‹ Le royaume de PrusseChapitre 11 sur 49 · HENRI IV ET LOUIS XIII · texte numérisé non relu

HENRI IV ET LOUIS XIII

Les protestants d'Allemagne étaient les anciens alliés de la monarchie française et leurs princes étaient, de toutes les maisons régnantes fidèles à la Réforme, les plus intéressés aux revers de la Maison d'Autriche. En secondant leurs desseins, Henri IV poursuivait un but d'intérêt général : l'abaissement de Habsbourg. Il entendait l'obtenir par l'Union des

princes • le moyen, c'était la reconstitution de l'Empire. Electif par la Bulle d'Or, TEmpire était devenu héréditaire depuis des siècles ; il paraissait moins une charge qu'un apanage. Le roi de France le voulait de nouveau électif, mais aussi catholique. II y trouvait à ce prix Tindépendance pour les libertés germaniques, l'intégrité pour les possessions et les droits des princes au dedans ; au dehors, l'Empire pourrait se retourner contre les Turcs et assurer contre les révoltés de la civilisation la paix de l'Europe et le respect des frontières incessamment désolées par leur fanatisme.

« Je n'entends pas, écrit-il au landgrave dé Hesse, » engager les princes de faire chose qui préjudicie » à l'Empire ny à leur foy et debvoir, ny de prendre » les armes et quitter le repos dont ils jouissent, » ni mesme despenser leur argent mal à propos et » hors du temps, mais seulement de se préparer et » mettre en estât de pouvoir esviter les malheurs » qui semblent les menacer de ces deux endroits- » là(i). »

Les électeurs de Brandebourg eurent recours à Henri IV dans des circonstances trop graves pour qu'on puisse les passer sous silence. Ce fut d'abord l'affaire de Strasbourg. Le marquis de Brandebourg avait été élu évêque de Strasbourg par le parti pro-

(1) Correspondance inédite de Henri IV avec Maurice le Savant ^ publiée par M. de Rommel, p. 321.

testant ; le cardinal de Lorraine avait été désigné par le parti catholique. Ce différend faisait renaître par compétition singulière les luttes religieuses à peine calmées. L'Allemagne s'était partagée entre les deux élus et s'apprêtait à vider la querelle par les armes. Henri IV s'employa à apaiser les partis en présence, moyen sur de les réconcilier par de mutuelles concessions. Il proposa le seul arrangement qui pût être acceptable pour les intéressés et utile à la paix publique. Le choix du cardinal fut reconnu légal et valide, mais, en échange, le marquis de Brandebourg reçut une forte indemnité en argent.

Ce fut encore au roi de France que recourut l'Electeur pour implorer une investiture qui de marquis l'élevait au rang de duc (1). Nous n'avons pas à raconter comment la Maison de Brandebourg avait gagné ses droits sur le duché de Prusse , mais nous devons faire connaître l'intervention par laquelle Henri IV obtint de la Diète de Pologne l'attribution de la couronne ducale à l'allié de la France. Voici la lettre qui la constate :

Le roi au Landgrave^

« Mon cousin, ce porteur, m'a rendu vostre lettre >» du 27 septembre, le vingtième du mois passé. » J'apprens par icelle que mon cousin l'électeur de

(4) Voir aux pièces justificatives sur l'électeur de Brandebourg.

» Brandebourg s'est acheminé aussytost après le » déceds de feu son père en Prusse , pour pourvoir » en personne aux traverses et empeschemens que » les Polonais ont apporté jusques à présent à son » establissement; pour lequel faciliter, je vous diray » avoir esté requis depuis quelques jours par mon î) cousin l'électeur Palatin, d'employer mes offices » de recommandation à l'endroit du roy et des » Estats de Pologne , que j'ay très volontiers dep- » parti en suite de ceulx que j'ay faite cy devant à » mesme fin en faveur du deffunt , pour Taffection » singulière que j'ay tousjours portée à la Maison » de Brandebourg et le désir qu'ay qu'elle puisse » recueillir de mon intercession le fruict que je luy » souhaite pour son contentement et la paysible » jouissance des choses auxquelles mon dit cousin » est inquiété. S'il en arrive ainsi, son esprit estant » déchargé du soing de cest affaire particulier qui » a bon droict le travaille et l'empesche de tourner » encore ses pensées à la considération du bien » publicq, il y a apparence, comme il aura plus de » loysir et de commodité d'y veiller avec attention » et qu'il a les moyens et l'authorité d'y porter ung » grand prix, il y contribuera aussy la mesme » volonté qui a esté utilement recongneue et louée » en son devancier , pour l'advantage de la cause » commune (1). »

(4) Lettre du VI nov. 1608 ; Réponse, le 4 8 décembre.

Le Landgrave répondit un mois plus tard :

« Sire, ayant jusques icy Télecteur de Brande- M bourg donné toute bonne espérance en procurant 1) et advançant à son possible le bien publique, » Vostre Majesté a faict un acte digne de luy de » lui avoir départy une intercession au roy et aux » Estats de Poulogne , en suite de ceux qu'elle a D faict cy devant, pour tâcher avec nous aultres à » le faire jouir paisiblement et à son contentement y> des choses, en quoy Ton luy a faict jusques icy » mille embûches ; desquelles néantmoings j'espère » qu'il en sera maintenant relevé, s'estant le pays » de Prusse entièrement déclaré pour luy, et ayant » d'ailleurs fort bonne espérance d'obtenir, en ceste » présente assemblée de Poulogne , et la succession » et Tadministration. »

L'Union des princes allemands contre la domination espagnole et les efforts d'Henri IV pour faire entrer tous les princes protestants dans une ligue qu'il promettait de soutenir de tous ses efforts, prirent corps en 1610. Le prince avait mis quatre ans à préparer cette entente avec le landgrave de Hesse , Maurice le Savant et le prince Christian d'Anhalt, qui devint plus tard général de l'Union. Le il février un ce traité de Confédération et d'alliance »' fut conclu entre Henri IV, les électeurs Palatin et de Brandebourg et autres princes et Etats de l'Empire pour conserver les duchés de JuUiers, Clèves et Berg, le comté de la Marck et^ autres seigneuries

aux plus proches héritiers. L'ambassadeur de France, le chevalier de Boissise, déclara au nom de son maître que le roi voyait dans ce fait la seule possibilité qu'il y eût à assurer et conserver la liberté et tranquillité de la Germanie. Les confédérés en appelèrent aux armes.

Par le premier article du traité ils s'engagèrent à n'accepter en aucun cas le Mandement ou Ban de l'Empereur, ils réglèrent dans les autres les conditions de leur concours et formulèrent dans le dernier Pinterdiction d'aucun « accord ou traité général ou particulier ensemble ou séparément qui soit

contre l'Union sans le consentement de Sa

Majesté. » La mort d'Henri IV eût pu entraver son œuvre , mais Marie de Médicis tint à respecter et à faire exécuter les plans de son époux en ce qui concernait la Maison de Brandebourg. La succession de Juliers devait renouveler l'état de guerre en Europe pendant deux siècles. Claude de La Chastre, maréchal de France confirmé dans cette dignité par le roi de Navarre après son couronnement, aida Maurice de Nassau dans cette campagne et en partagea avec lui l'honneur. Désormais un rival était suscité par nous à la Maison impériale de Habsbourg.

Le génie de Richelieu inspirant son maître, Louis XIII conclut un nouveau traité avec Télecteur de Brandebourg, le 26 février 1633. Les dévastations de la Guerre de Trente ans précédaient la paix de Westphalie.

Le prince Guillaume s'enorgueillissait de ses relations avec la cour de France dans des termes qui rappelaient les temps féodaux : « Cum enim Serenitati suae satis cognitura sit , disait-il au roi, ...dum christianissimis Francise Regibus jam multis abhinc

annis intercesserit Domum Brandeburgicam

inde redundarint commoda. » Parlait-il de Tétat de ses possessions : « Humani sanguinis effusionem, csedes, spolia ac rapinas, direptionem ac vastationem regionum et quse prseterea bello solennia sunt, aversatur. » Richelieu cherchait l'oubli des querelles personnelles et Tunité : « Necessarium imprimis esse ut il quos Belli societas hactenus con-

junxit, in unione firma ac concordi continuent

ac armaturse potenti ad unum omnes studeant. » La France se substituait au Danemark et s'engageait à ne traiter de la paix qu'après avoir pris conseil des Confédérés : « Quse ad negotium tractandse pacis pertinent , ulterius deliberare cum illis com municare non intermittet. » La Suède prenait la direction des opérations : « Concedenda Regno Suecise directione. »

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