‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 50 sur 764 · LOTHAIRE MÉDIATEUR ENTRE SES DEUX FRERES · texte numérisé non relu

LOTHAIRE MÉDIATEUR ENTRE SES DEUX FRERES

alors à Liège. Louis avait été convoqué, mais il s'abstint de venir, prétextant un empêchement'. Cette nouvelle entrevue était motivée par le bruit, qui se trouva fondé, que le second fils de Louis se préparait à partir pour l'Aquitaine. Lothaire et Charles avaient voulu, avant que le jeune prince se fût mis en route, tenter auprès de leur frère un dernier effort pour le déterminer à ne pas autoriser l'expédition de son fils. Si Louis ne vint pas, c'est que son paiti était pris, et qu'il jugeait inutile de s'exposer aux récriminations et aux reproches de Lothaire et de Charles. Ceux-ci s'engagèrent par serment à résister en commun à toute tentative que ferait soit leur frère, soit un de ses fils, soit tout autre, pour enlever à l'un d'entre eux une partie du royaume que lui avait attribué le traité de Verdun. Les enfants de celui des deux qui mourrait le premier hériteraient des Etats de leur père sous la protection de leur oncle-.

La perspective d'une lutte avec les forces coalisées de Lothaire et de Chailes fît peut-être réfléchir Louis le Germanique ; mais elle n'arrêta pas son fils, qui poursuivit quand même l'exécution de ses projets de conquête 3. Tandis que Charles se disposait à le combattre, Lothaire allait trouver Louis sur les bords du Rhin, pour lui rappeler ses devoirs de frère vis-k-vis de Charles. Ainsi, Lothaire travaillait au main-

1. C'est ce que disent Lothaire et Charles, chacun de leur côté, dans le premier article de leurs « Adnuntiationes » (CC, t. II, p. 77). L'inscription placée en tète des actes du conrjrës ne donne que l'année ; les Annales Bei-finiani n'inditpient pas davantage le mois, que nous connaissons par un diplôme de Lothaire I<"' pour Priim, donné à Lièqe le aS février 854 (B. M. ii3o). (Charles se trouvait le ig (?) janvier à Orléans, où il rendit un diplôme en faveur de Saint-Philbert-de-Grandlieu (B. iG44)- Quant aux diplômes de ce prince pour Montier-en-Der du 26 janvier (ou du G février), datés de Quierzy et classés à tort en 854 par dom Bouquet (B. H. Fr., t. VIII, pp. 52g et 53o, n°^ iig et 120), puis à sa suite par Bœhmer (Regesta Karolorum, n°^ i()45 et 1646), et par Dûmmler (t. I, p. 384, n. i), ils doivent être reportés à 857; de même ceux du i5 février pour Saint- Just de N"arbonne, que dom Bouquet, après une première attribution à 854 (^- f'- Fi'-, t. VIII, p. 532, n" 122), avait fini par mettre en 856 (ibid., pp. 547 ^^ ^48, n"* i4o et i4i)- Bœhmer {Reg. Kar., n°* 1666 et 1667) avait exactement classé ces deu.x actes en 857, de même qu'il avait placé en 856 un diplôme de Charles pour Saint-Philbert-de-Grandlieu, daté de « Vetere-Domo » 11 février, mis à tort par Bouquet en 854 {R- H. Fr., t. VIII, p. 53 1, n» 121). L'erreur de Bouquet, fréquemment renouvelée d'ailleurs, a été de se guider d'après l'indiction, et non d'après les années de règne. Les diplômes datés de Quierzj- pour Montier-en-Der et Saint-Just portent 2^ indiclion, qui correspond en effet à 854, et 17» année du règne de Charles, qui coïncide avec 857. Nous savons d'ailleurs que, le i4 février 807, Charles était à Quierzy, où il présida une assemblée générale et un synode ÇCapilulare Carisiacense, ch. i, CC, t. II, p. 286, et Epistola synodi Carisiacensis, Mansi, t. XV, col. 125).

2. Adn. Hloth., ch. 2 ; Adn. Kar., ch. 2 ; Sacramenfum (CC, t. II, pp. 77 et 78). Lothaire, au ch. 3 de son allocution, s'engage, au nom de son frère et au sien, à respecter les lois données par Louis le Pieux et Charlemagne ; et Charles, même article de la sienne, promet au fidèles réparation pour les injustices qu'ils ont pu subir.

3. Ann. Bert. 854 fp- 44) ; Ann. Fuld. 854 (p- 44) ; Ann. Xant. 855 {SS., t. II, p. 229) ; Miraciila S. Marlialis (R. H. Fr., t. VII, p. 370). Les Annales Xantenses font par erreur Pépin !<"■ père de Louis le Germanique ; peut-être au lieu de « patris » conviendrait-il de lire « patruelis », et rapporter u sui « non à Louis le Germanique, mais à Louis le Jeune, dont Pépin I^r était en effet l'oncle. Les Annales Xantenses placent au printemps, « verno lempore », le départ de Louis pour l'Aquitaine; les Annales Bertiniani semblent dire qu'il se mit en marche à répo([ue de l'entrevue de Liège ; c'est en carême que Charles prend à son tour le chemin de l'Aquitaine, où il reste jusqu'à Pàiiues (22 avril).

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tien ilu traité »jui l'avait dépouillé; il sorvail, lui, le vaincu de Fontenoy, de médiateur entre les vainqueurs, et c'était Louis qui violait ses serments et qui, pour satisfaire son ambition, venait accroître les embarras au milieu descjuels se débattait péniblement son ancien allié. Louis reçut assez mal les observations de son frère, et il y eut entre eux une altercation très vive. Pourtant, ils se calmèrent et firent la paix ; peut-être conclurent-ils un traité ', sans que nous sachions d'ailleurs quelles furent les clauses de leur accord. Mais ce qui est certain, c'est que Charles prit ombrage de la réconciliation de ses frères. Quittant aussitôt l'Aquitaine, il revint dans le nord de ses Etats et pria Lothaire de venir s'expliquer avec lui h Attiqnv. L'empereur déféra a sou désir, le convainquit de sa ])onne foi et renouvela avec lui le pacte qu'ils avaient conclu quelques mois auparavant à Liège *. Des ambassadeurs furent dépéchés a Louis au nom de ses deux frères, pour le sommer de rappeler son fils d'Aquitaine, (^elte démarche ne semble pas avoir produit plus d'efïet que les précédentes'. Mais un auxiliaire inattendu allait venir au secours de Charles. Pépin II s'enfuit de l'abbaye Saiat-Médard de Soissons, où il était enfermé, et parvint à regagner l'Aquitaine, où la grande majorité de la population se déclara en sa faveur^. Abandonné par presque tous ses partisans de la première heure, vigoureusement attaqué par le roi de France, Louis le Jeune se vit forcé de quitter le pays et de retourner en Germanie auprès de son père 5.

I. Ann. Bert. 8,")4 d'. 44)- <"''t;st très probablement, dans le milieu de mai ((u'eiit lieu l'entrevue, comme le suppose Mliilbacuer (Rctj. Kar., pp. 433 et, 53y), (jui s'appuie sur le diplôme rendu le i8 mai à Francl'orl par Louis le Germani([ue en faveur de l'éylise d'Itrecht (B. M. 1867). Sickel, dans le premier de ses Beitneç/e zur Diplonuitik (SB. W. Ak., t. XXXVI, p. 387), et DOmmler, dans la première édition de son ouvrage, t. I, p. 30.^, n. i3, avaient attaqué l'authenticité de ce document. ISIuiilbacher l'a victorieusement iléfendue, et Dûmmler, 2* éd., t. I, p. 384, n- 3, ])arait avoir accepté l'opinion de son contradicteur. MûHLBACHKR, o/). Cit., p. 53ij, et DuMMLER, ib., p. 385, admettent que Lolliaire et Louis ont conclu alors un traité de paix.

2. Ann. Bert. 854 (P- ^^)- L'inscription placée en tète du Capittilare missorum Attinia- C?nce (ce, t. II, p. 277) nous apprend (jne la réunion des deux princes eut lieu dans le courant de juin.

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