‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 612 sur 764 · DEUXIÈME RÉVOLTE DE GISELBERT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME RÉVOLTE DE GISELBERT

lui, il l'emmena d'abord à Quierzy, puis à Crugny, enfin à Reims'. Sept mois durant, Charles demeura auprès de l'archevêque, qui, d'autre part, ne restait pas inactif, car il négociait avec les grands pour les ramener dans l'obéissance de leur souverain. Ses efforts fin*ent couroiinés de succès et une réconciliation se produisit^. Nous ignorons quelles conditions avaient imposées les seigneurs ; toujours est-il qu'Haganon ne quitta pas le roi. Ce n'était là qu'un replâtrage, et, deux ans plus tard, une nouvelle rupture, cette fois définitive, devait se produire entre les seigneurs français et leur souverain.

A peine les affaires de l'un de ses royaumes furent-elles arrangées que Charles se mit en route pour l'autre, où la situation n'était pas moins compromise. Nous avons placé en 919, antérieurement au mois de juin, un premier soulèvement de Giselbert ; Charles le répi-ima, obligea le rebelle à s'enfuir, et confisqua probablement ses domaines. Si l'on peut admettre que Giselbert chercha un asile en Allemagne, nous ne croyons pas du tout que le roi de ce pays ait travaillé à le réconcilier avec Charles le Simple. Il est vraisemblable même qu'aucun rapprochement n'eut lieu entre le vassal rebelle et son suzerain 5. Mais, en 920, Giselbert profita sans doute des embarras de Charles, de la situation critique où l'avait mis la défection des seigneurs français pour rentrer en Lorraine et y renouveler la tentative qu'il avait faite sans succès l'année précédente. Quels étaient au juste ses projets? Vi.sait-il la dignité ducale ou a.spirait-il à se faire reconnaître pour roi ? Flodoard dit que les Lorrains, ayant abandonné le roi Charles, avaient choisi Giselbert pour /îrmce/îs. Seulement il est assez difficile, nous l'avons vu, de déterminer le sens avec lequel le chroniqueur emploie ce terme. On remarque qu'il se sert de cette qualification pour désigner le roi d'Allemagne, Henri l'Oiseleur, quand il lui en donne une, ce qui est rare*. Il

1. Flodoard, Ghronicon 920, t. III, p. 3, et H. R. E., liv. IV, ch. i5, t. II, p. 5ii. Non content de raconter à deux reprises cette décision des grands, Richer a beaucoup enjolivé le récit de Flodoard et y a ajouté des détails empruntés à des tradilions populaires (Hisfori/e, liv. I, ch. 16 et 21-22, pp. i2-i3 et 16-18). Au ch. 21 il représente les grands comme faisant prisonnier Charles et, au ch. 22, on voit Hérivée arrivant avec quinze cents soldats à Soissons et délivrer le roi. Flodoard, dans sa chronique, est muet sur ces faits; toutefois, la façon dont il s'exprime dans Y Historia Remensis ecclesise semblerait indiquer qu'Hérivée avait accompli un acte de courage en allant chercher le roi à Soissons : « Quum pêne cuncti Francorum optimates apud urbem Suessonicam a

regc suo Karolo desciscentes, eum penitus reliquissent, hic pontifex (Heriveus) fidelis

et plus atque robustus in pericalis semper existens, regem intrepidus ab eodem loco suscipiens, ad metalum suum deduxit. » Si les grands s'étaient contentés d'abandonner le roi et de quitter Soissons, il n'y aurait eu de la part de l'archevêque aucune intrépidité à emmener Charles de la ville où il se trouvait ; il en fallait au contraire pour le tirer des mains des grands révoltés. Le récit de Richer pourrait donc contenir un fonds de vérité.

2. Flodoard, Chronicon 920, t. III, p. 3, et H. R. E., liv. IV, ch. i5, t. II, p. 5ii. Dans Richer, liv. I, ch. 22-24, Pp. 18-20, on voit Hérivée ramener au roi le duc Henri, c'est-à-dire Giselbert, qui s'était laissé circonvenir par Robert.

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