‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 641 sur 764 · LES SEIGNEURS FRANÇ.US ÉLISENT POUR ROI RAOUL · texte numérisé non relu

LES SEIGNEURS FRANÇ.US ÉLISENT POUR ROI RAOUL

seigneurs demeurèrent sans résultat. Personne, à ce qu'il semble, ne se rallia à lui. Les grands avaient résolu d'offrir la couronne, non au fils de Robert, mais à son gendre Raoul, fils de Richard, duc de Bourgogne. Ils l'invitèrent à venir, et Raoul se mit en marche pour la Francia avec une forte armée. En désespoir de cause, le malheureux roi. avait fait appel aux Normands, mais Raoul et les seigneurs français prirent position sur les bords de l'Oise, empêchant ainsi la jonction de Charles et des Normands. Le roi, voyant qu'il ne pouvait se réunir à ses nouveaux alliés, quitta la Francia et, retraversant la Meuse, se réfugia encore une fois en Lorraine '. Pendant ce temps, Raoul était élu roi a Soissons par les seigneurs français, et consacré dans l'abbaye Saint-Médard de cette ville par Gautier, achevêque de Sens, le i3 juillet 928 ^.

La situation de Charles, quoique très critique, n'était peut-être pourtant pas aussi désespérée qu'on la représente d'habitude. L'armée défaite à Soissons n'avait pas voulu, il est vrai, continuer la campagne, mais il ne s'ensuivait pas que les Lorrains, restés jusque-lk fidèles à Charles, lui eussent retiré définitivement leur ol>éissance 3. Nous croyons que ce prince aurait pu continuer de se maintenir en Lorraine, quitte à renoncer momentanément à la France. Ce fut le désir de recouvrer ce rovaume qui le perdit, en lui faisant accepter, sans prendre de sûretés, les ouvertures d'un homme dont il aurait dû se défier.

1. Flodoard, Chronicon 928, t. III, p. i5. On a de Charles un diplôme pour Saiiit-Cor- . neille de Compiègnc, qui est daté de Compiègne, 29 juillet, 3i<' année du règne de Charles,

10* indiction (/?. //. Fr., t. IX, p. 538). La .Si» année du règne de Charles correspond à 928, la 10'' indiction à 922. Il est tout aussi difficile d'accepter 928 que 922. Le 29 juin • de cette dernière année Robert avait été élu roi, et d'après Flodoard Cliarles s'était déjà à cette date retiré en Lorraine. En 928, Charles fut vaincu à Soissons le i5 juin ; il séjourna encore quel([ue temps en France, mais un peu avant l'élection de Raoul, (jui est du i3 juillet, il avait repassé la Meuse. Un peu plus tard, il alla trouver Héribert à Saint- Quentin, mais il est invraisemblable qu'il soit passé par Compiègne. Kalckstein, op. cit., p. i56, n. 2, place ce diplôme en 928, tout en déclarant qu'il est difficile d'admettre que le 9 {sic) juillet Charles se soit trouvé à Compiègne (l'acte est en réalité du 29 juillet). Ce document ne nous est arrivé que tronqué, son authenticité n'est même pas certaine, et si on l'accepte, il faut au moins reconnaître qu'il a été fortement altéré.

2. Flodoard, Chronicon 928, t. III, p. 16; les Ann. S. Col. Sen. (928) donnent le jour {SS., t. I, p. io5). Sur cette élection, voir Kalckstein, op. cit., p. 161, Waitz, op. cit., p. 71, et LippERT, op. cif, pp. 17-19 et 25. Sur le rôle de Raoul avant son élection, consulter LippERT, pp. 20-25; sur la situation de la France à ce moment, ainsi que sur les sentiments des diverses provinces à l'égard de Raoul, cf. le même, pp. 26-81. Lippert, p. 25, dit que très peu de Lorrains prirent part à l'élection de Raoul, en dehors de Boson, frère du nouveau roi. Mais d'abord peut-on qualifier ce dernier de Lorrain ? Il avait seulement des fiefs en Lorraine, comme il en possédait d'ailleurs en France. Ensuite, nous ne savons même pas si Boson a contribué à l'élévation de Raoul sur le trône de France. Les documents ne mentionnent enfin aucun seigneur lorrain comme ayant assisté à l'assemblée qui reconnut pour roi le duc de Bourgogne. Cette assemblée ne devait comprendre que des grands du royaume de France ; plus tard, après la captivité de Cliarles, une partie des Lorrains offriront à Raoul la couronne, mais ce sera une élection nouvelle. Lippert semble ignorer que la Lorraine constituait alors, non une province de la France, mais un Etat distinct.

8. D'après les Ann. Priim. 928 {SS., t. XV, p. 1292), quelques seigneurs lorrains, après la prise de Charles par Héribert, reconnurent l'autorité d'Henri, dédaignant de se soumettre à Raoul, qui les avait privés de leur souverain: c'étaient évidemment des partisans de Charles le Simple ; cf. Richer, Historiœ, liv. I, ch. 47, p. 3i.

650 LE R1-:G.\E DI: CH.VULES le SLMIM.E (yu-yaS).

Ilt''iil)fit (le Vermaiulois, après être longtemps ilemeuré attaché au roi, dont il (Hait le cousin, avail liiii par rabandouner, probablement dans le courant de l'année 9^2; nous avons vu ([u'à Soissons il avait contribué à la défaite de C.iiarles. Après cotte bataille, le roi avait essayé vainement (le le ramener ii lui, et lléribert s'était prononcé en faveur de i\aoul. Puis, comme s'il se ravisait, il envoya au roi, alors en Lorraine, son cousin Bernard, comte de Senlis, et d'autres personnages. Ils avaient [tour mission d'inviter Charles à se rendre auprès du comte de Vermandois, (|ui prenait l'engagement de l'aider à reprendre son royaume. Les aml)assa(leurs d'IIéribert ignoraient, paraît-il, la trahison qu'il méditait, et le croyaient de bonne foi. Les serments qu'ils firent à Charles en son nom inspirèrent à ce prince confiance dans les promesses de son cousin. Après tout, la démarche du comte de Vermandois, sa brusque volte-face pouvaient paraître naturelles et trouver leur explication dans la déception qu'aurait éprouvée Héribert à se voir préférer Raoul. Après la mort de Robert, il avait pu espérer qu'on lui offrirait la couronne, et pour ce motif il avait repoussé les avances de Charles. Du moment qu'il devait renoncer à régner lui-même, mieux valait avoir Charles pour souverain que Raoul. Tel était le raisonnement que l'on pouvait prêter au comte de Vermandois. Etant donné que Charles, au lieu de concentrer tous ses efforts sur la Lori'aine, entendait disputer la France à Raoul, l'appui d'Héribert lui permettait d'engager la lutte contre l'usurpateur avec quel- (]ues chances de succès '. Le roi partit donc, accompagné d'une faible escorte, pour Saint-Ouentin, où se trouvait alors Héribert. Celui-ci l'accueillit avec de grands égards, mais il eut soin le lendemain de renvoyer la suite de Charles. Démasquant alors ses projets, il signifia au malheureux prince, qui n'avait plus personne pour le défendre, qu'il était son prisonnier. Puis il le fit conduire dans sa forteresse de Château-Thierry, où il eut d'ailleurs soin de pourvoir à sa subsistance ^.

Héribert s'était bien gardé de livrer Charles à Raoul ; le Carolingien était pour lui un précieux otage, dont il comptciit se servir. En menaçant Raoul de mettre en liberté le souverain légitime, il espérait se faire

1. LippKKT, op. cit., p. 33, trouve naturel (|ue (Iharles ait accueilli les ouvertures d'Héribert.

2. Flouoard, C/ironiron gaS, t. III, p. iG; Hicher, Historicf, liv. I, cli. 4?, PP- 3o-3i, après avoir inenlionué l'envoi d'ambassadeurs à Charles, par Héribert, l'ait dresser par celui-ci une embuscade au roi, ipii est fait prisonnier à la su te d'un combat où (juclipiesuns de ses soldats sont tués. D'après Folc.uin, Gesfn abb. Sitli., ch. 101 {SS., t. XIII, pp. Gao-fiaO), Héribert (|rise les liouuiies de l'escorte de Charles et profile tie leur sommeil pour leur enlever leurs armes; ils ne peuvent délivrer Charles et sont obliijés de relom-ner dans leur pays. Raoul Glaiikk, I/i.storiie, liv. I, ch. \, $ b (éd. Piioo, pp. t')-7), présente encore autrement les faits : Héribert calme les défiances du roi, l'invite à venir lui rendre visite dans une de ses forleresses, oii il 1'' reçoit ma(|nifi([uement, renvoie le lendemain la suite de Charles et retient celui-ci prisonnier. h'Uistoriii Wiitcitx/oreiisis inorwsterii, ch. 5 (SS , t. XIV, p. 507), fait prendiT Charles par Héribert et son frère Eilberl, le fondateur de Waulsort; Jocondk, Translatia S. Serixitli, ch. i/| (SS., t. XII, p. yij), ne nomme pas le traître cl il apj)elle Charles Lolhaire ; d'après W'iduki.m», c'est Hiujues ipii aurait pris le roi (liv. I, ch. 3(), p. a.^)). Sur la trahison d'Héribert, voir encore la Doniitis ourolintjic/f t/eni;nl(t</iii, les Ann. S. Ma.r. Trt't>. ysS, les Ann. Lauliieris. cjaa, les Afin. Leixi. yaa, les Ann. h'iniin. min. yja, 1rs .(/(//. Blund. (j'>a, Hu(iUi s ke Fi-avuj.ny, lUti'on. Vii'd., la

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