‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 552 sur 764 · Martène, Ampl. Coll., t. I, coll · texte numérisé non relu

Martène, Ampl. Coll., t. I, coll

3. WiTTiCH, p. 64, n. l\, suppose que le début de la charte, où il est question du duc Giselbert, a été altéré par un copiste.

4- Comme nous l'avons vu précédemment, Wittich ne se prononce pas nettement sur la situation de Régnier. Toutefois, il admet, p. 65, que si Régnier a pris le titre de duc, il ne l'a pas fait contre la volonté du roi, auquel il demeure soumis. Il avait déclaré auparavant, pp. 52 et 56, que ce personnage visait à occuper dans la Basse-Lorraine une situation prépondérante. D'après Zellek, Histoire d'Allemagne, t. II, p. 206, Régnier s'adresse à Charles le Simple, (pii lui octroie le titre de duc ; la Lorraine se détache de l'Allemagne et devient à peu près indépendante. — Il est difficile d'imaginer une ignorance plus com[ilète des faits.

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tioii'. Mais ses ospéraïu-es et celles de son frère rureul (lé(;ues. Ni l'un ni l'antre ne furent promus ù la clicjnité de duc, et on ne leur rendit même pas l'abbave d'Œren ; pourtant leur frère llichier conserva celle de Priim, dont ils l'avaient violemment mis en possession, alors t[ue Zwentihold vivait encore^. Le mécontentement des deux frères ne se manifesta pas tout de suite, mais il finit par éclater. Moins prudents que Régnier, ils entrèrent en hostilité ouverte avec Conrad et (Jebliard, comme nous le verrons plus tard.

Quant aux autres seigneurs lorrains, nous ne savons pas quel parti ils prirent.

Les sentiments du haut clergé ii l'égard de Conrad, de (îebhard, de Régnier, de Cérard et de Matfrid ne nous sont pas connus. Tous ces personnages détenaient k des titres divers des terres d'Eglise et môme des abbayes, ce qui n'était pas un titre à la bienveillance des prélats ; mais étant donné que ces derniers étaient généralement favorables au pouvoir établi, k la royauté, et que dans la circonstance Gebhard et son frère représentaient l'un et l'autre, on peut croire que les hauts dignitaires ecclésiastiques lorrains penchaient plutôt pour eux que pour leurs adversaires'. L'archevêque Radbod, qui avait conservé la direction de l'archichancellerie lorraine, n'avait pas de motifs de se brouiller avec Gebhard et Conrad ; et il devait plutôt garder rancune k Gérard et k Matfrid, qui avaient dépossédé Réginon de l'abbaye de Prûm pour y installer leur frère Richier+. L'archevêque de Trêves en voulait probablement k Régnier, l'usurpateur de Saint-Servais 5 ; mais par contre Etienne, évêque de Liège qui succéda en 901 (?) k Francon^, ainsi que

1. RÉGiNO.v, Chronicon 900, p. i48. Sur les projets des deux frères, voir Wittich, pp. 52-53, 5G, 59, Stei.v, p. i4o, Du.mmlek, t. III, p. 5o4. Kiiemek, Orij. Xassoic, t. I, pp. 88 et 94, avait prcleadu qu'Oda s'était remariée non avec Gérard, l'adversaire de son mari, mais avec GeJjhard. Celte asserl'on, réfutée par Wenck, Hessische Landesi/eschichte, t. Il, p. 623, n. V, a été pourtant reprise par Rixtele.n, art. cil. (F. D. G., t. III, p. 322).

2. Voir ci-dessus. Wittich, p. Sg, relève ([ue Louis l'Enfant, devenu roi de Lorraine, laissa Richier en possession de Prum.

3. Voir Wittich, pp. 57-58 et 64. D'après Rintelen, p. 828, il y aurait eu alors deux partis en L;)rraine, celui dont Gérard et Matfrid étaient les chefs, et celui des Conradins, au(piel se ralliait le clerjé.

4. Une preuve des bons rapports qui existaient entre Radbod et les Conradins, c'est que Gîbhard et son frère interviennent en faveur de l'éijlise de Trêves dans le diplo.ne du 19 septembre 901 (B. M. 1950). Cf. Wittich, p. 04.

5. Voir ci-dessus, pp. 54i, 544-545 et 502 ; cf. Wittich, pp. 07-58.

6. Les Ann. Laubiens. et LeocL, ainsi que les Lobiens. font mourir Francon en 901 (^SS., t. IV, p. iG, et t. XIIl, p. a3a), mais comme elles placent éijalenienl en 901 le meurtre de Zwcnlibold, qui est de 900, et en 900 le décès d'Arnulf (pii appartient à l'année précédente, on peut avoir des doutes sur l'exaclitude du rensei(|nement cpie ces documenîs fournissent touchant la lui de Francon. Selon (Jilles u'Orval, Francon aurait été consacré en 856 et serait demeuré évécpie <iuarante-huit ans ; il serait mort en 904, I<î 9 janvier (Gesla e/)/). LeixL, SS., t. X.\V, pp. 49. ^o et 5i). Le Liber uitte de Remiremunt fait aussi mourir Francon le 9 janvier (.V. -l., t. Xl.X., p. Oy) ; la date du 2a mars indiquée par le Necrul. Wellenbiirii. (IJtEUMEii, Fontes, t. IV, p. SGy), s'applique vraiseml)lalil('nient à l'un des nombreux homonymes de l'évc^que de Lièije. D'après les (lestn e/)j). LeoiL, cli. 19 (SS., I. VII, p. 209), Francon aurail enduré de vives souIVrances

LE HAUT CLERGÉ. ASSASSINAT d'ÉTIENNE (goi). 565

l'ai^hevèque de Cologne Herimann, paraissent avoir vécu en bonne intelligence avec le comte-abbé de Stavelot, car à deux reprises on voit celui-ci figurer comme intercesseur, et une fois avec Herimann, dans des diplômes concernant l'église de Liège'.

Les germes de mécontentement qu'avait fait naître la situation prépondérante en Lorraine par les Conradins ^, mirent quelque temps à éclore, et les premières années du règne de Louis se passèrent assez tranquillement, si ce n'est qu'en 901, l'un des anciens adversaires de Zwentibold, le comte Etienne, frère de Walahon, périt une nuit, alors qu'il se trouvait dans les latrines, frappé d'une flèche empoisonnée, que lui décocha une main inconnue 5. Etienne, en 896, avait tué le comte Albéric, meurtrier de Meingaud ; l'assassin qui le frappa avait très probablement voulu venger Albéric.

dans les derniers temps de sa vie. S'il fallait en croire Folcuin, Gesla abb. Lobb., ch. 17, les Gesta epp. LeocL, ch. 19, et les Ann. Lobiens. 870 {SS., t. IV, p. 62, t. Vil, p. 200, et t. XIII, p. 282), Francon, après ses lattes contre les Normands, ne se croyant plus digne, parce qu'il avait versé le sang, de remplir les fonctions ëpiscoi)ales, se serait fait suppléer par Béricon, clerc de Liège, et par Tliietère, moine de Lobbes, qu'il avait envoyés à Rome pour les faire consacrer par le pape. De fait, on trouve un chorévè([iie de Liège du nom de Biricon présent au concile tenu à Douzj^ en août-septembre 871 (Mansi, t. XVII, coll. O75 et 677). Mais Francon n'en resta pas moins à la tète de l'église de Liège, comme l'attestent des di[)lômes de Charles le Gros, d'Arnulf et de Zwentibold (B. M. "iGA/(, 1783, 1927), des lettres d'Etienne V (VI) et de Formose (J. L. ."J/iôS et 3487) et sa présence au concile de Tribur de mai 895 (CC, I. II, p. 211). Peut-être, tout en continuant d'administrer le diocèse de Liège , s'abslinl-il des fonctions spirituelles de sa charge ; c'est ce que semblent dire les Gesta epp. Leod. : « memorant quod ipse spontaneus se ofQcio altaris abdicaverit ». Francon avait reçu en bénéfice l'abbaye de Lohhes (Ann. Laiibiens. 887, Gesta abb. Lobb., ch. i.i, SS., t. IV, pp. i5 et 61), et le i5 novembre 889 il obtint d'Arnulf la donation de ce monastère à l'église de Liège (B. M. 1783, cf. Ann. Laiibiens. 890, Gesta abb. Lobb., ch. i5, Gesta epp. Leod., ch. 19, SS., t. IV, pp. i5 et 61, t. VII, p. 200). Etienne, qui succéda à Francon, nous ne savons pas d'ailleurs dans quelles conditions, était d'une noble famille, car il était parent du comte Gérard, frère de Malfrid, d'après un diplôme de Louis l'Enfant du 18 janvier 908 (B. M. 1991), et d'autre part Ciiarles le Simple, dans un diplôme pour l'église de Liège du 25 août giS (B. 1946) qualifie Etienne de « nostrœ consanguinilati affinis «, ce qui ne prouve pas d'ailleurs que le prélat eût du sang de Charlemagne dans les veines. Ajoutons que la Vita Gerardi, ch. i, et Gilles d'Orval, Gesta epp. Leod., liv. II, ch. 4o (SS., t. XV, p. 656, et t. XXV, p. 5i), font d'Etienne le frère de Plectrude, femme de Sanction et mère de saint Gérard, abbé de Brogne. Élevé à l'école du palais de Charles le Chauve, avec Radbod et Mention, depuis évèques d'Ulrecht et de Chàlons (Vita Radbodi, ch. I, S S., t. XV, p. 569), il devint peut-être abbé de Sainl-Evre (diplôme d'Arnulf pour cette abbaye du 19 mai 891, B. M. 1810), et certainement de Saint-Mihiel (diplômes de Zwentibold du i4 août 895 et du 3 mai 896, B. M. igoG et 1912). C'est probablement lui cet abbé Etienne qui assista au concile tenu à Metz en 893 (Mansi, t. XVIII, col. 77). Les Ann. Laiibiens. Leod. et Lobiens placent son avènement à l'épiscopat en 901, Gilles d'Orval, liv. II, ch. 39, en 904 (SS., t. IV, p. 16, t. XIII, p. 233, et t. XXV, p. 5i). Etienne assista à la consécration de l'abbaye de Lobbes, par Dodilon, évèque de Cambrai, dans le diocèse de qui elle se trouvait (Gesta epp. Ganier. liv. I, ch. 65, SS. t. VII, p. 424)-

1. Diplômes du 20 octobre go6 et du 18 janvier 908 (B. M. 1984 et 1991).

2. Voir WiTTicii, op. cit., p. 60, Stein, op. cit., p. 16, Giesebrecht, Geschichte der deutschen Kaiserseif, t. I, p. i83, Dijmmler, t. III, p. 53g, et Krûger, Der Urspninj des Hauses Lothringen-Uabsburg, p. 11.

3. RÉGixox, Chronicon goi, p. 149- Le Z/èe/- y//,r de Remiremont (iV. ^1., t. XIX, p. 66), mentionne un comte Etienne mort le i4 décembre ; c'est peut-être celui qui fut assassiné en 901, attendu que Rég:non place l'événement à la fin de l'année.

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Etienne po.sséclait-11 encore, (jiianJ il mourut, le peu/as Hedensis ? Ce /xiijtis avait pour conitci en goQ Wid.ic ou plutôt W'ijjciic, dont nous aurons plus (l'une l'ois à reparler'. Or, ce personnajje fujurc déjà dans un diplôme rendu par Louis li^ kj se[)teml)re ijo:>. en laveur de l'écjlise de Trêves, et on y mentionne (pi'il consent ii ce ([ue certains droits soient transférés de lui à l'arclievècpie ' ; c'est donc (pie Wigeric était comte de Trêves ou plutôt du /xKjas lii'densis, dont Trêves faisait partie. Etienne étant mort dans le courant de 901, Wigeric pourrait, il est vrai, lui avoir succédé comme comte du par/as Bedensis. Mais d'autre part, nous devons faire remarquer que Wiqcric est avec Ricuin intercesseur pour l'archevêque de Trêves dans un diplôme de Zwentibold du 28 janvier 899. Ce n'est pas une preuve qu'il ait été à cette date comte du p. liedensis, mais cela constitue une présomption 3. Comme le diplôme (jui nous apprend qu'Etienne était comte du p. Bedensis remonte au 28 octobre 890+, est antérieur par conséquent à la disgrâce d'Etienne, nous ne pouvons pas affirmer (ju'Etienne ait recouvré son comté, lorsqu'Arnulf obligea Zwentil)old à se réconcilier avec les trois comtes dont le jeune roi avait confisqué les bénéfices. Pourtant, il serait possible qu'il y eût plus d'un comté dans ce pagus, qui était très étendu, et que Wigeric fût maître de la partie où se trouvait la ville de Trêves >. Wigeric sem!)le d'ailleurs avoir vécu en bons termes avec l'archevêque de Trêves, et s'être tenu à l'écart des révoltes de ses voisins. Nous nous occuperons de lui ailleurs avec plus de détails.

Louis était venu en Lorraine à trois reprises dans le courant de 900, d'abord en mars-avril, lorsqu'il se fit reconnaître pour roi par les grands du pays, puis un peu plus tard, en juillet ou en août, vers l'époque a laquelle son frère fut tué ^, enfin une dernière fois en octobre : on le trouve a Strasbourg le 3i de ce mois?, mais il ne fit probablement que traverser l'Alsace, sans pousser plus avant dans l'intérieur du pays. Il n'y parut pas en 901. Au début de 902 il passa par l'Alsace, conune le prouve un diplôme rendu à Strasbourg le 5 janvier en faveur de Wissembourg 3. A la fin de l'été, la Lorraine le posséda pendant quelque temps. Il s'arrêta

I. Nods le savons par deux chartes de Saiiil-.Maxiinin concernant un t-cliange avec Koric et une cession de biens en précaire au même [jcrsonnaçje (MR. L'Ii., l. I, n*** ij3 et i5/j). a. B. M. i(j5o.

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