ERMENGARDE ET LOUIS AUPRES DE CHARLES LE GROS
une élection et un couronnement par les évoques et par les grands du royaume. Mais les seigneurs provençaux se souciaient vraisemblablement fort peu d'une tentative de ce genre et d'une continuation de la guerre contre Charles le Gros.
Celui-ci, depuis la mort de son cousin Carloman, survenue en 884, avait ajouté à ses couronnes celle de la Francie occidentale. Mais il ne semble pas s'être occupé personnellement, depuis cette époque, do rentrer en possession do la Provence, seule portion de l'empire franc qui échappât encore, pour partie du moins, à son autorité. L'année 886 avait été employée par lui d'abord à sa malheureuse campagne contre les Normands de la Seine, puis à l'apaisement des troubles que suscitait en Italie l'avidité et l'insolence de son favori, l'évêque Liutward de Verceil. Lors de la mort de Ijosou il était de retour en Alémannie. C'est laque venaient le trouver les rebelles italiens, parmi lesquels le marquis Bérenger de Frioul, et en môme temps l'un des grands les plus puissants du royaume de l'Ouest, le comte Eudes, C'est là également que se rendit Ermengarde, accompagnée de son jeune fils.
A la nouvelle de l'arrivée de sa cousine' Charles, qui se trouvait à Waiblingen, fit une partie de la route au-devant d'elle et la rencontra à la fin du mois de mai à Kirchen sur le Rhin', un peu au nord de Bàle. Là, disent les Annales ^ « il reçut le jeune Louis à hommage et comme son fils adoptif ».
Ce passage des Annales de Fulda est malheureusement un peu trop concis et ses termes un peu trop vagues pour ([u'il soit possible de se rendre un compte exact de la situation du jeune Louis vis-à-vis de l'empereur. On a rapproché cette
1. Dans ses diplômes, il rappelle sa nièce. En réalité, il n'était que son oncle, « à la mode de Bretagne ». Le fait qu'il se rendit au-devant d'elle semble indi(|uei' (ju'il était bien disposé en sa laveur et qu'elle n'arriva pas à Kirchen absolument en suppliante.
2. Sui' l'identilication du lieu, cf. DuKMMi.Kh", O.'^lfr. lieich, t. 111, p. 277. La première mention, datée du st^jour de Charles à « Ciri/ieim », est un diplôme du ;{0 mai (IjOi'.iiMKii-MiiKin.n., n" 1703J. Ce n'est (\ue le 2'i juillet suivant qu'un dij)lôuie indi(|ue que Charles avait quitté Kirchen. Mais l'annaliste de Fulde place la rencontre et l'entrevue avant des événements du mois de juin.
y. Ami. Fu(denses,Y*. 115: « Ad hominem sibi quasi adoptivum lilium « eum injunxit >■>. — !Sur cette entrevue, cf. 1)ui;mmi,i;i{, Osifr. Reirh, t. [IL p. 277 et F.WHi;, Eudes, p. IG. — Vaiîin (Influciire des (jhcsUdiis de race sous In/; Kfiro/itif/iens. j). i:}, n. 1) s'est fait de l'entrevue une idée assez originale, nutis inexacte, en supposant que Louis y vint « prêter
188'] i.nnis " KihKi.r. . m-; cmahi-Ks 14.')
situation de celle qu'Eudes occujja plus tard vis-à-vis d'Arnulf et supposé que le comte de Paris et le niaiNjuis de Frioul, qui assistaient à l'assemblée, avaient trouvé là un exemple et un modèle pour leur royauté future'. Mais il faut remarquer qu'Eudes, lorsqu'il se rendit en 888 auprès du souverain germanique, était déjà roi en vertu de sa libre élection par les hommes de la Francie occidentale. Tout se réduisit alors, en somme, à la reconnaissance par lui du « séniorat moral « d'Arnulf, sous la seule condition de conserver avec ce dernier des relations pacifiques et amicales. Au contraire, lorsque Louis vint mettre ses mains dans celles de l'empereur Charles et se recommander à lui, aucune élection ne lui avait encore conféré la qualité de roi ; si Charles le Gros lui reconnut des droits éventuels à la succession paternelle, ces droits ne pouvaient, semble-t-il, s'exercer effectivement qu'après le décès de l'empereur. Jusqu'à sa mort, en effet, celui-ci est considéré comme le souverain de la Provence. Il y fait acte d'autorité en concédant, à la requête de l'évèque de Langres, Geilon, au monastère de Saint-Philibert de Tournus, l'abbavedeDonzère^ sur le Rhône, autrefois donnée par l'empereur Lothaire à l'église de Viviers \ Plusieurs autres chartes attestent que l'autorité de Charles fut reconnue dans les pays jadis soumis à Boson, comme si l'empereur s'en était trouvé maitre ipso facto après la mort de son adversaire*. Les Annales de Fulda, d'autre part, ne donnent nullement à entendre que le nouveau fidèle de l'empereur ait été roi dès cette date de 887. En 890, les prélats et les seigneurs réunis à Valence déclarent que leur pays est demeuré sans souverain depuis la mort de Charles
à Cfiarles le Gros, couronné empereur, l'hommage qu'avait refusé .son père ».
1 . F^AVRK, loc. cit. « Une voie nouvelle était ouverte. Eudes et Bérenger « purent alors comprendre comment il était possible de se tailler dans « l'empire un royaume sans paraître porter sur l'unité carolingienne une « main sacrilège. Ils comprirent qu'en contractant un engagement de « fidélité, acte purement formel et qui n'engageait à rien, il était pos- « sible d'acquérir sans être un usurpateur une royauté ertective. »