LE RÈGNE DE LOTHAIRE II
le Rhin continuait d'être le centre politique, sinon topographique, de l'empire amoindri. Malheureusement, Lothaire renia au dernier moment les principes pour lesquels il avait lutté jadis, et l'ancien champion de l'idée unitaire partagea, un peu avant d'abdiquer, ses Etats entre ses trois fils, ne conférant à l'aîné, Louis 11, empereur et roi d'Italie, aucune suzeraineté sur ses frères, et ne lui laissant pas une parcelle de terre franque.
C'est au .-econd de ses fils, appelé Lothaire comme lui, que le vieil empereur avait donné la Francia avec Aix-la-Chapelle, qui tombait au rang de capitale d'un simple royaume. Lothaire le Jeune essaya d'enlever à son petit frère Charles la Provence, mais cette tentative échoua, et il ne resta à Lothaire que la Fra/icia et une partie de la Bourgogne. Dans ces conditions, il était impossible de songer à la restauration de l'empire franc, et la première préoccupation de Lothaire II devait être non de s'agrandir, mais de maintenir son indépendance, menacée par les compétitions de ses deux oncles. La situation du jeune prince, quoique difficile, n'était cependant pas gravement compromise ; avec de l'habiteté et de l'énergie, il pouvait obliger Louis le Germanique et Charles le Chauve à compter avec lui, et s'imposer à eux comme arbitre de leurs querelles. Par malheur, Lothaire II ne se montra pas à la hauteur de la tâche qui lui incombait. Il ne sut pas, lors de la lutte qui éclata en 858 entre ses deux oncles, prendre une attitude décidée, ni contrecarrer, comme le lui commandait son intérêt, les projets ambitieux de Louis le Germanique. Allant de Charles à Louis, pour revenir ensuite au roi de France, changeant de parti pour se ranger toujours du côté du plus fort, il fut le jouet des événements, bien loin d'exercer sur eux la moindre influence.
Comme si cela ne suffisait pas, Lothaire II allait par ses imprudences et ses fautes provoquer l'intervention du pape Nicolas l" et de ses oncles dans les affaires de son royaume. Marié contre son gré à Theutberge, qu'il n'aimait pas, et qui ne lui avait pas donné d'enfant, il voulut s'en séparer pour épouser Waldrade, une ancienne maîtresse, qui lui avait prouvé sa fécondité. Mais il eut le tort, pour atteindre son but, de recourir à des moyens aussi odieux que maladroits. L'opposition du pape Nicolas !"■ et de Charles le Chauve fit échouer les projets de Lothaire. Défendre l'innocence persécutée et l'indissolubilité du lien conjugal, tel était le mobile qui déterminait le Souverain Pontife. L'intérêt personnel, et rien que ce motif, guidait au contraire le roi de France, qui convoitait les États de son neveu, et qui voulait que celui-ci gardât une femme stérile, afin que lui-même ou ses fils pussent un jour hériter de la Lorraine, Peut-être Adrien II, le successeur de Nicolas I", aurait-il fini par se rendre aux désirs de Lothaire, mais une mort prématurée vint enlever ce prince dans toute la force de l'âge.
Quoique Lothaire n'eût pas régularisé par un mariage avec Waldrade la situation du fils que celle-ci lui avait donné, ce fils aurait pu, s'il avait été un homme au moment où mourut son père, hériter de ce dernier malgré la tache de sa naissance. Mais en 869, Hugues le Bâtard n'était qu'un enfant, et personne, semble-t-il, ne songea a l'élever sur le trône
de Lorraine. Hugues écarté, c'est k Louis II, seul survivant des fils de Lotliaire 1*% (jue devaient revenir les Etats de son frère. Mais ses oncles ne lui permirent pas de faire valoir ses droits. Charles le Chauve, le plus avide des deux, essaya même, après s'être fait couronner à Metz roi tle Lorraine, le 9 septembre 869, d'évincer k la fois l'empereur et Louis le (lernianique. Toutefois, si le premier de ces deux princes, absorbé par la lutte contre les Sarrasins, se contenta de faire entendre des protestations et des menaces, il n'en fut pas de même du second, qui obligea son frère à partager avec lui les p]tats de Lothaire. Le traité conclu à Meerssen en août 870 attribua la moitié orientale du pays à Louis et k (-harles la moitié occidentale. Les morceaux de l'ancienne Austrasie réduits a n'être plus que des dépendances de la France et de rAllcniagne, Aix-la-Chapelle, Liège, Trêves et Metz, tombées au rang de villes frontières, telle était la situation créée par le traité de Meerssen, situation aussi incompatible avec la dignité qu'avec la sécurité d'un pays, ([ui, quelques années auparavant, formait le centre et le cœur de l'empire carolingien.
En 876, a la mort de Louis le Germanique, Charles le Chauve essaya d'enlever à ses neveux la moitié de la Lorraine que leur père avait eue en partage. Son vainqueur, Louis le Jeune, devait, trois ans plus tard, être plus heureux que lui. En 879, il contraignit les fils de Louis le Bègue à lui céder leur part du royaume de Lothaire II, et cela au mépris des engagements qu'il avait pris à Fouron, en 878, vis-à-vis de leur père. L'unité de la Lorraine se trouvait ainsi reconstituée, Louis le Jeune ayant eu, à part l'Alsace et quelques pagi bourguignons, tout ce que Louis le Germanique avait acquis en 870 des Etats de son neveu.
Louis le Jeune et après lui son frère et héritier, l'empereur Charles le Gros, eurent k défendre la Lorraine contre les attaques des Normands et contre les entreprises de Hugues, le bâtard de Lothaire II, qui revendiquait les États qu'avait gouvernés son père. Passionné, violent, sans scrupules, tel était le jeune prince ; tous les moyens lui semblaient bons pour atteindre son but. Il fit appel aux brigands, s'allia ensuite au.x Normands, que Charles le Gros avait installés en Frise, n'ayant pu les réduire dans Elsloo, mais ses tentatives, quoique appuyées par une partie des seigneurs lorrains, n'eurent aucun succès. A la fin, Charles le Gros s'empara de Hugues, k qui il fit crever les yeux et qui alla terminer ses jours k l'abbaye de Prùm. Un assassinat débarrassa k la même époque (885) renq)ereur du Normand Godfrid, beau-frère et allié du fils de Lothaire IL
Au moment où Charles le Gros mettait fin aux intrigues de son cousin, une nouvelle couronne, celle de France, venait s'ajouter k celles d'Allemagne, d'Italie et de Lorraine qu'il portait déjà. Mais la Lorraine ne retrouva pas dans l'emjjire franc reconstitué la place qu'elle y avait jailis occupée ; Aix-la-Chapelle, où Louis le Germanique n'avait fait ([ue de rares et courtes apparitions, ne reprit [)as son rang de capitale : c'est k peine si Charles le Gros la traversa une fois en 882. Lorsqu'il ne so trou-