‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 79 sur 764 · LOTHAIRE PARTAGE SES ETATS ENTRE SES TROIS FILS (855). 7I · texte numérisé non relu

LOTHAIRE PARTAGE SES ETATS ENTRE SES TROIS FILS (855). 7I

le maintien de l'unité de l'empire franc. Allait-il , fidèle au principe qui l'avait guidé jadis, ou faire de son fils aîné, déjà associé à l'empire, son unique héritier, ou tout au moins lui laisser la plus grande partie de ses États, en réduisant Lothaire et Charles à la condition de rois vassaux, bref, renouveler dans ses grandes lignes et dans son esprit l'acte de 817 ? En adoptant la première des deux solutions que nous venons d'indiquer, il sacrifiait ses deux fils cadets, mais il rendait Louis assez puissant pour tenir ses oncles en respect, et il lui donnait les moyens, si les circonstances devenaient un jour favorables, de reconstituer à son profit le grand empire franc.

Nous ne sommes pas au courant des réflexions que fit Lothaire I*"", mais si l'idée de déshériter Lothaire le Jeune et Charles s'était jamais présentée à son esprit, il l'avait écartée depuis quelque temps déjà ; en donnant la Frise à Lothaire, l'empereur avait engagé l'avenir. Mais il pouvait s'en tenir là, ne pas augmenter la part de son second fils, et accorder simplement au troisième, pour tenir la balance égale entre les deux jeunes princes, la Provence, qui avait, en 845, manifesté des intentions séparatistes. A l'Italie, que Louis possédait déjà, seraient venues s'ajouter la Bourgogne, l'Alsace et la Francia. Maître d'Aix-la-Chapelle et de la vallée du Rhin, Louis aurait été un souverain franc, et la chose avait de l'importance ; de plus, malgré l'attribution de la Frise à Lothaire, et de la Provence à Charles, les teri^itoires qui auraient formé le lot de Louis étaient assez vastes, assez riches, assez populeux, pour lui assurer une puissance avec laquelle il eût fallu compter. Pourquoi Lothaire ne prit-il pas ses dispositions dans ce sens ? Jugea-t-il que la cause de l'unité de l'empire était irrévocablement perdue ; que les grandes agglomérations de pays avaient fait leur temps, et que l'avenir était aux petits Etats, compacts, homogènes, bien dans la main du souverain, et plus capables par cela même de résister aux attaques de l'extérieur? Avait-il en particulier la conviction que l'on ne pouvait gouverner à la fois l'Italie et une partie de la Gaule, que la péninsule, menacée comme elle l'était par les musulmans, avait besoin d'un prince qui se consacrât tout entier à sa défense ? Ou bien se laissa-t-il, en dictant ses volontés dernières, dominer par l'affection qu'il portait à ses enfants, et sacrifiat-il ses devoirs de souverain et les intérêts de l'empire à ses sentiments paternels ?

Quoi qu'il en soit, Lothaire abandonna complètement les principes de l'unité de l'empire et de la suprématie de l'empereur. Les parts de ses fils n'étaient pas tout à fait égales entre elles, mais elles constituaient des royaumes indépendants les uns des autres. C'était la consécration des idées qui avaient triomphé à Verdun.

En choisissant Aix-la-Chapelle pour lieu de résidence, Lothaire avait laissé voir qu'à ses yeux cette ville était vraiment la capitale de l'empire. Il eût donc été naturel que celui de ses fils qui avait reçu la couronne impériale possédât Aix et la Francia. Mais pour cela Lothaire le Jeune devait être réduit à la Frise, et Charles à la Provence. Du moment que

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l'empereur entendait ne favoriser personne, le même souverain ne pouvait avoir en môme temps la Francia et l'Italie. Faire échanger à Louis l'Italie contre la Francid, ii Lotliaire la Frise contre l'Italie, n'était pas une combinaison réalisable. 11 j avait onze ans que Louis régnait sur la péninsule, il connaissait le pays et les gens, on y était habitué k son gouvernement, et c'eût été une faute grave que île i-ompre les liens qui attachaient l'un k l'autre le jeune empereur et l'Italie. Lothaire jugea que son fils aîné était suffisamment pourvu avec ce qu'il lui avait donné de son vivant. Louis, d'ailleurs, n'était pas auprès de son père au moment où celui-ci régla sa succession, et il ne put défendre ses intérêts. Les territoires dont l'empereur avait conservé le gouvernement direct furent donc répartis entre ses deux fils cadets, k l'exclusion de Louis'.

Le jeune Lothaire avait reçu la Frise quelques mois auparavant. La possession de cette contrée entraînait celle de la Francia. L'Alsace et la plus grande partie des />rt<7« bourguignons qui appartenaient k Lothaire I*' grossirent le lot de son second fils. Moins bien partagé, le dernier, (Charles, qui n'était pas encore sorti de l'enfance, se voyait attribuer la Provence et le duché de Lyon^. Ainsi, l'honneur de régner sm* Aix-la- Chapelle, la ville de Charlemagne, et sur la glorieuse terre franque, était échu au jeune Lothaire. Mais la situation de ce prince l'exposait k plus d'un danger. Le plus redoutable n'était peut-être pas celui des Normands. Louis le Germanique et Charles le Chauve n'avaient pas cherché k dépouiller leur frère : cette modération durerait-elle toujours? Et s'ils venaient k s'entendre pour enlever k leurs neveux les pays dont ceux-ci avaient hérité, le jeune Lothaire serait évidemment leur première victime, car son royaume se trouvait justement placé entre les leurs. La situation excentrique de la Provence et de l'Italie les rendait d'un accès beaucoup plus difficile ; Louis II et le jeune Charles avaient, bien moins que leur frère, k redouter les entreprises de leurs oncles.

Peut-être est-ce la conscience des périls que courrait le possesseur

1. Louis II paraît avoir résidé à Pavie, sa capitale, pendant la seconde moitié de 855 et le début de 856 (B. M. 11O7-1170).

2. Voir les sources indiquées plus haut, p. 70, n. 6. Prudence ne parle pas de Louis; les dispositions que prend Lothaire ne concernent que Lothaire et Charles. Adon, VUistorin Francuruin, et Régi.non s'ex])riment au contraire comme si l'empereur avait l'ait un partage de tous les territoires ([ui lui étaient échus en 8^3. Ces deu.>t dernières chroniipies n'attribuent à Charles que la Provence, Ado.n y ajoute une partie de la Hourgoijne ; PnuuEJiCE ne mentionne tout d'abord ([ue la Provence, puis, un peu plus loin, racontant les arrangements pris à Orbe, en 85(5, par les trois llls de Lothaire !<"■' (p. 47). il dit des deux aines : « Karolo, fratri suo, Provinciam et ilucatiun Lugdunensem, ju.vtii fxitcriKim {lispositiorwiii, distribuunt. » Le duché de Lyon est justement celte j>arlie de la Bourgogne dont parle Adon. (Juant à Lothaire le Jeune, il aurait eu il'après Phimik.nck la Fr/mcid, d'après Aiio.n la résidence de son père, d'ai)rès l'Jlisloi'in Fninrortun le siège de l'empire, enlin, d'ajtrès IIkciinoiv le royaume auipu-l il laissa son nom. Pas un mot ni de la Frise, ni de l'.Vlsace, ni de la Bourgogne ; i>ourtanl, Lolhaire l'f h-guail a son second lils, très certaineineul, les deux premières île ces contrées et, selon tiuile vraisemblance, la troisième, moins le Lyoïmais réservé à Charles. Ce silence des soiu'ces à l'égard de la Frise, de l'Alsace et de la Bourgogne, n'esl-il pas une preuve que l'on considérait ces trois pays cojnme de simples dépen huu';'s île la Friinriii ?

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