SITUATIOXS RESPECTIVES DU ROI ET DES GR.VNDS. G
bre 909, Louis rappelle en termes formels que les seigneurs lorrains ont écarté son frère Zwentibold du gouvernement du royaume : « Frater noster Zuentiboldus, postqiiam \eiini\ a regni gabernatione proceres regni Lothariensis deiniserint, cuidaui viro Rohingo quamdim proprietatcm dédit, etc. ' » N'est-ce pas encore une manière indirecte de convenir que les grands ont, en agissant ainsi, usé d'une prérogative constitutionnelle ? Les Lorrains, nous l'avons vu, demeurèrent fidèles à Louis l'Enfant, et ce n'est pas de son vivant, mais seulement après sa mort, qu'ils transportèrent leur obéissance à Charles le Simple ^. Lorsque Giselbert se révolta contre ce dernier prince, une partie des grands resta soumise au descendant de Cliarlemagne, et il n'y eut pas en Lorraine comme en France une défection générale des comtes et du haut clergé 3. En résumé, Zwentibold est le seul roi qu'aient déposé les Lorrains, et nous ignorons comment ils ont procédé : ont-ils, dans une assemblée, solennellement déclaré le bâtard d'Arnulf déchu de ses droits, ou se sont-ils contentés de faire appel à Louis? Les documents ne nous apprennent rien à cet égard.
Les pouvoirs et les attributions des souverains de la Lorraine ne différaient pas de ceux que possédaient les autres rois francs. Peut-être faudrait-il faire une exception pour Zwentibold ; encore, nous l'avons montré plus haut, n'a-t-on pas la certitude que ce prince ait été vis-a-vis de son père dans la situation d'an roi vassal +.
D'autre part, l'autorité des rois de Lorraine était-elle limitée par le contrôle des grands laïcs et ecclésiastiques ? Pour faire la paix et la guerre, édicter des lois, lever des impôts, nommer des évêques ou des comtes, étaient-ils obligés de consulter des assemblées de prélats et de seigneurs ou des synodes d'évêques ? Rien n'est plus difficile à déterminer que les attributions respectives des rois et des seigneurs. En principe, ces derniers, comtes ou vassaux, ne sont que des fonctionnaires nommés par le souvei^ain et auxquels celui-ci a le droit de retirer les charges ou les bénéfices qu'il leur a octroyés. Mais peu à peu les fonctionnaires deviennent de plus en plus indépendants du pouvoir central, et si le phénomène se remarque dans tous les Etats, dans aucun, peut-être, il n'est aussi sensible qu'en Lorraine. Cela tient aux circonstances particulières de l'existence de ce pays, ballotté entre la France et l'Allemagne, changeant fréquemment de souverain , en butte aux compétitions de princes qui avaient besoin de faire des concessions aux Lorrains pour les gagner ou les retenir, et gouverné le plus souvent par des rois qui résidaient ailleurs et ne faisaient qu3 de rares et courtes apparitions dans les contrées riveraines de la Meuse et de la Moselle. Peut-on s'étonner que, dans ces conditions, la sujétion des comtes et des vassaux vis-à-vis du pouvoir central soit devenue de moins en moins graude, que la royauté, au contraire, ait été forcée de compter de plus en plus avec ses anciens fonctionnaires, et soit jusqu'à un certain point tombée dans leur dépendance ? Au début de leur règne.