‹ Le royaume de PrusseChapitre 16 sur 49 · LA NATION ALLEMANDE ET LE SAINT-EMPIRE · texte numérisé non relu

LA NATION ALLEMANDE ET LE SAINT-EMPIRE

SOMMAIRE. — Traité de Westphalie/-- Examen des Oapitulations impériales du xvii* siècle. — Conséquenoes politi» ques de la Guerre de Trente ans. — Droit public religieux du Saint-Empire. — Droit politique privé. -* Droit public international. — Leur résultat.

La Prusse aime à parler âesdiMissionallemande et il semble^ à lire ses publicistes et ses historiens^ que ce grand mot représente une invention qui lui est propre. En réalité il n'en est rien. Nous n'en sommes plus aujourd'hui à compter les rectifications historiques. Ce sera l'honneur de notre temps d'ôtre remonté aux sources et d'avoir mis au jour par des publications remarquables^ en tout pays, les trésors des archives. Archives militaires, archives

diplomatiques, on veut tout lire, tout savoir, tout mettre sous les yeux du public, premier et grand juge. Les Monumenta Germanisa de Pertz, les Leges Barbarorwm de Walter recensées et le Codex Theodosianus de Hœnel prouvent, après les travaux de Savigny, comment la science allemande entend sa mission. Leâ Mémoires du prince de Hardenherg jettent un jour nouveau sur F Allemagne et la Russie étudiées dans leurs rapports avec la France impériale, ils forment le complément historique des Mémoir^és de Frédéric II où le caractère de la Prusse et son rôle sont tracés de main de maître. Rappeler ces travaux, c'est dire combien d'erreurs on a relevé.

Nous y joindrons ceux d'Augustin Thierry sur Vffistoii^ rie Froncé btd'kméM^stir les GSaiiloîs; Vjffistoire de Louvoîs, parM. Roussét, Gustave III eK la cour de Prcmce par M* Geoffroy^ rcB^nrrte de M. Mignet sur la Rivalité de Firànqois /•«• et de Charles-Quint^ ses études sur la Succession d'Espagne, M publioâtîoo du savant M. De^ardins im la GoAdé romaine et V Histoire de V Allemagne par M. ZellOT.

Les redderchès sérieuses^ VbH de dépouiller les textes, leur interprétation ont ajouté des éclaûrdssemeûts inattendus et toujours utiles. C'est siur ce dernier point que nous ap()elons en oe mamiâit inattention.

II, à été . question, en éffet^ des intënâts de PÂite-

uiagne ailleurs qu'en Prusse, avant qu'elle existât à ^ ttiï titre qudconque sous œ nom. Quelque peine ^u*en puissent ressentir les zelanti, nous constatons ici une vérité. Si nous prenons le texte des traités de Munfetfery celui d'Osnabruck, nous voyons les ■eœpereiirs s'intitttler alternativeoient jRot d'AUe-^ magne ou encore Boi de Germime, et dans des abtes impiériâux Roi des Allemagnes. Le préanabule de la paix de Westphalie causerait d'amères déceplions aux admirateurs du nouvel Empire s'ils dallaient ed prendre cônnaissanbe, ce quUls ne leront pas. Plus d'une teneur de leurs instruments diplosoatjques pounrait passe^, à bon droit, pour du vieux neuf. Les intérêts de rAUemagne étaient dignement •0ipobés et défendus même en 1648 :

. « Après atoiriâvoqué Texistetice de Dieu, y esti il dit, et réciproquement échangé les originaux » des plein» pouvoirs dont 1^ copies seront inaé^ n rées (te mot à mot à UG,n du préseïit traité/ ils D ont transigé et accordé entre eux à la gloire de % Dieu et au ^nt de la République chrétienne^ 41 présents, approuvatits^ con^ntaâts, les Electeurs, 3 Princes et Etats du SamtrEoipire roumain, les ar- À llcles de paix et d'amitôé dont la teneur suit :

■ Qu'il y dt îineT[Mdx chrétienne, univeifeelle et

• perpétuelle et une amitié vraie et sincère entre sa

' fr ^àirarée Majesté Jmpérfâle, la Maison d'Autriche et

» tbus ses alliés et adhérents et les héritiers et suc-

« ûesseuirs d'im chMan;^..;. Et que ^tte paix s'eb"

» serve et se cultive sincèrement et sérieusement, » en sorte que chaque partie procure l'utilité, » l'honneur et l'avantage Tune de l'autre ; et qu'ainsi 1» de tous côtés on voie renaître et refleurir le» » biens de cette paix et de cette amitié par l'en» » tretien sûr et réciproque d'un bon et fidèle voisî- D nage de l'Empire romain avec le royaume de » France (de Suède), et du royaume de France (de D Suède)avecPEmpire romain. »

Le chancelier de TAllemagne du Nord pourrait-il mieux faire ? Oui, s'il croyait à la vertu des traités..

Les capitulations du Saint-Empire, au xvn® siècle, nous fournissent les preuves du patriotisme germanique de l'Autriche. La capitulation faite par Tempereur Léopold à son élection, Francfort 1658, — la capitulation de l'empereur Joseph, élu roi des Romains, Âugsbourg, 1690, témoignent de l'intâ'êt qu'ils portaient à la Nation allemande. Dès le préambule de ces actes, identiques sur ce point, on* lit:

• Confessons publiquement par ces Présentes et » faisons savoir à tous et au chacun qu'il appartiens

» dra avons été élevés, promus et établis en la

» dignité, l'honneur, le nom et la puissance de Roi » des Romains, que Nous aurions de notre part » acceptée et dont nous serions chargés à la gloire de Dieu, à l'honneur de TEmpire et à Futilité « commune de la chrétienté et de la Nation aUe-^ » mande, Nous, de notre bon gré et favorable

» volonté^ avons par forme de Pacte et de Gonven- » tion faite avec lesdits Electeurs nos cousins et » oncles^ tant pour eux que pour tous les Princes » et Etats du Saint-Empire romain, stipulé^ accepté » et promis les articles suivants ; comme de notre » certaine science les stipulons, accordons et accep- » tons et promettons par ces présentes (1). »

S'agissait-il des biens et des propriétés de FEmpire^ Léopold et Joseph s'engageaient à faire restituer tout ce qui pourrait avoir été pris de force antérieurement à la paix de Westphalie, tout ce qui restait à restituer depuis sa signature et le recez de Nurem* berg. Il était promis d'assister chacun « sans dis* cernement de religion. » Enfin, les ^oQpereurs s'engaraient à se démettre des possessions que ledit instrument les obligeait à rendre, sans obstacle ni négligence, en fussent-ils détenteurs :

<c Et si nous-mêmes ou quelqu'un des nôtres 3) avions acquis quelque chose qui appartint au Saint- 3) Empire romain et que Nous ne le tinssions pas en » fief ou en vertu de quelque autre droit légitime,. » Nous le restituerons sans délai au même Empire » et suivant le serment que Nous en avons fait, et

(4) Extraits deVHUMre de f Empire â^AlUmagne^ par de Heiss,. ministre résident de l'Electeur Palatin à la cour de France. Beiss fat chargé de négociations dans le sud de rAllemagne> par Louis XIV. Sous le ministère de LouYois, il avait appartenu à notre armée à titre d'intendant. Ce travail est riche en documents diplomatiques et lui valut au xviii* siècle un succès justifié.

» ce aussitôt que Nous en serons reqilis par les JD Electeurs. »

Sur les principautés de rEnipire et contre les immixtions extra ou anti-allemandes, ParticleXII est formel*

<t Nous ne donnerons, y ést-il dît, presdrirons, en- «> gagerons, hypothéquerons ni n'aliénerons aucune » chose qui appartienne au Saint-Empîre romain, 1^ sans le scû et le consentement dé tous lesdîts ^ Electeurs; au contraire. Nous travaillerons et « ferons tous nos efforts pour recouvrer et Mrô »; revenir au plutôt à la |wopriété de TEmpire tout

♦ ce qui pourrait eti avodr été démembré j^r voie » indirecte, soit Priiicîpautés et Seigneuries ou « autres biens caducs, confisqués et non conâsqués,

* lesquels seraient tombés entre les mains des

• nations étrangères. Nous no travaillerons pa^ » avec moins de zèle à la réintégration, vérification ^ et matricule de tous les cercles de TBmpire. »

- Les rapports avec la France étaient l'objet de sti^ palations spéciales. Un article séparé les réglait sur le pied d^uhe réciprocité entière; Lès résultats delà Guerre de Trente ans et la part glorieuse remplie par elle pour la défense de& libertés gërmahiqiies^ n^était ni oubliée ni méconnue. L'extrait suivant le rapjtellera aux puMiôistiBS officieni qui croient sàùs prouve et dans un tut facile à côtnpreiidre à Tè^* nendhérédita^re^ Maî^ la Ptûgse n'etfstall pôtnl,et là dignité a*ârchî-chàiîibéllan stifiâsàît eûcofe âtlX fflohenzoUern.

« Nous ne ferons, sans le scû et le consentement » des Electeurs, Princes et Etats ou du nooins de tous

V les Electeurs, entrer aucunes troupes dans l'Em- » pire. Mais Nous observerons sans aucune contra- » vention tout ce qui a été ordonné et arrêté à » Osnabruck et à Munster,.. C'est pourquoi, pour » une plus grande confirmation et ratification de la » paix ci-dessus naentionnée, Nous n'assisterons en » aucune manière que ce soit, d'armes, d'argent, de » troupes ou de munitions, ni ne favoriserons » aucunement tes ennemis de la couronne de » France qui sont hors de l'Empire, présents ou » futurs, sous aucun prétexte ou raison que ce soit, » de différend ou de guerre contre ladite couronne ; D Nous n'accorderons non plus aucune secrète re- 9 traite, quartier ou passage à aucunes troupes qui » pourraient être conduites par quelqu'un contre 9 les intéressés et alliés compris dans la paix d'Os- 9 nabruck et de Munster ; ainsi que la couronne

V de France s'est pareillement obligée, dans la » susdite paix de WestphaUe, de l'observer à » notre ^rd et à l'égard du Saint-Empire romain » et de tous les Electeurs, Princes et Etats. »

Les conséquences des traités particuliers surve-^ nus entre des princes co-con tractants avec le Saint- Empire étaient prévues dans l'un des pactes diplon?atiq,ues recapnus par son chief conjme 4m?uaapt du droit public ûtlemand. On n'en trouvé aucune preuve nî plus formelle ni plus prudente qve fieUe

prévue au paragraphe LX de la paix de Westphalîe : SMl y a toutefois quelque chose, dans ces traités » particuliers, qui puisse troubler la paix de TEmy> pire ou exciter de nouveaux troubles en Italie (1) » après que la guerre présente qui se fait mainte- » nant en cette province aura été finie, cela sera » nul et sans effet; ladite cession néanmoins de- «^ meurant en sa force, ainsi que les autres condi- » tiens dont on est convenu, tant en faveur du duc I) de Savoye que du roi Très-Chrétien. »

Les maux qui résultent des guerres, les désordres de tous genres qui en sont le triste corollaire, les confiscations et empiétements de droits, les vols entre particuliers ou Etats qui signalèrent la Guerre de Trente ans, furent hardiment réparés à la paix. Des édits impériaux d'une nature spéciale furent promulgués, des commissaires délégués pour imposer Tobservation sans remise des choses transigées : « Tous et chacuns, ou Etats ou communautez ou » particuliers, soit ecclésiastiques ou sectaires qui, » en vertu de la présente transaction et de ses règles » générales ou de quelque disposition particulière » et expresse sont obligez de restituer, céder, don- » ner, faire ou accomplir quelque chose, seront

(4) Conôrmation du Traité de Querasque du 6 avril 1634, conclu entre les ducs de Savoie et de Mantoue au siget du Montferrat, et qu'avaient amené, par leur médiation» Ferdinand II et Louis XIII. (Traité de Munster pour les puissances catholiques.)

9 aussitôt après la publication des édits supérieurs

• et après la signification faite de ce qui doit être B restitué^ tenus de restituer, céder, donner, faire » et accomplir tout ce à quoi ils sont obligez , sans

# résistance^ opposition ou allégation de la défense » ou dause salutaire, générale ou spéciale insérée B ci-dessus en Tamnistie et sanè aucune aut/re » exception (1). »

La capitulation de 1690 stipulait à nouveau Tex- -olusion des intérêts du Cercle de Bourgogne ou Maires impériales de Flandre. EUe'Iarguait des constitutions générales et formulait un engagement spécial sur la part des co-Etats d'Empire pour les négociations diplomatiques :

ce Nous nous obligeons encore de ne conclure » aucune paix sans le consentement des Electeurs, » Princes et Etats de TEmpire et de faire revenir à » l'Empire les places dont les ennemis se sont » emparés, et de rétablir pour la consolation des » Etats et de leurs sujets ce qui a été changé dans » les affaires ecclésiastiques et politiques^ conformé- » ment aux lois anciennes fondamentales de TEm- » pire et aux traités de paix. »

Le chef de la Confédération s'engageait^ en outre, à respecter les droits des co-Etats ou des Princes, s'ils jugeaient nécessaire de prendre parti dans les

(4) Traité d'Osnabruck pour les puissances protestantes, eh. XVI, S 3.

guerres étrangères. La seule condition imposée était qu'elles ne fussent pas dirigées contre l'Empire ou contre un de ses membres :

a Nous ne permettrons à qui que ce soit de lever » des soldats dans le Saint-Empire que pour la » Patrie et pour ceux avec qui Elle est en alliance ») pour toujours : ni que personne se laisse engager » ou engage d'autres. Ceux qui violeront cette dé- » fense ou qui lèveront des troupefe pour ceux qu'ils » sauront avoir été déclarés ennemis de l'Empire » par la Diète, seront punis de mort si on les peut n trouver. Sinon seront punis en effigie si on ne » peut les prendre. Us seront dégradés de toute » noblesse et de tous honneurs. . . Us seront regardés » comme des infâmes et des gens sans honneur. »

Dans les Concordats dits Germaniques passés en* tre l'Eglise romaine et le Saint-Empire, les Souverains Pontifes appellent l'Allemagne « la célèbre Nation Germanique, f> ou encore « la Nation Germanique, » soit sous Nicolas V, dès 1448, soit sous Grégoire XIII, en 1576. Les déchirements de Luther n'avaient en rien diminué les liens d'affection qui liaient Rome à Spire, Worms ou Constance.

On connaît et on peut discuter aujourd'hui sans passion les causes des guerres religieuses qui signalèrent le règne de Charles-Quint. L'unité de la M voulue par le puissant empereur échoua devant les révoltes de l'électeur (Je Sa^ie^ Jean Frédéric, gui s'était proclamé le protecteur de Luther et du prince

de Hesse. Vainement tous les autres princes d'Allemagne prirent-ils les armes, ils ne l'auraient point emporté contre Charles-Quint si la France ne leur eût prêté secours. Ils s'allièrent avec Henri II, qui conduisit lui-même une armée considérable aux portes de Strasbourg (1). Placé entre l'intégrité du domaine germanique et le maintien de la foi romaine, l'Empereur ne balança pas : il délaissa la cause du Pape. Les princes allemands avaient abandonné Strasbourg au roi de France, et leur chef n'ignorait pas qu'ils lui avaient cédé Metz, Toul et Verdun, pour la sûreté de son retour et la restitution des frais de cet armement. Charles qui prétendait, depuis la bataille de Mublberg, mettre l'Allemagne sous sa domination, se désista de ses prétentions passagères. Il s'empr^sa de conclure avec les Princes le traité de Passau. Il empêcha ainsi la prise de possession de Strasbourg et la conquête, par l'Union protestante, d'une partie du patrimoine impérial. Aussi des historiens allemands, impartiaux contre la Maison d'Autriche et contre nous, déclarent^ils que l'Allemagne fut redevable au roi de France du respect de ses libertés. A la paix, Henri II conserva le titre de Protecteur du Saint^Empire (Jue lui avaient décerné les Princes.

(<} L'armée française était de 60 mille hommes. L'Empereur gagna les Princes assez à temps pour empêcher Henri II d'entrer à Strasbourg, malgré leur engagement de ne conclure avec lui ni paix ni trêve.

Philippe II d'Espagne n'eût point agi comme son illustre père et, placé entre sa foi et ses intérêts, il eût délaissé le soin de sa couronne. Mais Charles- Ouint comprit avec son clairvoyant génie, que la voie de la Maison d'Autriche n'était pas dans le démembrement de l'Empire. Il se plut à retarder contre lui les effets de la politique française, qui cherchait à reprendre ses frontières naturelles, loi éternelle de l'histoire.

Troublé un instant par Tardeur de son génie, le rival de François P*" était vite rentré dans la ligne que sa Maison ne devait plus quitter : les intérêts de PEmpire. De là dans Pordre religieux la reconnaissance de la nouvelle foi :

« Sa Majesté Impériale, ni Nous, ni les Electeurs, » Princes et Etats du Saint-Empire, ne souffrirons » point que l'on violente aucuns des Etats de la » Confession d'Augsbourg, par voie de fait ou autre- » ment à cause de la religion, contre sa conscience » et volonté, ou que l'on insulte et attaque personne » pour ce regard par la force et la voie des armes, » et qu'on lui fasse aucun tort, injure ou mépris » par ordre ou autrement ; mais on le laissera vivre » librement et paisiblement en sa foi et en sa reli- » gion. »

Les recez et déclarations ultérieures des chefs de l'Empire confirmèrent les doctrines de Passau aux Diètes d'Augsbourg. Le procès confessionnel était gagné.

La question des finances allemandes était traitée par les Capitulations au point de vue public. La chancellerie électorale de Mayence était chargée de la recenser et d'en poursuivre la rentrée sur un état fourni par Sa Majesté Apostolique. Nul des possesseurs ne pouvait s'y soustraire « contre droit et justice. » La vérification appartenait au collège des sept Electeurs, pour lesquels devait fonctionner la Chambre des finances.

La question des revenus ainsi élucidée, les Capitulations prenaient un engagement grave sur la territorialité et Pindépendance des Etats :

« Si quelques fiefs considérables/ tels que sont les ^ principautés, comtés, villes et autres semblables, » viennent à vaquer et écheoir immédiatement à » Nous et à PEmpire pendant notre régence, par » mort ou forfaiture. Nous ne les donnerons point à -» Tavenir, moins encore les ferons-nous espérer à » personne sans le scû des sept Electeurs , mais les » incorporerons et conserverons pour notre entre- » tien et pour celui du Saint-Empire romain et de ^ nos successeurs empereurs et rois. »

La paix de Westphalie était estimée, en 1690, comme ayant été trop avantageuse à la couronne (

de France. Qu'en pensent les historiens de l'Allemagne du Nord ?

Ont-ils seulement lu les textes des Chartes du Saint-Empire ? Ils donnent le droit de penser le contraire par les thèses qu'ils soutiennent, à moins

qu'ils ne préfèrent être taxés de mauvaise foi. Partout il y est question des Diètes de la Nation allemande, des intérêts des Etats, des affaires de l'Empire, de l'exclusion des puissances étrangères, du respect de la noblesse immédiate, des conseillers d'Etat, de la Chambre des finances pour les impôts, des Charges de secrétaires et de Protocdlistes pour la chancellerie, des plaintes des Assemblées impériales et de la juridiction autonome des Cours et chambres des principautés.

Les grandes charges n'appartenaient point aux princes de la Maison d'Autriche. Elles étaient, au contraire, portées par des titulaires pris hors de son sein, et pour qu'elles pussent échapper à son action comme à son influence, elles étaient héréditaires. Le collège des Electeurs se les était appropriées ; elles avaient pour garantie la Bulle d^Or, c'est-àdire l'instrument fondamental des libertés et de l'indépendance germaniques.

L'archevêque de Mayence était archi-chancelier p&ur TAllemagne, et l'archevêque de Trêves pour les Gaules ; cette dénomination affirmait la souveraineté impériale sur le duché de Bourgogne démembré par trois puissances : la France, la Suisse et TAutriche, à diverses époques. L'archevêque de Cologne s'intitulait archi-chancelier pour l'Italie,, champ de bataille obligé de l'Allemagne et de la France, mi-partie guelphe, mi-partie gibeline. Leduc de Saxe remplissait les fonctions d'archi-maré-

€hal^ le comte Palatin d'archî -trésorier malgré ses trahisons, le duc de Bavière d'archi-échanson, et le marquis de Brandebourg, de moindre naissance, s'intitulait archi-chambellan .

Il est vrai que la Prusse n'absorbait alors ni la nation ni la patrie allemandes ! (1)

Les Capitulations en de nombreux articles s'occupaient de législation ; le Conseil aulique et la Chambre impériale y tenaient une large place. Le Collège des Electeurs, conseil politique suprême, avait entendu mettre la main aux lois de l'Empire et obtenu des chefs de la Confédération allemande l'engagement suivant :

« Promettons ne donner ni faire expédier aucuns » rescrits, mandemens ou commissions contre cette » capitulation ni contre la Bulle d'Or, ou contre les » ordonnances de l'Empire en quelque manière » qu'elles puissent être changées ou augmentées, ni » contre la paix publique, tant concernant la reli-

(4) En revanche, elle s'allouait des profits pieux dans les ti^octotton^ . ecclésiMtiques ! On Ut dans le Traité d'Osnabruck (ch. XIV), ce passage instructif : a Touchant la somme de 12 » mille richsdalers, qui doit être payée tous les ans au mar- • ^uis Christian Guillaume de Brandebourg... n a été, en outre, » accordé qu'après le décès du susdit marquis, il sera, pour « raison et à l'occasion des aliments qui n'auront pas été four- » nis, libre et permis à ses héritiers et successeurs de retenir, » cinq ans durant, lesdits Clottre et Balliages, sans ôt^e obli- » gés d'en rendre compte. » La ruche romaine defvait bien indemniser le chef de la Con£8Ssion d'Ausbourg de ëes excommunications

7> gion que les affaires séculières, moins encore » contre la manutention de ladite paix ou contre le » règlement de la Chambre impériale et des ordon- » nances faites en exécution l'an 1555, non plus » que contre lé traité de paix de Munster et d'Osna- 7> bruck, contre le recez d'exécution de ladite paix » conclue à Nuremberg Tan 1 650, ni enfin contre ^ aucunes autres lois et statuts présentement faits » ou qui pourront l'être dorénavant par Nous du » conseil des Electeurs, Princes et Etats. »

Pour la rupture de la paix, il existait, on l'a oublié à Berlin, une juridiction spéciale. Outre le Conseil privé et le Conseil atilique, l'Empire avait un Conseil de guerre. Ces trois assemblées devaient se composer de nationaux, gage de sécurité pour les délibérations et d'indépendance pour l'honneur allemand :

« Lesquelles personnes seront non-seulement de » nation allemande, nées et nourries dans l'Empire » et non autre part et y seront établies et auront des » biens selon leur condition; mais même seront » versées dans les Constitutions impériales et seront » de bonne renommée et extraction, sans être oblî- » gées à autres qu'à Nous, c'est-à-dire sans avoir )) dépendance par quelque serment spécial de ser- » vice d'aucun Electeur, Prince et Etat de TEmpire » ou d'aucune puissance étrangère. »

Nul ne pouvait appartenir, dans le but d'une administration prompte et d'une justice légale, au^

conseil d'Etat pour y présider, s'il n'était prince, comte ou seigneur allemand ; s'il n'était possessionné en Gernqianie et s'il n'y avait élu domicile. Cette obligation est répétée jusqu'à trois reprises avec une intention accentuée. Il y avait donc des garanties et un pacte synallagmatique. La religion n'était pas oubliée. L'édit de Nantes avait porté ses fruits par la transaction de Passau, insérée quant à son esprit et à ses dispositions dans les Capitulations.

La Maison d'Autriche avait déclaré dans la Bulle d'Or (1356) que l'Empire seul profiterait de toute principauté vacante ; les vicissitudes des élections avaient amené l'Espagne à ceindre la couronne impériale et à rompre l'équilibre européen. Les historiens allemands se sont-ils toujours demandé si les empereurs n'avaient pas songé à tirer profit pour le Saint-Empire de l'immensité de leurs possessions ? 11 serait temps d'y penser, et ce serait là un sujet d'étude digne de tenter M. de Ranke lui-même. Il y verrait deux choses : c'est que la Nation allemande avait existé avant la Mission allemande de la Prusse, et que l'Autriche avait grandi l'Allemagne par sa propre gloire.

L'histoire de la Rivalité de François P"" et de Charles-Quint, par M. Mignet, apprendrait aux publicistes des bords de la Sprée, s'ils daignaient la lire, l'habileté de Charles-Quint à composer la célèbre coalition de 1522 contre François I®'^, Taccumulation des griefs politiques et militaires de TEmpe-

reur-Roi, le règlement de l'Etat de TAUemagne où un conseil de régence avait été étiabli par lui pour conduire, pendant son absence, les affaires de TEmpire; Porganîsation de la défense des Pays-Bas, la pacification de l'Espagne, enfin son alliance avec Henri VIII. Les deux alliés convinrent ai' attaquer en commun François /•«• dans son royaume même. Charles-Quint revendiqua la Bourgogne ; Henri VIII la province ouest de Normandie et de Goyenne. Une armée de quarante mille hommes servit de corollaire à ce redoutable traité.

Où voit-on, en cela, que les intérêts de TAllemagne fussent délaissés ou peu sauvegardés ?

L'ascendant du Saint-Empire, au lendemain du traité d'Utrecht, était tel en Europe que l^Angleterre elle-même en était impressionnée. Notre ambassadeur extraordinaire à Londres écrivait au régent : « On ne saurait croire à quel point l'Empereur est ici redouté. Son étoile ou pour mieux dire sa comète, car c'est une étoile effrayante, a une terrible influence sur cette cour. » La victoire de Peterwardin changeait Vair de V Allemagne, et l'épée du prince Eugène lui assurait xme prépondérance incontestée dans les affaires européennes. L'histoire l'atteste, les papiers diplomatiques les plus secrets le confirment (1).

(1) Un diplomate au xviii« siècle, Dubois, Revue des Deux- Mondes f O' août 1872, par Charles Aubertin.

Mais Fesprit d'impartialité et la sûreté des vues ne sont pas les marques distinctives des hommes d'Etat prussiens.

Puisque Ton aime à Berlin les souvenirs amers, nous rappellerons, en terminant cet examen, les conditions dans lesquelles se fit Pélection à PEmpire, en 1519. On y voit, pour la Prusse, combien s'est égarée la générosité des rois de France, toujours prêts à la seconder de leurs armes et de leur or : Je verix, s'écriait François I*"", qu'on sovUe de tou^ tes choses le marquis Joachim^ électeur de Brandebourg. . .

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