CHARLES FAIT PRISONNIER PAR HÉRIBERT (923). SA MORT
donner par l'usurpateur ce qu'il voudrait. Raoul laissa Héribert installer son jeune fils Hugues, âgé de cinq ans, sur le siège de Reims, devenu vacant par la mort de Seulf ; toutefois, lorsque le comte de Vermandois réclama Laon pour un autre de ses fils, Eudes, le roi s'y refusa. Héribert tira alors Charles de sa prison, et pendant un an le traîna avec lui de ville en ville, le traitant pour la forme en roi. Mais quand Raoul lui eut abandonné le comté de Laon, la comédie prit fin, et Charles fut de nouveau enfermé, cette fois à Reims. L'i, il eut la visite de Raoul, qui lui fit des présents, lui restitua la villa d'Attigny et s'humilia même devant lui. Héribert ne rendit pourtant pas la liberté à son pi'isonnier, qui fut transféré à Péronne, où il s'éteignit en 929 '.
Charles avait été marié au moins deux fois^. Peut-être Frédérone, qu'il épousa au début de l'année 907, n'était-elle que sa seconde femme' ; elle mourut dix ans plus tard, le 10 février 917*, ayant donné six filles à son mari s. On a supposé, mais sans preuves suffisantes, qu'elle était d'origine lorraine ^. Son influence sur Charles est attestée par les diplômes où elle intervient 7 et par le pieux souvenir que le roi conserva d'elle ; même après avoir convolé en deuxièmes (ou troisièmes) noces, il invitait les moines des abbayes auxquelles il accordait des privilèges, a prier pour l'àme de Frédérone ^.
Genealogia comitiun Buloniensiiim, YHistoria Francoriim Senonensis, les Miracula S. Benedicti, Hugues de Fleury, Modernorum rejuni Francoram aciiis, ch. 3, les Ann. Lob. 924, les GenealogiiB Karoloruin, les Ann. Priim. 928, les Ann. S. Quint. Veroin. 928, Albéric de Trois-Fontaines, Ckronica (SS., t. II, p. 812; t. IV, pp. 6 et 16; t. V, pp. 19 el 24; t. VIII, p. 358; l. IX, pp. 3oo, 866, 875, 38i ; t. XIII, pp. 282, 247, 261, 262; t. XV, p. 1292; t. XVI, p. 507; t. XXIII, p. 767). Voir encore Odora.n.\e, Chronicon, el le Brève Ghrowcon Turonense (R. //. Fr., t. VIII, pp. 287 et 285). Adhémar de Chabannes ignore l'emprisonnement de Charles.
1. Flodoard, Chronicon 926, 927, 928, 929, t. III, pp. 32-38, 86-42 et 43 et //. R. E., liv. IV, ch. 21 et 22, t. II, pp. 521-525. Voir aussi l'ouvrage déjà cité de Lippert, Kœnic/ Rudolf von Frankreich.
2. Nous n'avons aucune donnée positive qui nous permette d'affirmer que Charles ait eu trois femmes. Toutefois, on peut supposer qu'une première union avait précédé celle qu'il conclut en 907 avec Frédérone, attendu (ju'à cette date il était âgé de 27 à 28 ans, et que d'habitude les gens de cotte époque se mariaient très jeunes.
3. Le mariage est antérieur au 19 avril 907, date du diplôme par lequel Charles constitua une dot à Frédérone (B. 1927). Où Kalckstein, op. cit., p. 120, a-t-il vu ijue la cérémon'e fut célébrée le i3 avril?
4. Frédérone vivait encore le 24 novembre 915 (B. 1948) ; elle était jmorte avant le 14 février 917 (B. 1952), et comme elle trépassa le 10 février (B. igSô, 1957, et 1958), ce ne peut être qu'en 916 ou 917. Nous donnons la préférence à 917 parce que les termes de B. 1952 et de B. igSS inditpient que la mort de la reine était récente ; Leibniz, Ann. imp. occ, t. II, p. 292, se prononce pour 917, ainsi (jue Mabillon, Ann. O. S. B., t. III, p. 855.
5. WiTGER, Genealogia Arnuljî comitis {SS., t. IX, p. 8o3). Ces six filles s'appelaient Ermentrude, Frédérone, Adélaïde, Gisèle, Rotrude et Hildcgarde. La même généalogie nous apprend que d'une concubine Charles avait eu trois fils : Arnoul, Drogon, Roricon, et une fille, Alpaide.
6. C'est Kalckstei.\, op. cit., p. i38, qui croit vraisemblable l'origine lorraine de Frédérone.