‹ Le royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?)Chapitre 120 sur 482 · BOSON ET JEAN VIII EN ITALIE · texte numérisé non relu

BOSON ET JEAN VIII EN ITALIE

Mais si Jean VIII avait pour son protégé de grandes ambitions, ce dernier semble avoir été peu pressé de profiter des bonnes dispositions du souverain pontife à son égard. Peutêtre était-il inquiet de ce que faisaient en son absence les autres chefs de l'aristocratie franque, peu confiant dans leurs promesses'. Le roi Louis, d'autre part, n'était pas dans le secret des projets de Jean VIII, mais il est possible qu'il ait commencé à s'inquiéter de ce qui se passait en Italie ^ car s'il n'avait pas franchi les Alpes à la suite du pape Jean, il n'en conservait pas moins des prétentions sur l'héritage de Louis ir*. En outre, Louis le Bègue avait fourni peu de monde pour escorter le pape et Boson''; les seigneurs italiens s'abstenant de répondre aux appels qui leur étaient adressés", le candidat impérial de Jean VIII eut été incapable de lutter, soit contre Lambert, soit contre les souverains germaniques.

par le pape, dans sa lettre à Engilberge, ne sont pas de simples formules de politesse, il songeait déjà à faire peut-être de Boson le maitre de l'Italie, car après les titres que celui-ci avait reçus en 875. il ne restait plus guère pour l'élever ad majorex (/radns qu'à faire de lui un roi ou tout au moins l'égal d'un roi. Mais le secret des entretiens de Troyes devait avoir été bien gardé, car on ne saurait comme Dur;MMLEiî (Os'tfr. lieich, t. 111, p. 89), voir dans le passage des Annales de Fulda relatif à ces événements une preuve que leur auteur avait pénétré le secret de Jean VIII. L'idée de voir l'Italie protégée par un représentant des rois francs de l'Ouest peut suffire à exciter la colère de Méginard. Sur cette situation, cf. abbé L. Duciiesne, Les premiers temps de l'Etal pontifical, p. l'i'i et l'i5.

1 . Lettre de Jean VIII à Théoderic, Bernard et Hugues l'Abbé (flist.de Fr., t. IX, p. 176)qui nous semble comme à Jaffé devoir être ra])portée à cette période. L'expression « foedus amicitiae « doit s'entendre de ])romesses assez générales, sans doute faites au moment où Boson allait l)artir })our l'Italie, non du traité particulier conclu entre lui et Tliéodoric au commencement de 879, uniquement relatif au comté d'Autun. et où Bernard n'eut pas à intervenir. La phrase « omnia sua salva et paci- « fica.seryr/<e », semble bien impli(iuer l'absence de Boson.

2. (7est ce qui paraît résulter d'une phrase de la lettre citée à la note précédente « régis animum erga eum immobilem et tranqaiilom « semper servetis...»

3. Au traité de Fouron, conclu avec son cousin Louis, fils du Germanique, il réserve expressément son droit à intervenir dans un partage de l'Italie (.!«?;. liertin., a. 878, p. 145).

4. A. L.M'ôTaK, .le<i)i VIII, p. 348. Louis avait bien, il est vrai, donné ordre à plusieurs évêcpies de suivre Jean VIII et Boson, mais ils s'étaient gardés de le faire (Lettre de Jean VIII à Louis le Bègue, Jafke, u" :{208).

5. Il n'est pas besoin de croire j)our cela, comme Dukmmi.ki!, Ostfr. lii'ick. t. III, p. 91-2, ([u'ils avaieni ])ercé le «secret» de Jean \'lll, mais ils devaient être nécessairement hostiles à l'oson, du moins ceuxtiui. comme Ansbert de Milan, étaient des partisans de Carloman.

[878-879] RETOUFl l)K liOSoN KN ('.AI l.K 93

Aussi, après avoir amené le pape jusqu'à Pavie, Roson le ([uittait dans cette ville', pour regagner la Gaule où l'appelait une affaire plus sûre que le rêve d'Emi)ire caressé par Jean VIII, le partage des territoires à reconquérir sur Uernard, fils de Blicliilde. Mais Jean VIII ne renonra pas, semble-1-il, à ses idées d'alliance avec les Francs de l'Ouest et, dans la lettre qu'il confiait au com[)agn()n de Boson, l'évèque Agilmar de Clerniont', pour le roi Louis le Bègue, il continuait à faire le plus grand éloge de « son cher fils », on suppliant lo prince de lui fournir des troupes pour une nouvelle expédition ', mais se « gardant bien de lui dire le fin mot du projet manqué* ».

C'est au commencement de 879 que? l'on retrouve avec certitude Boson en Gaule auprès de Louis le Bègue ^ Celui-ci était alors à Troyes au début d'une expéilition entreprise pour mettre à la raison Bernard de Gothie^ Mais arrivé dans cette ville, la maladie dont il souffrait déjà au commencement de l'année venant à empirer, il dut remettre le soin de continuer l'expédition à Boson, assisté de Bernard Plantevelue et de Théoderic. Ce dernier devait remplacer, dans le comté d'Autun, le marquis de Gothie. Pendant ce temps, Louis lui-même gagnait péniblement Compiègne où il mourait le 11 avril. Il avait envoyé à son fils Louis, par le comte Albuin et

1. Lettre de Jean VI 11 à Louis le Bègue (Jaffé, n" 3208). — Les lettres lie Jean VIII pour cette période ne permettent pas de dater avec précision le fait.

2. Ce prélat, mentionné dans lacorrespondatice d'Hincniar(l''i.oi)<).\i!i), llisi. Rem. EccL, 1. III, c. 24, Mon. Germ., .S'.S\. t. XIII, p. 5:j(i) était d'origine l)ourgaignonne et possédait dans l'Auious dos domaines patrimoniaux {Viia S. Vivmtii, dans Acta Sanrt. Bol!., iau., t. I. p. 813).

3. Lettre de Jean Vlil à Louis le Bègue (Ilisl. de Fr., t. IX, p. 175; Jaffé, n° 3208). Dans sa lettre à Boson, il conserve encore l'espoir de voir celui-ci revenir (Jaffe, n" 3251), mais il n'y a plus d'allusion de ce genre dans la lettre qu'il adresse le 3 avril à ce même Boson pour le prier de prendre sous sa protection les biens (jue l'ex-enneini du Saint- Siège, Adalbert, et sa femme Kotlinde possédaient en Provence (Jaffé,

.n" 323'.; llist. de Fr., t. IX, p. 180).

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