‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 561 sur 764 · CONRAD ÉLU ROI DES FRA.NCS ORIENTAUX · texte numérisé non relu

CONRAD ÉLU ROI DES FRA.NCS ORIENTAUX

la mort de Carloman de France en 884, les grands du pays avaient bien appelé Charles le Gros et lui avaient offert la couronne. Mais, à cette époque-là, on était beaucoup plus rapproché du temps où l'empire franc ne formait qu'un seul Etat ; puis Charles le Gros avait le prestige que donne la couronne impériale, s'il ne possédait pas celui de succès obtenus contre les Normands. En 911, la situation avait bien changé; et le lamentable échec de Charles le Gros avait clairement démontré qu'un souverain unique était impuissant à gouverner l'empire de Charlemagne. Il fallait que cet immense Etat fût divisé en cinq ou six rovaumes, ayant chacun leurs princes particuliers. Depuis 887, la France et l'Allemagne avaient, chacune de son côté, vécu de leur vie propre, étrangères l'une à l'autre, et à défaut d'un sentiment national qui n'existait pas encore, l'esprit particulariste s'accentuait de plus en plus. Bien loin de désirer la restauration de l'ancien empire, on penchait plutôt pour un morcellement nouveau des royaumes, chaque grande province tendant à s'isoler, à former un tout autonome.

Pourtant, la mort de Louis l'Enfant ne provoqua pas la dissolution de l'Allemagne, et les cinq tribus qui la composaient arrivèrent à s'entendre sur le choix d'un souverain. Elles élurent Conrad le Jeune, devenu, depuis la mort de Gebhard, le chef de sa famille, et qui était sinon le duc, au moins l'homme le plus puissant de la France orientale '. La couronne avait-elle été offerte tout d'abord au comte ou duc de Saxe, Otton, qui l'aurait refusée à cause de son grand âge, et aurait désigné Conrad comme le plus digne de la porter? Cette histoire est très suspecte ; elle est racontée par Widukind, qui, pour la période dont il n'est pas le contemporain immédiat, ne mérite pas plus de créance que Richer lui-même*. Ainsi donc, à défaut d'un Carolingien, c'était encore un homme de race franque qui montait sur le trône d'Allemagne. Le pays était toujours le royaume des Francs orientaux 3, et ceux-ci conservaient encore un reste de leur ancienne suprématie. Les qualités personnelles de Conrad le rendaient d'ailleurs digne de la haute situation où il était élevé. L'insuccès de ses efforts pour faire respecter son autorité ne doit pas rendre injuste à son égard ; il fit preuve de courage et d'activité, mais, en butte aux attaques des Hongrois, aux révoltes de la Saxe, de la Bavière et de la Souabe, il succomba à la peine.

Nous avons vu au chapitre précédent quelle situation avaient acquise en Lorraine le père et l'oncle du nouveau roi 4. Celui-ci et son frère Eberhard en avaient hérité au moins partiellement, car il ne semble pas que ni l'un ni l'autre aient revêtu la dignité de duc de Lorraine. Conrad le

I. Voir ce que nous avons dil p. 073, n. 7, sur la situation de Conrad ; il était vraisemblablement duc de la France orientale.

2. Sur l'élection de Conrad, voir Stein, Kœiiig Konrnd I, pp. 208 et suiv., Mûhlbacher, Ruff. Kar., pp. 743-744, et Dummler, t. III, pp. 575-576 ; tous deux considèrent comme suspect et peu croyable le récit de Widukind.

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