CHAPITRE UNIQUE
Avènement de Zaventibold ; pouvoirs de ce prince et étendue de son royaume. — Campagne de Zwentibold en Frange (SgS). — Disgrâce des comtes Etienne, Odacer, Gérard et Matfrid (896-897). — Disgrâce et révolte du comte Régnier, qui appelle en Lorraine Charles le Simple (898). — Conférences de Saint-Goar ; Zwentibold assiège Régnier dans Durfost ; ses vio-
LF.NCES contre LES ÉVÈQUES (899). SoULÈVEMENT GÉNÉRAL CONTRE ZwENTIBOLD
DES SEIGNEURS LORRAINS, QUI RECONNAISSENT POUR ROI LoUIS l'EnFANT ; ZwEN- TIBOLD EST TUÉ DANS UN COMBAT CONTRE GÉRjVRD ET MaTFRID (9OO).
Zwentibold' était fils d'Arnulf et d'une concubine, dont les chroniqueurs ne nous font connaître ni le nom, ni la nationalité^. Nous ne savons pas davantage en quelle année il naquit ; mais il est probable, comme il eut pour parrain le duc des Moraves, Zw^entibold ou Svatopluk, que ce fut pendant une période où ce prince était en bons termes avec Carloman, père d'Arnulf. Or, en 870 on voit Svatopluk se reconnaître le vassal de Carloman et lui livrer bientôt après son oncle Ratislaw. Cette bonne entente dura jusqu'au jour où le Morave, accusé de trahison, fut jeté en prison par Carloman, c'est-à-dire environ une année'. Ce serait donc en
1. Sur les formes diverses de ce nom, voir M. Mûller, Die Kanslei Zwentibolds, pp. 26-27.
2. Où ^VAR^'KCEMG et Gkrard, Histoire des Carolingiens, t. II, p. 3:4, n. 2, ont-ils vu que la mère de Zwentibold élait une noble hongroise? Il y aurait plus de vraisemblance à supposer qu'elle était Morave. F*resque toutes les sources relèvent que Zwentibold n'était qu'un bâtard.
3. Ann. Fald. 870 et 871, pp. 70 et 73. C'est Réginon, Chronicon 860, p. i34, qui nous apprend que le (ils d'Anuilf avait eu le prince morave pour parrain.
r)lG I.E RKf.NK DE ZVVENTIBOI.n (8(jr.-()(>(>).
870, OU au début de 871, selon toute vraisendjlance, que le l)àtard d'Arnulf serait venu au monde'. Nous ne savons rien de son éducation, ni des premières années de sa vie. C'est en 889 qu'il est fait mention de lui pour la première fois: les grands lui i-econaaissent alors des droits ;i l'héritage paternel, pour le cas où ArnuH" ne laisserait pas de fils légitime. En 892, Zwentii)old re(,^oit quelques-uns des bénéfices du comte Meingaud, assassiné par Albéric ; en 898, il se rend en Italie avec une armée de Souabes au secours de Bérenger, et il assiège inutilement Pavie. L'année suivante, autre expédition, tout aussi infructueuse, contre Rodol])lie, roi de Bourgogne. Un peu auparavant les grands de la Lorraine avaient refusé de l'avoir ])our souverain. (<c fut seulement à Worms, en 895, que furent exaucés les désirs d'Arnulf, qui devaient être naturellement ceux de son fils^.
Ni J^ouis le (îermanii[uo, ni aucun de ses fds, ni Arnulf lui-même n'avaient été sacrés. D'après les Annales VedastinI, le roi aurait dérogé à cette règle en faveur de Zwentibold', dans le but sans doute de rehausser le prestige du nouveau souverain. Après le sacre eut lieu la cérémonie de l'intronisation, au cours de laquelle les grands ecclésiastiques et laïcs de la Lorraine prêtèrent serment à Zwentibold+. Nous ignorons si celuici prit alors des engagements analogues à ceux de Charles le Chauve, de Louis le Bègue et de Boson. Le jour où le fils d'Arnulf reçut la couronne et fut reconnu roi n'est donné par aucun document, et ses diplômes ne nous permettent pas de le préciser. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que l'événement se place avant le 3o mai, date où Zwentibold rend déjà un diplôme en faveur de Stavelot, et après le i4 du même mois, attendu qu' Arnulf se trouve encore ce jour-là à Tribur?.
La situation de Z%Yentibold à l'égard d'Arnulf allait-elle être analogue à celle qu'avaient eue respectivement les fils do Charlemagne et de Louis le Pieux vis-à-vis de leurs pères? Louis le Pieux avant 8i4, Lothaire, Pépin I" et Louis le Germanique jusqu'en 84o, n'avaient eu en droit, sinon en fait, que la condition de rois vassaux, dont les pouvoirs étaient limités. Nous avons vu d'autre part qu'Arnulf avait revendiqué une sorte de suzei'aineté sur les rois de la France occidentale, de la Bourgogne, de la Provence et de l'Italie, qui avaient consenti bon gré mal gré à la reconnaître. Cette espèce de vassalité ne les obligeait d'ailleurs à aucun service ; ils ne payaient point de tribut au roi de Germanie, et n'avaient pas de troupes à lui fournir pour ses expéditions militaires. Ils étaient en outre absolunuMit maîtres chez eux ; Arnulf n'intervient pas dans les
1. CcUo date de 870-871 est d'ailk'urs parfaitement acceptable, puisciu'eii 89a Zwentibold est d'dije à recevoir une partie îles bénélices du comte Meinijaud, et ipren 8i)3 et Hiy» il commande d«'jî\ des armées. Sur la naissance de Zwentibold, voir MChluaiiheh, Heij. Knr., pp. .^7/1 et 710, et Uûmmlku, t. 111, p. 317 et n. I\.