LA LORRAINE SOUS ARNULF ET ZWENTIBOLD
vait pas en Italie, c'est en Souabe qu'il résidait de préférence : il avait conservé pour ce pays, le premier sur lequel il eût régné, une prédilection marquée.
Lorsque la faiblesse et l'incapacité de Charles le Gros eurent provoqué sa déposition par les grands de l'Allemagne, l'empire se disloqua de nouveau ; il ne devait jamais plus se reconstituer, au moins tel que l'avaient gouverné Charlemagne, Louis le Pieux et Charles le Gros. La Lorraine, qui n'avait probablement pris aucune part a la chute de l'empereur, resta unie à l'Allemagne et se soumit au roi que celle-ci s'était donné, Arnulf, bâtard de Carloman et neveu du prince détrôné. Rodolphe, qui s'était fait proclamer roi dans la Bourgogne jurassienne, après la déposition de Charles le Gros, essaya bien de s'emparer de tous les pays qui avaient autrefois reconnu l'autorité de Lothaire II, mais Arnulf eut facilement raison de cette tentative, et Rodolphe ne demeura maître que des régions montagneuses de la Bourgogne.
La Lorraine continuait d'être, sous la domination d' Arnulf, une province de l'Allemagne et, qui pis est, une province frontière ; si le souverain ne la négligeait pas, si même en 891 il remporta sur les Normands, près de Louvain, une glorieuse victoire, pas plus que ses oncles, il ne résidait dans le pa^^s, se partageant entre la France rhénane et la Bavière, son séjour favori. Cette situation, très préjudiciable à la Lorraine, qui se trouvait en butte aux invasions des Normands, et que troublaient des luttes intestines, allait prendre fin en 896, sans que malheureusement la ti^anquillité revînt. Arnulf restaura en effet le royaume de Lorraine en faveur de son bâtard Zwentibold, qui jouit comme souverain d'une indépendance à peu près complète.
On pouvait espérer que des jours meilleurs allaient luire pour le pays ; il n'en fut rien. Une véritable fatalité pesait sur la malheureuse Lorraine. Il semble qu'un mauvais génie, après l'avoir dépouillée de la prépondérance qu'elle avait possédée dans l'empire carolingien, s'acharnait contre elle pour l'empêcher de conserver l'indépendance. Si Lothaire II n'avait pu fonder une dynastie, du moins avait-il conservé sa couronne jusqu'à sa mort. Zwentibold fut moins heureux. Il possédait pourtant quelques qualités, du courage, de l'énergie, il avait le désir d'agrandir ses États ; mais la modération et le sens politique lui faisaient défaut. Ses violences finirent par lui aliéner non seulement les grands laïcs, mais jusqu'aux évêques eux-mêmes, bien peu disposés cependant à faire cause commune avec les seigneurs, ennemis communs de l'Eglise et de la royauté. Hauts dignitaires laïcs et ecclésiastiques furent unanimes à abandonner Zwentibold, et à offrir la couronne de Lorraine au fils légitime d' Arnulf, Louis l'Enfant, qui venait de succéder à son père sur le trône d'Allemagne. Quelques mois plus tard, Zwentibold périssait dans un combat contre des seigneurs lorrains (900).
La Lorraine cessa de former un Etat à part, mais elle eut la situation d'un royaume autonome. Elle ne fut pas, sous le règne de Louis l'Enfant, une simple province allemande, pas plus que sous la domination de
(lliarles le Simple elle ne dépendit de la France. Elle se trouva unie k l'Allomiicjnc d'abord, à la France ensuite, comme le sont aujourd'hui la Houcjrie ii l'Autriche, la Norvège à la Suède. Toutefois, Louis et Charles ne se comportèrent pas de la même façon h l'éyard de la Lorraine. Le fils d'Arnulf ne vint que très rarement dans le pays, et ne fit cjuère qu'y passer chaque fois ; de plus, il chercha à y implanter une famille étrangère, celle des Conradins, dont un membre, Gebhard, reçut même le titre de duc de Lorraine. Cette conduite mécontenta les seigneurs lorrains, et deux d'entre eux, les frères (lérard et Matfrid, ceux-là mêmes qui avaient battu et tué Zwentibold, allèrent jusqu'à se révolter ; ils ne réussirent d'ailleurs qu'à se faire condamner par le tribunal du roi, qui prononça la confiscation de leurs domaines. (Charles le Simple, au contraire, fit des séjours fré([uents et prolongés sur les bords de la Meuse et de la Moselle, dans ce pays d'oîi les Carolingiens étaient originaires et où ils comptaient toujours des partisans dévoués. Sous le règne de Charles, il n'y eut pas d'immixtion des grands du royaume occidental dans les affaires de la Lorraine ; l'inverse même se serait produit, si Haganon, le favori de Charles, dont le crédit offusquait les seigneurs français, avait été un Lorrain. C'est librement qu'en goo les Lorrains avaient reconnu Louis l'Enfant, c'est librement qu'en cjii, à la mort de ce prince, dernier descendant de Louis le Germanique, ils se donnèrent à Charles le Simple, déjà roi de France et seul représentant à cette époque de la dynastie carolingienne. Louis le Germanique, ses fils et ses petit-fils avaient des droits sur la Lorraine, parce qu'ils appartenaient à la famille de Charlemagne, nullement parce qu'ils étaient souverains de l'Allemagne ; c'est également comme (Carolingien, et non comme roi de France, que Charles le Simple pouvait revendiquer la Lorraine. Conrad, un seigneur de la France orientale, que les Allemands avaient élu roi à la mort de Louis l'Enfant, n'avait aucun titre à faire valoir pour prétendre à la possession de l'ancien royaume de Lothaire II, et rien absolument ne justifie les tentatives qu'à deux ou trois reprises il fit, sans succès d'ailleurs, pour s'emparer de ce pavs.
La domination de Charles en Lorraine paraissait solidement assise, lorsqu'elle fut ébranlée par les révoltes de Giselbert, l'un des principaux seigneurs du pays, qui aspirait à la dignité ducale. Le père de Giselbert, Régnier, disgracié en 898 par Zwentibold, dont il avait été le favori, avait à ce moment appelé Charles en Lorraine; en 911, il avait été sans doute un des premiers à se prononcer pour ce prince, qui l'avait récompensé de son zèle, en lui cédant des abbayes et des bénéfices, et en lui donnant à gouverner, avec le titre de margrave, le nord-ouest de la Lorraini:", la région comprise entre la Meuse et l'Escaut. Giselbert, ([ui avait hérité de la situation (pi'avait occupée son père, ne s'en contenta pas; il voulut devenir duc de toute la Lorraine, et il se révolta contrt^ Charles, quand celui-ci lui eut refusé la dignité qui faisait l'objet do ses convoitises. D'abord battu et obligé île se réfugier en Allemagne (919), il pnt rentrer en Lorraine à la faveur de la révolte des seigneurs français en