ROBERT ÉLU ROI PAR LES REBELLES DE FRANCE
grave que la précédente, suivant le point de vue auquel on la considère, au principe de la légitimité. Eudes n'appartenait pas a la dynastie régnante, mais les représentants de celle-ci étaient, l'un, Arnulf, trop éloigné, et l'autre, Charles, trop jeune pour gouverner la France occidentale. Quand les grands de l'Allemagne avaient transporté leur obéissance de Charles le Gros à son neveu, quand ceux de la LoiTaine avaient abandonné Zwentibold pour élever au trône Louis l'Enfant, ils avaient les uns et les autres fait une révolution, mais enfin c'était un Carolingien qu'ils mettaient à la place d'un autre. Nous ne parlons pas des événements de 911: l'action des seigneurs lorrains offrant après la mort de Louis l'Enfant la couronne à Charles le Simple était très naturelle et très régulière. Celle qu'allaient accomplir les grands de la France, au contraire, constituait à la fois une atteinte aux droits de Charles lui-même et k ceux de la famille de Charlemagne. Jamais les grands n'affirmeront d'une façon plus catégorique le droit qu'ils revendiquent de disposer de la couronne, de la retirer au souverain qui la porte, s'ils le jugent indigne, et de la donner à qui ils veulent.
Leur choix tomba naturellement sur celui ([ui avait été jusqu'à présent leur chef, et à l'instigation de qui ils s'étaient vraisemblablement soulevés contre le souverain légitime. C'est le 29 juin, à l'église Saint-Remi de Reims, que Robert fut constitué l'oi par les évêques et les grands'. Nous ne savons par qui il fut sacré. Dans tous les cas, ce ne fut point Hérivée qui présida à la cérémonie, quoiqu'il fût devenu l'allié des grands contre Charles, ainsi que le prouve l'appui prêté à Hugues, fils de Robert, par les vassaux de l'église de Reims. Mais il était alors à l'agonie et, trois joars après le couronnement de Robert, le 2 juillet, il rendit le dernier soupir ^. Il eut pour successeur l'archidiacre Seulf, qui naturellement devait être un partisan de l'usurpateur 5. Depuis Hincmar, les archevêques de Reims avaient été les conseillers et les appuis des princes carolingiens aux heures critiques, et Charles en savait quelque chose, lui qui pendant longtemps avait eu pour soutien Foulques d'abord, puis Hérivée. Il s'était aliéné le dernier de ces deux prélats et il n'avait rien a attendre de son successeur. A ce moment, il ne devait plus lui rester de partisans en Fi'ance. En Lorraine, au contraire, il en comptait toujours. C'était avec
1. Flodoard, Chvonicon 922, t. III, p. 11, et H. R. E., liv. IV, ch. 17, t. II, p. 5i4; cf. RiGHER, Historiip, liv. I, ch. Ao-4i, pp. 26-27. Flodoard ne dit nullement, comme le prétend à tort Bouquet, R. H. F/:, t. IV, p. 34, n. a, que Robert ait été consacré par Hérivée. Parmi les sources postérieures, fes unes attribuent à l'archevêque de Reims le rôle de consécrateur, les autres, pour la plupart bourquignonnes, à Gautier, archevêque de Sens, qui, d'après Flodoard, remplit cet office à l'égard de Raoul. Lippert, op. cit., p. 12, se prononce pour Gautier.
2. Flodoard, Chronicon 922, t. III, pp. 11-12, et H. R. E., liv. IV, ch. 17, t. II, p. 5i4. RicHKR, His'oriie, liv. I, ch. 4i, p. 27, prétend que si Hérivée avait été en bonne santé, Robert n'aurait pas été élu roi. Pourtant, il est difficile d'admettre que quelque temps auparavant, les vassaux de l'église de Reims, qui s'étaient joints à Hugues l'Abbé pour combattre Charles, eussent agi sans y avoir été autorisés par l'archevêque.
3. Flodoard, Chronicon 922, t. III, p. 12, et //. R. E., liv. IV, ch. 18, t. II, p. ."n') ; cf. RicHER, HisforicV, liv. I, ch. 4i, P- 27.
(jr>2 LE KKGNK DE CHARLES LE SIMPLE ((jii-ya3).
une armée lecruléc dans ce pays tiu'il avait lait récemment cette infructueuse campagne (|ue nous avons relatée, et c'était avec des Lorrains (Micore qu'il allait poursuivre la lutte contre (jiselbertet contre l'anti-roi.
(lisell)ert avait-il pris part ii l'élection de Robert? Nous ne le croyons pas. Pourquoi se serait-il soumis à ce dernier? Son but alors devait être bien plutôt d'imiter en Lorraine ce qu'avait fait Robert dans le royaume voisin. 11 était naturellement l'allié de l'usurpateur, puisque tous deux avaient (]liarles pour eimemi ; mais nous n'admettons pas qu'il lui ait rendu hommage'. Seulement, tandis que Robert avait réuni autour de lui le plus grand nombre des seigneurs de la Francia, de la Neustrie et de la Bourgogne, (îiselbert n'avait pu détacher de Charles une j)artie des Lorrains, et il avait quelque peine à soutenir la lutte. Charles s'était tourné contre lui et assiégeait un de ses châteaux, celui de Ghèvremont, au sud de Liège. Nous ne savons si (Iiselbert lui-même s'y était enfermé, mais la situation lui parut assez critique pour qu'il invoquât le secours de Robert. Celui-ci lui envoya son fils Hugues. Sans attendre l'arrivée des Français, Charles leva le siège, et Hugues, après s'être fait livrer des otages par quelques seigneurs lorrains partisans du roi légitime, revint auprès de son père '.
L'usurpateur, qui ne croyait pas pouvoir, même avec l'appui de Giselbert, en finir avec Charles, résolut de faire appel au roi d'Allemagne, quoique ce dernier se fût réconcilié avec son voisin depuis le traité de Bonn. Henri lui accorda l'entrevue qu'il avait sollicitée. Au début de 928. Robert partit pour la Lorraine et rencontra Henri dans le pays des Ripuaires, sur les bords de la Roër ou de la Ruhr 3. Les deux princes échangèrent des présents, se jurèrent amitié, mais il ne semble pas qu'une alliance offensive ait été conclue entre eux contre Charles le Simple. On ne connaît aucun acte d'hostilité commis par le roi de Germanie à rencontre du roi de France et de Lorraine, et il observa une stricte neutralité entre les deux adversaires +. Robert profita de sa pré-
1. RiciiER, liv. I, cli. 4o e; 4i, P- 26, fait joiicr à Gisclbert un rôle actif dans l'élection de Robert : c'est lui qui pousse Robert à usurper le trône, et qui dans l'iisseinblëe des (jrands est le premier à proposer i\ac l'on élise Robert. Le témoifjnatje de Richer n'a pas |)our nous une autorité suflisaïUe pour que nous l'accepli jns (piand aucun autre ne le confirme.