Chartes de Roric de 909, MR. UB., t. I, n»» i53 et i
7. B. M. 2009. On trouve Conrad qualifié de duc dans un diplôme du 10 février 910 en faveur de Conrad, fils d'Eberhard et comte du pagiis Logennhe (B. M. 2007, MR. UB., t. I, n° i55), et Conrad lui-même, dans un acte du 18 février 913 pour Hersfeld, parle du temps où il était duc sous le rèrjne de Louis (B. M. 2026, K. i5, DD., t. I, p. i5.). Mais c'est de la France orientale et non de la Lorraine que Conrad était duc ; telle est du moins l'opinion de Waitz, D. VG., t. V, p. 54, et de Dûmmler, t. III, p. 568. Stein, Osffianken im sehnten Jahvhundevt (F. D. G., t. XXIV, p. i33), n'admet pas que Conrad le Jeune p.it été duc de la France orientale, mais il n'eu fait pas davantage un duc de Lorraine. D'ailleurs, le 10 février 910, Gebhard vivait encore.
8. Charte établie à propos d'un échange entre Ardoin et l'abbaye de Stavelot, datée du i«f juin, douzième année du règne de Louis (Martène, Ampl. Coll., t. II, coll. 38-39).
g. Dans cet acte, Régnier dit qu'il agit sur l'ordre du roi, et la cliarte est datée des années de règne de Louis : cela indique que le comte-abbé de Stavelot n'avait pas cessé
574 ï*^ RKGNE HE LOI IS l'kNFANT (yooyii).
usurpé uu titio vieilli, au lieu de s'intituler tout sinipleineut duc, comme il l'avait i)eut-ètre lait six ans plus tôt ? Aiusi le jeune roi avait donné une demi-satisfactiou à Régnier; mais, tant (jue les (louradins étaient puissants, tant i[u'ils jouissaient de la faveur du souverain, le missas clonti/iiciis ne pouvait espérer devenir duc.
Son and)ition s'impatienta-t-clle et le poussa-t-elle ii appeler Charles le Simple en Lorraine avant la mort de Louis l'Enfant? On n'a, pour justifier cette assertion, ([u'nn texte des A/inales Alamannici qui placent en 911 la rupture des Lorrains avec Louis, en 912 le décès de ce dernier prince, i>uls l'élection de Conrad, et seulement après celle-ci la reconnaissance i)ar les Lorrains de Charles comme roi '. La vérité est que les Annales Alnincmnici, dont la chronologie est souvent erronée, ont raconté deux fois le même événement, en le présentant de deux façons différentes. L'annaliste a reporté à 912 des faits qui s'étaient passés l'année précédente, mais il a cru devoir quand même mentionner en 911 la scission des Lorrains qui, au lieu de se rallier à Conrad, étaient allés au roi de France ; et, comme il ne faisait mourir Louis qu'en 912, il était amené à considérer cette scission comme une défection à l'égard du lils d'Arnulf. Nous n'attachons donc aucune valeur à ce texte des Annales Alamannici, et nous croyons que les Lorrains ne s'adressèrent à Charles le Simple qu'après le décès de Louis'.
Ce prince mourut le 24 septembre 911 '. Etant né en 898, il avait alors dix-huit ans révolus. Une généalogie des Carolingiens lui donne une femme appelée Ermengarde +, mais aucun chroniqueur ne confirme la chose. Pourtant, il n'est pas impossible que Louis, vu son âge, ait été ma-
de reconnaître l'autorité du jeune souverain. Wittich, pp. 73-74, Waitz, D. VG., t. V, p. 56, le père Brabant, a/-t. cit., p. 69, et Dummler, t. III, p. 572, admettent que Louis avait conféré à Régnier le titre de missus dominicus. Wittich suppose que celte diçinité donnait au comte la surveillance et l'administration du domaine de la couronne en Lorraine. Pour Waitz, Régnier est le premier personnage du pays, et son influence s'étend jusque sur la partie orientale du royaume; le père Bkabant lui atlril)ue une certaine autorité sur toute la Lorraine, et Dummler des pouvoirs étendus. De fait, il est impossible de définir ce qu'était alors la véritable situation de Régnier.
i. Annales Alanianniri (codd. modœt. et veron) 911 et gia {SS., t. I, p. 55).
2. Nous avons adopté les conclusiims de Stein, op.^ cit., p. 20a. La rupture des Lorrains avec Louis et l'olTre de la couronne de Lorraine à Cliarles le Simple avant la mort du jeune fils d'Arnulf ont été admis par Wittich, p. 74, Waitz, D. VG., t. V, p. 56, MuHi.iiAciiER, Re(/. Kar., p. 7A2, et D. G. A'., p. 65(1, par DCmmleu, t. III, p. 57a et n. 1 et p. 58o, el par Eckel, Étude sur le rèyne de Chiirles le Simple, ch. 4. P- 3 (Ecole des chartes. Positions des thèses de 1889). Rintki.ex, art. vit. (F. I). G., t. III, pp. 33."»- 336) et le ]ière Hrabant, art. cit., p. 60, ne se prononcent i>as netlemeiit. Dareste, Histoire (le France, t. I, p. 5oo, et Ranke, Welti/escliiclite, \l^" Theii, 1'^ Ai)th., pp. 85-86, ne placent qu'ai)rcs la mort de Louis l'appel adressé à Charles le Simple. Zeller, Histoire (F Alleinaijne, t. II, pp. 2o5, 309, 2i4, 217, invente en grande partie l'histoire de Lorraine à cette épo<pie et se contredit d'une ]>age h l'autre, i^a plupart de ces auteurs croient (pie Régnier fut l'instigateur du moiiveiiient (|iii |)orta les Lorrains vers (Iharles le Simple.
3. Voir les le.xtcs dans -MLiii.BAt.iiER, lieij. Kiir., jtp. 742-743, et dans i>CMMi.ER, p. 'K^tj, n. 3, et p. 56o, n. 1.
4. Tahulu Kandoruin e.c codice Londinensi, ihi x" siècle (SS., t. III, p. ai4)-
LOUIS GARDE LA LORRALN'E JUSQu'a SA MORT (911). SyS
rjé. En tous cas, il ne laissa point d'enfant. Ce prince disparut trop jeune pour qu'on puisse l'apprécier ; ce n'était pas lui qui avait gouverné jusqu'alors, et nous ne savons pas ce qu'il aurait donné comme souverain. Si l'on excepte la révolte de Gérard et de Matfrid en qo6, l'histoire de la Lorraine sous le règne de Louis est vide d'événements. Il est vrai que la chronique de Réginon ne dépasse pas cette année goG. Les invasions normandes ont cessé, du moins on n'en trouve pas de mentionnées. Les Hongrois dévastent à plusieurs reprises la Bavière, la Souabe et la France orientale, mais ils ne viennent pas encore jusqu'en Lorraine ; il est possible cependant qu'ils aient effleuré ce pays en l'année 911 '. La tranquillité intérieure du royaume ne fut troublée qu'une seule fois par les deux frères Gérard et Matfrid ; le châtiment sévère qui leur fut infligé servit d'exemple, et dégoûta les autres grands de marcher sur leurs traces. Il est prol>able d'ailleurs qu'ils jouissaient d'une grande liberté d'allures ; maîtres dans leurs comtés et leurs fiefs, nullement gênés par l'autorité royale ni ducale, ils ne songeaient pas à se révolter. Le règne de Louis l'Enfant a donc été une époque de tranquillité relative ; il a été beaucoup moins troublé que les précédents. Ce qu'il y a de plus remarquable alors, c'est la tentative, heureuse en apparence, d'une famille étrangère à la Lorraine, pour s'implanter dans le pays. Protégée par le pouvoir royal, la maison des Conradins vit tout d'abord son entreprise couronnée de succès et triompha des résistances qui lui furent opposées. Mais les racines qu'elle avait poussées dans le sol de la Loi'raine n'étaient pas profondes ; une fois privée de l'appui qui l'avait soutenue, elle allait être emportée.
I. Ann. Priim. gii (SS., t. XV, p. 1292) et Ann. Laubac. 911 (cités par Dûmmler, t. III, p. 591, n. 2, d'après la nouvelle édilion donnée dans les Mitlheilungen sur uciterlœndischen Geschichte, de Saint-Gall, Neue Folge, t. IX). Nous reviendrons plus loin sur cette invasion, qui aurait dévasté les pagi Meginensis et Ahrensis (Bannensis).
LIVIŒ II
LE RÈ(;NE de (JIAIILES LE SIMPLE (tji 1-(J2;{)