Voir LnN(;.NON, pp. a43 et
RETRAITE A PRCm ET MORT DE LOTHAIRE (855). JOr
le pays dans l'obéissance. Ce fut peut-être la révolte de 845 qui détermina l'empereur à faire de Gérard un comte de Vienne'. L'avenir prouva que le choix avait été judicieux. Lothairel", et, après lui, ses fils Charles et Lothaire II, trouvèrent en Gérard un serviteur fidèle et dévoué 2. On peut admettre que Lothaire I*"" lui avait confié la tutelle de son plus jeune fils et le gouvernement de la Provence.
Louis II avait été couronné roi en 844? empereur en 85o, il avait reçu les serments des comtes et des vassaux italiens ; tout était donc arrangé de ce côté, et l'abdication du vieil empereur n'apportait en fait aucun changement à la situation de son fils aîné. Les mêmes précautions avaient-elles été prises pour Lothaire II et pour Charles ? La mention formelle que fait Prudence du sacre de Lothaire II à la date de 856, prouve que l'on n'avait pas procédé à cette cérémonie du vivant de Lothaire I". D'autre part, la démarche des grands de la Francia auprès de Louis le Germanique, avant de reconnaître pour roi le jeune Lothaire, semblerait indiquer qu'ils ne lui avaient pas encore prêté serment. L'empereur aurait donc laissé, sans les régler, un certain nombre de questions importantes. Pourtant, à partir du jour où il s'enterrait dans un monastère, il fallait bien, puisqu'il était mort au monde, que quelqu'un gouvernât à sa place, et, pour cela, qu'il eut régulièrement transmis ses pouvoirs à ses deux fils. Il y a là une obscurité qu'il est difficile de di.ssiper '.
C'est à l'abbaye de Prûm ([ue Lothaire avait résolu de finir ses jours. Le 19 septembre il se trouvait à Schùller, palais royal situé à quelque distance au nord-est de Prûm, et il y rendait un diplôme en faveur de
1 . LoNGXON, p. 252, croit que Gérard avait le (jouvernement de la réyion que les Ann. Bert. appellent duché de Lyon. D'après le même auteur (p. 258), ce duché aurait compris les diocèses de Lyon, de Vienne, de Viviers et d'Uzès.
2. C'est lui qui, en 861, repoussa l'attaciue de Charles le ChauA'e contre la Provence ; en 870, il défendit, soit pour son compte, soit plutôt pour celui de Louis II, héritier légitime de son frère Lothaire, la ville de Vienne, que le roi de France, qui se l'était fait attribuer à Meerssen, prétendait occuper.
3. RÉGIJ.ON, Cht'on. 855, p. 77, dit cependant que Lothaire partagea ses Etats en présence de ses grands, qu'il avait convoijués. Réginon n'est pas un contemporain de Lothaire pr^ mais ayant été abbé de Prûm, il a pu avoir des renseignements exacts sur les faits qui ont immédiatement précédé la retraite de l'empereur dans celte abbaye. Si les grands se trouvaient là, ils ont dû prêter serment soit au jeune Lothaire, soit à Charles, suivant que leurs bénéfices étaient situés dans la part attribuée à l'un ou à l'autre de ces princes. Ni la Diuisio regnoi'iim de 806, ni l'Ordinafio iinperii de 817 ne disent que les grands se recommanderont immédiatement à celui des fils de Charlemagne ou de Louis le Pieux dans le lot auquel ils résident. Nous savons qu'ils jurèrent en 806 (Ann. r. Fr., 806, p. 121), et en 817 (voir ci-dessus p. 18, n. i), de respecter les dispositions arrêtées par leurs souverains, mais ce n'est pas tout à fait la même chose. Pourtant Ago- BARD, dans son Liber opolugeticus, ch. 3 {Opéra, éd. Baluze, t. II, p. 62 ; cf. Exaiictoralio Hludowici, ch. 2, (KL, t. II, p. 54), mentionne expressément les serments prêtés à l'empereur père, puis à son fils aîné, à ses deux fils cadets, enfin à un enfant, Charles, et il se plaint du trouble i[ue causent ces serments contradictoires. De plus, il est dit formellement qu'en 837 et 838, à la suite de donations de territoires faites à Charles par son père, les évêques, abbés, comtes et vassau.x royaux de ces contrées se recommandèrent au jeune prince {Ann. Bert. 837, pp. i4 et i5; Nithard, liv. I, ch. 6, pp. 8 et 9). Il était naturel que Lothaire procédât de même.
yO LE RÈGNE DE LOTHAIHE l" (843-855).
lette abbayo '. Trois ou quatre jours plus tard, le 22 ou le 23, il n'était plus ({u'un moine ^ Sa nouvelle existence ne dura mémo [)as une semaine, peut-être les austérités auxquelles il se condamna achevèrent-elles de ruiner une santé que la vieillesse et la maladie avaient déjii ébranlée : le 1^8 ou le -M) septembre Lotliaire ex|)irait, âgé d'environ soixante ans '. Ses restes furent inlunnés dans l'abbaye même où il s'était endormi du dernier sonnneil 4.
Nous avons déjà apprécié à différentes reprises la conduite et les actes de Lotliaire l". Pour nous résumer, disons que ce qui, à notre avis, lui a surtout manqué, c'est la décision et l'énergie. Il n'en a montré ni contre son père, ni contre ses frères, ni contre les Normands; de plus, à l'égard de ces derniers, ainsi que dans ses dispositions testamentaires, il a fait preuve d'une imprévoyance regrettable. Assurément, son père avait gravement compromis la situation; toutefois, un homme plus résolu que Lothaire aurait pu réparer le mal, restaurer l'unité de renqnre, rétablir l'ordre îi l'intérieur, mettre les côtes à l'abri des incursions normandes. Nous l'avons dit en commençant, nous ne pouvons que le répéter ici, Lothaire n'a pas été à la hauteur de sa tâche ; les circonstances ne la lui avaient pas facilitée, voilà ce que l'on peut dire à sa déchai-ge, elles diminuaient ses chances de succès, mais elles ne lui rendaient pas la victoire impossible. Et surtout l'on ne s'explique pas qu'au dernier moment Lothaire ait donné à son passé, à la cause qu'il avait défendue, un éclatant démenti en divisant ses États entre ses fils. Louis II, malgré son titre d'empereur, n'était plus en fait qu'un roi d'Italien le prestige de la cou-