RÉGNIER, GÉRARD ET MATFRID
l'obstination que mirent Régnier, puis Giselbert, k s'emparer de l'abbaye de Saint-Servais de Maastricht, qui appartenait au pagus Maselant et au comitatus Hasbanlciis (ou Hasbaniensis). Peut-être Régnier, et après lui Giselbert gouvernèrent-ils et la Hesbaye proprement dite, et le p. Masau ou Maselant '.
Régnier possédait-il, outre ses comtés et ses aljbayes, une dignité plus élevée, celle de duc? Une charte pour Stavelot, du 21 juillet 906, est souscrite par le duc Régnier, et contresignée au nom de ce même duc Régnier par le notaire Hugues. Pourtant, dans l'exposé, Régnier n'est qualifié que de glorieux abbé, et avant lui est mentionné un vénérable duc Giselbert, parfaitement inconnu d'ailleurs ; plus loin, dans le corps de l'acte, Régnier s'intitule comte et abbé^. Il n'y a aucun fond à faire sur cette charte, dont nous ne possédons pas l'original et qui évidemment contient des remaniements et des additions 3. C'est le seul document contemporain de Régnier où on le trouve avec le titre de duc ; dans aucune autre charte, ni de Stavelot, ni d'Echternach, dans aucun diplôme, ni de Louis l'Enfant, ni même de Charles le Simple, il ne prend ou on ne lui donne cette qualité. La charte de go5, k supposer que nous en ayons le texte exact, signifîe-t-elle qu'k ce moment Régnier aspirait k la dignité ducale et qu'avant d'en posséder le pouvoir il aimait k se parer du nom ■♦? Mais ses velléités n'allèrent pas jusqu'k une révolte ouverte, et le châtiment infligé a Gérard et k Matfrid le détourna peut-être de marcher sur leurs traces, et de rompre avec les puissants conseillers de Louis l'Enfant. En définitive, k part le pouvoir ducal, qu'il n'avait pas obtenu, Régnier n'avait pas k se plaindre du nouveau règne, qui lui avait rendu ses anciennes possessions, les avait accrues ou l'avait laissé en prendre de nouvelles.
Géi'ard et Matfrid avaient été, ce semble, moins favorisés, quoiqu'ayant délivré Louis de son frère. Ils avaient des visées ambitieuses, le mariage de Gérard avec Oda, veuve de Zwentibold, accompli avant que l'année goo fût expirée, semble bien indiquer qu'il aspirait k une haute situa-
1. Le fait que Saint-Servais est place par un des deux diplômes de Zwenlibold du i3 mai 898 dans le p. Hasbaniensis et le comitatus Maselant, — par l'autre dans le/j. Maselant (B. M. 1928 et 1934), — par le diplôme de Charles le Simple, du i3 juin, dans le comitatus Hasbacensis, — par celui du 9 juillet, dans le comitatus Maselant, démontre que ces deux circonscriptions se trouvaient alors unies, et il y a de grandes probabilités pour que Régnier et après lui Giselbert en aient eu le gouvernement.