‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 661 sur 764 · LA ROYAUTÉ ET LE GOUVERNEMENT CENTRAL · texte numérisé non relu

LA ROYAUTÉ ET LE GOUVERNEMENT CENTRAL

prisonnier par Hérihert, il fallut, pour le remplacer, choisir un houmie qui n'appartînt pas à la dynastie issue de Pépin l'Ancien et de saint Arnulf. Le malheur des Lorrains en cette circonstance critique fut qu'ils n'arrivèrent pas à s'entendre. Leur désunion porta préjudice à leurs droits, et ils ne i)urent imposer de conditions au prince qui finit par se rendre maître de leur pays '.

On ne peut donc pas dire (]iie la royauté ait eu en Lorraine un caractère bien défini ; elle n'est ni purement élective, ni exclusivement héréditaire. Le souverain appartient toujours à la famille carolingienne ; seulement, les évèques et les seigneurs font leur choix entre plusieurs princes, et leur élu n'est pas nécessairement celui que sa naissance paraissait a[)peler au trône.

Charles le Chauve avait dû prendre des engagements vis-à-vis des grands ecclésiastiques et laïcs qui lui avaient donné la couronne *. Nous ne savons ce qui se passa lors de l'avènement des autres souverains. Il est toutefois assez vraisemblable que les évêques et les comtes, avant de reconnaître Zwentibold, Louis l'Enfant et Charles le Simple, leur ont imposé certaines conditions. Si, par exemple, la Lorraine conserva son autonomie sous le règne de ces deux derniers princes, c'est sans nul doute que les seigneurs l'avaient stipulé.

Lothaire II, Charles le Chauve et Zwentibold furent couronnés comme rois de Lorraine 3. Louis l'Enfant et Charles le Simple l'avaient été, le premier pour l'Allemagne, le second pour la France, mais il ne semble pas qu'ils se soient fait sacrer une seconde fois en prenant possession de l'ancien royaume de Lothaire IL

Si le roi n'arrivait au pouvoir qu'avec le consentement des évèques et des comtes, si avant de recevoir leurs serments il était obligé de s'engager à respecter leurs droits et leurs privilèges, si, de plus, comme nous Talions montrer, il devait les consulter sur toutes les affaires importantes, il se trouvait par contre exposé à les voir lui retirer leur obéissance, au cas où il se permettait soit de ne pas tenir les promesses qu'il leur avait faites, soit de violer dans ses rapports avec eux les lois et les usages en vigueur. Les grands se croyaient alors autorisés à lui enlever la couronne qu'ils lui avaient donnée; ils en usaient de même à l'égard d'un souverain notoirement incapable. Ceux de la Lorraine restèrent, sendjle-t-il , étrangers à la déposition de Charles le Gros+, mais celle de Zwentibold fut leur œuvre : tous ou presque tous, prélats aussi bien que seigneurs laïcs, y participèrent >. En acceptant la couronne dont son frère avait été dépossédé par les grands, Louis l'Enfant reconnaissait implicitement à ceux-ci le droit de disposer d'elle à leur gré. Ce n'est pas tout : dans un diplôme pour Chèvremont, du () novem-

Page 1