Voir ce (pic nous avons dit plus liaiil, p. Tu 3, n
ZWENTIBOLD INDEPENDANT d'aRNULF. Siy
affaires de leurs États'. A priori, on peut supposer que Zwentibold était au moins rattaché à son père par les liens très lâches d'une semblable vassalité. Voyons si les faits répondent à cette hypothèse.
Il bat monnaie ; nous possédons de lui des deniers frappés à Trêves et à Cambrai^. Il dispose k son gré des biens du domaine royal', des abbayes^, donne ou retire des bénéfices >', concède des privilèges qu'un souverain seul peut accorder^, confirme les dispositions des rois ses prédécesseurs?, rend la justice en dernier ressort^. Il a sa chancellerie, à la tête de laquelle se trouve l'archevêque de Trêves Radbod9; quelques diplômes sont contresignés au nom de l'archichapelain Herimann de Cologne, sans qu'il soit possible de donner de la chose une explication satisfaisante '°. C'est Zwentibold, et lui seul, qui rend des diplômes pour la Lorraine", et les chartes privées rédigées dans ce pays depuis son avènement jusqu'à sa mort, sont datées de ses années de règne". Mais
1. Voir DûMMLER, t. III, ])p. 327-828, el Favre, Eudes, pp. 1 10-116.
2. Ch. Robert, Sceau et monnaie de Zwentibold (Mémoires de la Société cfarchéo' logie et d'histoire de In Moselle, t. V, pp. 270-276), Gariel, Les Monnaies royales de France de la race carolingienne, 2^ partie, p. 34o et pi. 63, E.ngel et Serrure, Traité de numismatique du Moyen Age, p. 262, et Bordeaux, Les Monnaies de Trêves pendant la période carolingienne {Revue belge de numismatique, t. 49, PP- A34-436).
3. Voir les diplômes du 3o mai 8(jo pour Stavelot, du 3 mai 8g6 pour Everlielm, du 3o juillet pour Gisèle, abbesse de Nivelles, du 8 octobre 898 pour Liège et du 16 octobre 8g8 pour Priim (B. M. 1904, 1912, 1916, 1927 et 1928).
4. Le 5 juin 890, il confirme la donation de Siisteren à Priim, et le 21 janvier 896, il restitue Salone à Saint-Denis (B. M. 1900 et 1910), pour ne rien dire de la donation d'Œren à Trêves, du aS octobre 89.5, (pii esl d'aulhencité douteuse, comme nous le verrons (B. M. 1907).
5. Voir en particulier la disgrâce des comtes Etienne, Gérard, Matfrid et Odacer en 897, celle de Régnier en 898 (Régi.xo.x, Chronicon 897 et 898, pp. i44-i45 ; Cont. Ratisb. 897, pp. i3o-i3i).
6. Le 28 janvier 897, il confère à un bois, dont l'église de Trêves et l'abbaye Saint- Maximin étaient copropriétaires, les privilèges d'une forêt royale ; le 28 décembre 897, il accorde le droit de pèche à Saint-Èvre; le 11 mai 898, l'immunité et l'exemption de tonlieux à Werden ; le i3 novembre 898, le droit d'établir un marché et un atelier monétaire à Mûnslercifel ; le 28 janvier 899 , il exempte les hommes dépendant de l'église de Trêves de l'obligation d'héberger le roi et sa suite (B. M. 191 1, 1920, 1922, 1929, 1930). Il affranchit par le denier, ce (jui est un mode d'afTraachissement réservé aux souverains, une serve d'Utrecht en 896 (?) et une serve du comte Engelrand le 9 janvier 900 (B. M. 1914 et 1981).
7. Confirmations de privilèges antérieurs pour Echternach du 28 octobre 890, pour Munster en Alsace du 4 janvier 896, pour Utrecht du 24 juin 896, pour Saint-ÎNIaximin du i3 juin 897, pour Trêves du 5 février 898, et pour Werden du 11 mai 89S. (E. M. 1908, 1909, 1918, 1917, 1921, 1922).
8. Le 18 mai 898, Zwentibold prononce la restitution à l'église de Trêves de l'abbaye Saint-Servais de ^Nlaêstricht. (B. M. 1928).
9. Sur la chancellerie de Zw^Mitibold, voir Muiilbacher, Reg. Kar., passini, et l'étude minutieuse de M. MiJLLErt, Die Kanzlei Zwentibolds. Mûller a indiqué, p. i3, n. i, les travaux où cette question avait été traitée.
10. Nous reparlerons plus loin de l'explication qu'a donnée M. INIûller, pp. 96-9S ; elle n'a pas la moindre valeur.
11. On ne possède pas un seul diplôme d'ArnuIf pour la Lorraine postérieur au 3o mai 896.
12. La donation d'Engilbert à la collégiale de Bonn {N. A., t. XIII, p. i5o, n» i), la vente d'Heilgaud et de Roger à Stavelot (Ritz, NR. UB., n» i3) et la donation d'Herimuot
5l8 LE RlUiiNE DE ZWENTIUOLD (8y5-(joo).
c'est jjeut-étie surtout ilaus sa politique extérieure que le jeune roi acjit avec une pleine indépendance. On se rappelle qu'à cette assemblée de Wornis où Zwcntibold l'ut élevé au trùne, son père avait pour la seconde l'ois reconnu Eudes connue roi de la France occidentale. Cela n'empêcha pas Zwentibold, (pi('!i[ues mois plus tard, de s'allier ii (^liarles et de faire laquerre à Eudes. Arnull' ne s'opposa pas ii cette expédition'.
Pourtant, en (juatre circonstances, ce prince intervint dans les affaires de son fils. En 897, il amène la réconciliation de celui-ci avec les comtes Etienne, Gérard et MatCrid, dont Zwentibold avait confisqué les bénéfices^; en 891), il cherche ;i rétablir ou à consolider la paix entre son bâtard et Charles le Simple 3. Mais en ces conjectures, a-t-il agi en suzerain ou en père désireux de tirer son fils d'embarras ? C'est également comme fils que Zwentibold s'adresse a Arnull' pour lui demander conseil sur le choix d'une femme •*.
Toutefois, en ce qui concerne la Frise, l'intervention du roi d'Allemagne semble avoir un autre caractère ; mais là encore il règne une grande incertitude. En 898, le Frison Waldger, fils de Gerulf, ayant assassiné le duc Eberhard, fils de Meginhard, l'empereur, c'est-à-dire Arnulf, donna le duché de la victime à son frère, appelé lui aussi Meginhard J. Il y a lieu de se demander deux choses : en premier lieu, quel était ce duché que gouvernait Eberhard? Celui-ci, qui était d'origine saxonne^, possédait des bénéfices en Frise ; Godfrid les lui avait enlevés, et l'on se rappelle le rôle joué par Eberhard lors de l'assassinat du chef normand en 8857. Il dut naturellement recouvrer alors ce qu'il avaitperdu, mais fat-il en outre investi par Charles le Gros, ou par AiMiulf, de l'autorité ducale, c'est-à-;lire du haut commandement militaire dans la Frise ? Eut-il, en un mot, la situation qu'avaient occupée Heriold, Roric et en dernier lieu Godfrid ? Nous ne j)ouvons, faute de preuves, rien affirmer à cet égard.
Supposons cependant Eberhard duc de Frise : il reste maintenant à démontrer que ce dernier pays ait été soumis à Zwentibold. Il y a, il est vrai, les textes de Réginon, des Annales Fiildenses ei des Annales ]'edastini qui font donner à Zwentibohl le royaume de Lothaire ; s'ils ne nomment pas la Frise, on peut la supposer sous-entendue. Plusieurs diplômes
à Miinslcr (Sc.hœpflin, Ah. clipl., t. I, p. 98), sont respeflivcment ilalccs do la |)reinière, de la deiixii'iiic et de la troisième aimée du rè()ne de Zwentibold. PoiirlaiU, une charte inédile de Gorze, donation et précaire de Witcharne, porte : « Acluni .Mellis publiée, anno ab Incarnatione Doniini OOtUlXCVlII, ind. II, epacla VI, concurrente VIII, anno X Arnulji régis, u (Cariai. Gorz., p. 117, col. 1, n" 84-) H est <iueslion ilans cette charte d'une viijne située sur le finage de Melz, « proi)e jjortain Scarponinsein » ; c'est la porte Serpenoise.