RÉGiNox, Chronicon 892, p. i
2. Ann. Ved. 892, p. 344; Réginox, CUronicon 892, p. i38; Ann. Anglosax. 892 [893] {SS., t. XIII, p. 107).
3. Le concile tenu à Metz e.i SyS pai-Ie clans son premier canon des maux que les Normands et les chrétiens pervers ont fait soufîi-ir au pays (xMansi, t. XVIII, col. 77).
5oO LA I.OUUAINK UKUNIE TOUT ENTIKUE A l'aLLEMAGNE (87y-8yr)).
hasard si, au lucinier raïuj de ces l'aiileurs do guerres civiles, de ces pi'rturl)att'uis de la paix |)ul)li([iu', ou voit liyurer il'aucieus pailisaus de llui)ues, le couite Albéric, le couile Ktieuue, aucjuel se joifjueul deux IVrios, (îérard et MallVid ? Ceux-ci, hieu (|ue Réginou ne les nouiuie pas parmi les adhérents du fils de Lothaire II, avaient peut-être soutenu plus ou moins ouvertement la cause du prétendant. Nous avons parlé antérieurement d'Aliiéric, (jui devint comte nous ne savons de quel pngas, ainsi ([ue d'Etienne, comte du />. Bedensis ou du Chaumontois, et frère de Walahon, cpii fut successivement ou sinmltanément conte du/j. Wormacensis, du S/)irensis, de Vlùicguioe et du A'idd((f/oioeK
Occupons-nous de (Jérard et de Matfrid. II est hors de doute que les deux frères* descendaient de Matfrid, comte d'Orléans sous Louis le Pieux, mort en 887, mais il est difficile de djre s'ils étaient les petits-fils ou seulement les arrière-[)etits-lils de ce personnage. Le Matfrid qui vécut sous le règne de Lothaire 1^'', qui était comte du pat/us Eijlensis, et à qui l'empereur donna l'abbaye Saint-Vaast d'Arras, avait certainement le comte d'Orléans [)our père 3 ; mais, est-ce lui que l'on retrouve sous le règne de Lothaire II et, plus tard, en 877 et 878 ? Pour répondre ;i cette question, il faudrait savoir si Engeltrude est fille de Matfrid I^"" ou de Matfrid IL Les actes du concile tenu au palais de Latran, en octobre 8G3, l'appellent fille du feu comte Matfrid, mais cela ne nous avance guère. Il en résulterait, à supposer que Matfrid II fût le père d'Engeltrude, qu'il était décédé avant le mois d'octobre 8G3, et ([ue le Matfrid qui paraît en 8G7, 877 et 878 est le fils de Matfrid II et le frère d'Engeltrude. La dernière hypothèse nous paraît la plus vraisemblable, Matfrid I*'' devant avoir atteint un âge avancé quand il mourut, et Engeltrude étant sans doute encore assez jeune quand elle abandonna son mari pour fuir avec Wanger en Lorraine. Admettons-la donc pour fille de Matfrid II, et faisons du comte qui apparaît de 867 à 878 Matfrid III ^. Ce dernier avait-il, comme son père, l'administration du /tagus Ei/Iensis? On pourrait le supposer, car le diplôme du 20 janvier 867, où il figure comme intercesseur, concerne des localités des pagi ripuaires et en particulier de VEi/Jensis^. Dans ce cas, il serait devenu, après le traité de Meerssen, le sujet cle Louis le Gcrmaniipie, ])uis, ;i la mort de ce prince, de son fils
1. Voir sur Étionae ou sur les Éùcriuc, car il y avait doux persoiiiia<jes de ce nom, l'un ficrc de Walalioi, l'autre frcre d'.Vlbéric, ce que nous avons ilil plus haut. En délinilivc, il est difficile, en plus d'une circonstance, de déterminer quel est l'Etienne dont il s'aijil, el l'on ne peut même pas affirmer avec ime certitude absolue (jnc ce soit le frère <le Walahon (pii ait été l'allié de Gérard et de ."Matfrid. Siu' Walahon, voir Stki.n, Kif/iiij Konrad I, pp. il\i-\l\?>.
2. Nous savons qu'ils étaient fri^res p;ir Rkci.no.n, Clironiron 892, yof), pp. i3i) et i5oi.')i. IjC même auteur nous appreiul ([ue Géraril et Malfrid avaient un fri>re nomme Hichier, (jui devint en 8<j8 ahht- de l'riim et en y20 évêipie de Lièqe.
:?. Voir sur iMalIVid (11), p. :-('>, n. (l.
l\. Nous nous rallions à l'opinion de KiiuciKii, l)er Ursprunij des /Itiits\s l.ot/iriiti/t'/i- Jliihslnirg, pp. 8-10, tout en recoimaissant ((u'elle n'est pas inatta(pial>le. .'). M. .M. i;,8o.
LA FAMILLE DES MATFRID. 5oi
Louis le Jeune. Cela concorde avec les réclamations adressées en faveur des filles de Boson et d'Engeltrude par le pape Jean VIII à Louis le Jeune, à Liutbert, archevêque de Mayence, et a Matfrid lui-même. Les alleux qu'Engeltrude avait hérités de son père en Lorraine, elle les avait légués en partie à Godefroy son bâtard, en partie à Louis le Jeune, à Liutbert de Mayence et à Matfrid, son parent, sans doute pour que celui-ci et le roi laissassent à Godefroy la jouissance du reste. Les filles légitimes d'Engeltrude, qui étaient restées en Italie, se voyant dépouillées de leur héritage, portèrent plainte à Jean VIII, qui protesta contre les dispositions de leur mère et invita Louis le Jeune, Liutbert et Matfrid à restituer les biens qu'ils détenaient injustement'. Du moment que le pape s'adressait à Louis le Jeune, c'est que Matfrid dépendait de lui. Il aurait écrit à Louis le Bègue, si Matfrid avait été le fidèle de ce prince. Seulement, la conséquence de ces déductions est que ce Matfrid, sujet de Louis le Jeune, ne se confond pas avec le personnage du même nom, que l'on trouve mentionné dans le capitulaire de Quierz}' de juin 877^. Matfrid pouvait avoir des propriétés dans les deux parties de la Lorraine, mais, vu la brouille qui existait entre Charles le Chauve et son neveu, l'empereur n'aurait pas choisi un fonctionnaire de celui-ci pour le donner à son fils comme conseiller.
A quelle époque mourut Matfrid III ? Est-ce lui qui va, avec son frère Gérard, jouer un rôle important sous les règnes d'Arnulf et de ses fils ? La chose est impossible, car l'adversaire de Zwentibold et des Conradins ne fait probablement qu'un avec le Matfrid qui paraît à l'époque de Charles le Simple et qui vivait encore en 926 3. Comme les fils de ce dernier, Adalbert et Barnoin, sont déjà des hommes faits du vivant de leur père 4, cela suppose à celui-ci un âge assez avancé lorsqu'il mourut :
1. Nous nous sommes déjà occupé de ces réclamations du pa;)e, p. 4 18, n. 5.
2. Nous l'avons déjà fait observer précédemment, p. 4i8, n. 5.
3. On trouve un comte ISIatfrid aux assemblées tenues par Charles le Simple en janvier 916 et en juin giy à Heristal ; il figure parmi les yrands qui accomparjuent le roi à Bonn en novembre gai (MR. UD., t. I, n»'* lag et 160; Constitationes et acla publiva iinperatoj'um et regiim, t. I, p. 2). Enfin, on le trouve mentionné avec la qualité de comte du p. Mettensis dans une charte de Saint-Maximin de g26 (MR. UB., t. I, n» i65).
4. Matfrid avait un flls du nom d'Adalbert, qui fut assassiné en g44 par un certain Vodon (GoNTiN. Reginonis g4A, p- i03). Cet Adalbert n'est vraisemblablement autre que l'abbé laie de ce nom que l'on trouve à Gorze en 922 {^Histoire rie Metz, t. III, preuves p. 57 ; c'est le même Adalbert qui figure dans une charte inédite de Gorze, qui ne porte point de date, mais qui est souscrite par le même scribe que celui qui a signé la précédente. Il y est qualifié non d'abbé, mais de père de Folcker, qui remplissait alors les fonctions d'abbé, Cartul. Gorsieri.se, pp. io8-iog, n" 77). Ce comte Adalbert ne doit faire qu'un avec un personnage du même nom qui détenait une terre de l'abbaye de Gjrze à une époque postérieure, alors (pie ce monastère, réformé par l'évêque de Metz, Adalbéron I""', avait un abbé régulier, et comme cet Adalbert était le frère de Barnoin, évèque de Verdun {^Vita Johannis Go/'ziensis, ch. 36 et 38, SS., t. IV, p. 347), il en résulte que Barnoin avait, lui aussi, Matfrid pour père. Il monta sur le siège de Verdun en 926 (Flodoard, Clu'onicon g25, t. III, p. 35). Nous avons vu plus haut que Matfrid IV avait du épouser une sœur de Dadon, évèque de Verdun. Adalbert, fils de Matfrid, eut probablement pour parrain un de ses oncles maternels, (jui portait le nom d'Adalbert (Liber vitie de Rcmiremont, N. A., t. XIX, p. 59). Matfrid, ainsi qu'Adalbert, figurent dans ce même Liber vitte, p. 77.
502 LA LORRAINE REUNIE TOUT ENTIERE A l'aLLEMAGNE (S7(j-8(jri).
il aurait donc très bien pu, dans sa jeunesse, soutenir contre Zwentihold les luttes que nous raconterons plus loin, (4e MattVid, nous l'appellerons par consé(|uent ISiatlVid IV'. Entre 878 et 89/4, il est h deux reprises question d'un Mati'rid, la première t'ois avec son frère Gérard, la seconde fois seul. Mais, chose remarquable, en l'une et l'autre circonstances, le nom du comte Ktienne se trouve accolé h celui de Matfrid, son futur allié contre Zwentibold. Alors que Wala était évècpie de Metz (87O-882), les trois comtes Matfrid, (iérard, Ktienne, sous prétexte qu'ils étaient avoués de Saint-Pierre de Metz et d'autres ahi)aves, auraient pris aux unes et aux autres des domaines leur appartenant. Excommuniés par Wala, ils auraient fini par se soumettre et par restituer les biens ([u'ils s'étaient injustement a[)propriés. Nous ne connaissons ces faits que par l'histoire manuscrite do l'éqlise de Metz, du capucin Benoît Picart-; elle repose évidemment sur un diplôme ou sur une charte que nous ne possédons plus, mais qui doit être apparenté de très près avec un diplôme faux d'Arnulf dont nous nous occiqierons bientôt. Nous tenons donc pour suspect le récit de Benoît Picart, et nous ne croyons pas pouvoir affirmer l'authenticité des événements qu'il relate, ni en tirer aucune conclusion. Par contre, la charte rendue le 18 septembre 882 par Hildebert, fils du comte Bérenger, en faveur de Saint-Vanne, ne nous inspire pas le moindre doute 5. Parmi les comtes qui la souscrivent, on trouve un Matfrid à côté d'Etienne et de Wibert : de quel Matfrid s'agit-il ? La mention d'Etienne ferait penser à Matfrid IV, qui dans ce cas animait été très jeune.
Nous ignorons de quels pagi Matfrid et son frère Gérard étaient comtes +. "Le premier administrait en 926 le pagiis Mettensis, mais il ne s'ensuit pas que sous le règne d'Arnulf il en fût de même. Toutefois, les entreprises que les deux seigneurs dirigent contre des abbayes touloises, messines ou tréviroises prouvent que le centre de leur puissance se trouvait dans larégion moyenne du bassin de la Moselle ; etsi Matfrid était àl'origine comte de Metz, on s'expliquerait qu'il eiit pu mettre la main sur des abbayes de Metz d'abord, puis de Trêves et de Toul, deux villes situées l'une au nord, l'autre au sud de Metz. Nous savons en outre que les deux frères avaient des domaines dans le pagiis Blesensis s, dont Odacer était comte en 898.
Nous avons cru devoir nous étendre longuement sur ces personnages,
1. Voir KnÛGEn, op. cit., pp. 10-12. Witïigii, op. cit., p. 3i, 11. 2, et Dummleu, t. 111, p. 388, idcnlilienl l'adversaire de Zwenlibold avec le comle de Metz, et le dernier suppose en outre (pie c'est à lui (pi'écrivait Jean VJII.