivis'. Ils n'entreprirent pas d'expédition nouvelle en Lorraine. Le pays était trop appauvri pour qu'ils pussent encore trouver quelque chose à v prendre ; en outre, une famine le désolait. Abandonnant leur camp de Louvain, les barbares s'embarquèrent à l'automne et cinglèrent vers l'Angleterre, qu'ils avaient quittée treize ans auparavant^.
Pendant cette période, sauf en 88G, 889 et 8go, la Lorraine n'avait pour ainsi dire pas cessé d'être en butte à leurs déprédations. Ils étaient restés deux ans à Elsloo, un hiver à Nimègue, près de deux ans k Louvain, et, alors même qu'ils n'avaient pas d'installation dans le pays, ils y venaient faire des incursions. Comme on a pu le voir, les bassins inférieurs du Rhin et de la Meuse, ainsi que les régions riveraines de l'Escaut avaient été plus maltraités que les contrées de la Moselle et de la haute Meuse ; pourtant ces dernières n'avaient pas été épargnées. Il serait injuste de dire que les pirates n'eussent pas rencontré de résistance. Si Charles le Gros acheta la retraite des Normands, s'il installa (jodfrid en Frise, son frère, son neveu, son lieutenant, le comte Henri firent aux envahisseurs une guerre souvent heureuse ; k plusieurs reprises, les gens du pays, en particulier les Frisons, remportèrent des succès sur les pirates. Mais il manquait toujours un système régulier de défense, surtout de défense préventive. Jamais on ne songeait k empêcher les flottes normandes d'aborder sur les côtes, ni de remonter le cours des fleuves ; c'était seulement quand les pirates avaient débarqué et commis leurs ravages que l'on se décidait k marcher contre eux. Jusqu'au bout on resta fidèle k ce système, malgré les déplorables résultats qu'il avait donnés.
A partir de 892, il n'y aura plus que de loin en loin des descentes de Normands dans la Frise ; la période des grandes invasions venues du Nord est terminée. Celle des incursions hongroises ne commencera que vingt ans plus tard pour la Lorraine. Mais ces vingt années ne seront pas pour le malheureux pays une époque de paix et de tranquillité. Ses propres habitants, k défaut des étrangers, se chargeront d'y perpétuer le trouble et l'agitation. Leurs discordes et leurs luttes ne seront guère moins funestes k la Lorraine que les courses des pirates 3. Est-ce un