‹ Le royaume de PrusseChapitre 17 sur 49 · RIVALITÉ DE LA MAISON DE WITTELBASCH ET DE LA MAISON DE HABSBOURG · texte numérisé non relu

RIVALITÉ DE LA MAISON DE WITTELBASCH ET DE LA MAISON DE HABSBOURG

SOMMAIRE. — La Maison de Wittelbasch. — Son origine, ses branches. — Rôle de Frédéric V et de Charles VII de Bavière. — Louis III le Bavarois, empereur d'Allemagne au xiii^ siècle. — Avènement définitif de la maison de Habsbourg, en 4 437. — Période Palatine de la Guerre de Trente ans. — Négociations de Westphalie. — Réintégration de Frédéric. — La Bavière au Congrès d'Utrecht. — Charles VI et la Bavière. — Pragmatique Sanction Caroline. — L'électeur Charles-Albert prétend à TEmpire. II est élu Empereur sous le nom de Charles VII. — Phases de son règne, sa mort. — Election de Marie-Thérèse. — Succession de Bavière. Paix de Teschen. — Œuvre des Wittelbasch.

L'étude des Capitulations impériales nous a montré les Libertés germaniques reconnues à Tavènement du monde moderne par les empereurs d'Allemagne. Si les formes du droit féodal ont survécu dans l'organisation de ce grand corps, une vie nouvelle Ta cependant pénétré et vivifié. La liberté religieuse y a activé l'exercice de la liberté politique. La Constitution s'y est transformée, développée dans le sens de l'intérêt général superposé aux intérêts particuliers toujours étroits, remuants et courts de

vue. Les Diètes ont des droits, elles sauront les faire valoir. Est-ce à dire qu'il n'y aura plus de contestations au milieu de ces intérêts multiples et parfois contraires? Non, certes. Mais la Bulle d'Or a désormais un commentaire : les Capitulations. La couronne impériale ne pourra plus se permettre des volontés indiscutables et Téquité constitutionnelle se fera sentir par des défenseurs résolus. Aux remontrances succéderont, à partir du xv® siècle, les revendications, les prérogatives salutaires, Tunion des princes, la confédération des petits Etats, jusqu'au jour où ils acquerront, au xvn® siècle, des droits définis par la manifestation de l'équilibre européen. Parmi les maisons princières, il en est une qui s'est distinguée entre toutes, quoique se subdivisant, par son hostilité contre les chefs de l'Empire. Ce sont ses luttes qu'il est utile de retracer.

La famille des Wittelbasch, célèbre parmi les lignées souveraines de l'Allemagne, tire son nom d'un ancien château de Bavière, près d'Augsbourg, bâti vers 1100 par Othon IV. Cette maison princière, depuis le xvi® siècle, 1623, a régné sur la Bavière ducale et le Palatinat et porte encore aujourd'hui la couronne royale. Luitpold, duc non héréditaire de Bavière, est la tige des futurs et dangereux rivaux des Habsbourg, chefs attitrés du Saint-Empire depuis Rodolphe surnommé Lex animata. Arnoul le Mauvais, fils de Luitpold, fut duc jusqu'à sa mort

survenue en 937. Le duché sortit après lui de sa maison^ qui ne posséda plus que le comté palatin de Bavière. Ce fut en 1280 que Frédéric Barberousse investit héréditairement du duché Othon V de Wittelbasch, connu sous le nom d'Othon I". Le Palatinat, qui tire son origine dos comtés palatins qu'établissaient les empereurs dans chaque duché pour y représenter leur autorité, échut à Louis de Bavière après la révolte d'Henri de Brunswick, en 1215, contre Frédéric IL La Bavière et le Palatinat restèrent unis sous une même main jusqu'en 1294. La maison ducale forma alors deux branches : la branche Rodolphine, issue de Rodolphe de Bavière, qui obtint le Palatinat du Rhin, et la branche Ludovicienne, issue de Louis, qui conserva la Bavière ; en 1621, elle gagna le Haut-Palatinat, par suite d'événements que nous aurons à rappeler. Avant leur division, les Wittelbasch fournirent trois électeurs palatins, et après le partage ils en comptèrent six. Le titre électoral passa, en 1559, à la branche cadette, qui réunit les possessions de lancienne, moins le Haut-Palatinat. Subdivisée elle-même, cette ligne vit les Simmern revêtus de la dignité électorale, d'où six titulaires nouveaux.

Frédéric V, gendre de Jacques I«' d'Angleterre, fut 1q compétiteur célèbre de Ferdinand II au royaume de Bohême et Pun des auteurs de la Guerre de Trente ans. Ennemis nés de la Maison d'Autriche, les Wittelbasch renouvelèrent, au xvin* siècle, la querelle qui

avait ensanglanté l'Europe au xvn®. Après la mort de Charles VI, Habsbourg, 1740, Charles-Albert, électeur de Bavière, marié en 1722 à une fille de . Joseph l*', refusa de reconnaître Marie-Thérèse, fille de Tempereur défunt, pour héritière des Etats d'Autriche. Il soutint avoir droit à la couronne en vertu d'un testament de Ferdinand P'; secouru par la France, il fut couronné duc d'Autriche à Lintz, roi de Bohême à Prague et empereur à Francfort en 1742. Ce sont ces deux faits qui nous appartiennent par leur origine comme par leurs conséquences. On verra le rôle des Brandebourg et de la Prusse dans ces événements, la supériorité de vues des Wittelbach sur les Hohenzollern, et comment on entendait mieux à Heidelberg et à Munich la mission de la Patrie allemande qu'à Berlin.

Les prétentions à un rôle important remontent à des temps reculés chez les princes de Bavière. Un des leurs avait ceint la couronne impériale en 131 3^ Louis III dit le Bavarois. A l'imitation des Habsbourg, il avait augmenté ses Etats héréditaires. Il possédait à sa mort, 1 347, outre la Bavière, le Brandebourg, la Hollande, la Zélande, le Tyrol et d'autrea provinces (1). Elu après des divisions graves, il avait

(4) « Son dliché était autrefois un royaume qui s'étendait jusqu'aux frontières de Hoiigrie et à la mer Adriatique et jusqu'aux montagnes de Franconie. » Douze comtés, ajoute Heiss, suffisaient autrefois pour former un duché, selon les Statuts de Franconie. (T. V, liv. VI, ch. 9, de son Histoire, sur la Maison de BaTière.)

régné en prince ami de la paix publique et des intérêts généraux de TEmpire. Il habitait surtout son duché originaire et ne le quittait que pour suivre les délibérations des Diètes. Son nom est resté honoré dans Thistoire. Les discussions qui avaient marqué son élection et la chute de son compétiteur Frédéric III d'Autriche, fait prisonnier à la bataille que se livrèrent les deux empereurs Muldorf, ces discussions reparurent à sa mort. Par Pintrigue du Pape, disent les historiens allemands, Charles de Luxembourg avait été élu roi des- Romains : la mort de Louis lui livra l'Empire. Ses rivaux eurent vite disparu, et couronné à Rome en 1355 il conserva la couronne obtenue par Tor et Tintrigue. Le principe de l'élection fut cependant maintenu jusqu'en 1347, époque où Albert II, duc d'Autriche, dit le Magnanime, recommença la série désormais non interrompue des empereurs de la Maison de Habsbourg.

ce Comme Albert avait hérité des roïaumes de » Hongrie et de Bohême, en qualité de gendre de » l'empereur Sigismond, on peut dire que ce fut » dès ce temps-là, particulièrement, que la Maison )) d'Autriche commença à monter à l'élévation où » elle est ; et qu'Albert a été la baze de la grandeur » de cette Maîsoij (1). »

Les différences de communion et les ligues des princes du nord-allemand, fréquentes depuis Char-

(4) Histoire de VEmpire, par Heiss, t. II, liv. III, ch. I, p. 34 7.

les-Quint, favorisèrent les troubles dans la vie politique du corps germanique. Henri IV voulant abaisser rinfluence de Madrid et la Maison d'Autriche exhorta les princes à resserrer leur union, en 1608 ; Télecteur palatin fut désigné comnae chef. La succession de Juliers, que se partagèrent à l'amiable l'électeur de Brandebourg et le prince palatin de Neubourg, augmenta l'importance de cette association. Vainement Pempereur prétendit-il, en sa qualité de seigneur direct, séquestrer la succession contestée jusqu'à Texamen des titres des prétendants. Vainement en appela-t-il aux armes. Les princes protestants se réunirent à Halle en 1610, y renouvelèrent l'Union et votèrent des secours aux alliés. Les Provinces- Unies entrèrent dans la confédération, les hostilités commencèrent. L'Empire répondit par la ligue des princes catholiques,' dont le duc de Bavière, Maximilien, fut déclaré le chef. La mort d'Henri IV, suivie du rappel des troupes françaises, amena une réconciliation passagère par les traités de Wilstett et de Munich. La paix allait être acquise, lorsqu'éclatèrent les troubles de Bohême.

Les Lettres de Majesté de l'empereur Rodolphe II furent la cause de la Guerre de Trente ans. Depuis i60è , les luthériens avaient obtenu « le libre » exercice de leur VQWgion^ partout et sans aucune

» distinction de lieux, avec le droit de faire eons- » truîre des temples où ils le jugeraient à propos, » sans que personne pût y trouver à redire. » Observateurs de leur foi, ils décidèrent la construction de temples dans les territoires ecclésiastiques de Prague et de Braunau. Les prélats s'y étant opposés par la force , les intéressés convoquèrent les Etats de Bohême de leur communion et les réunirent à Prague, malgré TEmpereur. Une violence faite sur la personne de membres du conseil impérial porta ses auteurs à un soulèvement général. Des directeurs nommés par eux s'emparèrent du gouvernement du royaume. Une armée fut levée, les princes protestants appelés aux armes, des secours demandés en Silésie, en Moravie, en Lusace. La Guerre de Trente ans était ouverte ; commencée en Bohême, elle gagna le Palatinat pour ensanglanter l'Europe de 1618 à 1648.

Le premier acte des Etats de Bohême fut de déposer l'empereur Ferdinand II comme souverain du royaume et d'élire Frédéric V dont on espérait des secours contre T Autriche. Gendre du roi d'Angleterre, neveu de Maurice d'Orange, le nouveau roi promettait par ses alliances des secours considérables. Elu le 5 septembre 1619, couronné le 4 novembre, il fut aussitôt délaissé par les siens, parce Hju'il avait été choisi par les intéressés. Enfin la défection de la Hongrie mit à néant les succès que lui avaient valu l'adhésion de la Bohême, de la Silésie, de la

Moravie, de la Lusace et de la Haute-Autriche. La ligue des princes catholiques, relevée par Vélecteur de Bavière et le talent de Tilly, anéantirent les espérances comme Tavenir des évangéliques. Le Palatin mis au ban de FEmpire fut dépossédé (1); ses partisans frappés comme lui ; la confiscation répondit à la liberté de conscience violée au mépris des capitulations impériales. La dignité électorale palatine fut transférée au duc de Bavière pour récompenser son active intervention en 1623. La défaite finale d'août permit de croire la guerre terminée et PAllemagne pacifiée par des ruines et du sang. Ferdinand enhardi ne reconnut plus de loi que sa volonté ; les biens ecclésiastiques dont la Réforme avait disposé du consentement des empereurs, et que des concessions réciproques avaient garantis aux deux parties, furent distribués par de nouvelles sentences du Conseil aulique.

L'exaltation qui s'ensuivit pour la Maison d'Autriche attira les regards des puissances étrangères et leur fit démêler, dans une question religieuse, une question de domination germanique. Le Danemarck, la Suède, la France ne balancèrent plus à se mettre

(1 ) La Bulle d'Or se tait sur cette matière, l'une des plus importantes du Droit germanique. Les Princes ne purent le faire définir par les plénipotentiaires de Westphalie, malgré leurs réclamations. Charles VI accepta, par l'article 20 de sa Capitulation, que l'Empereur ne pourrait le prononcer sans le sçu et consentement des Electeurs, Princes et Etats de ^Empire pour la conclusion finale.

à la tête du parti anti-impérial. Après vingt-cinq ans de luttes, l'Europe assista au Congrès de Westphalie, prix chèrement acheté de vérités désormais inéluctables : V indépendance des Etats et l'équilibre.

Les tentatives de négociations avaient duré de 1636 àl643, le Congrès lui-même employa quatre années à rédiger son œuvre. La nature, le nombre et la complication des intérêts en présence expliquent sa lenteur. Hughes de Lionne a donné d'un mot le secret de la combinaison de l'intérêt général avec les droits des intérêts particuliers : « Votre Sainteté, disait-il au pape Urbain VIII, principal médiateur, n'ignore point la loi suprême des princes qui les oblige d'empêcher les forts de dévorer les faibles. » L'évêque Chigi pour le Souverain-Pontife, le chevalier Gontarini pour la république de Venise, gagnèrent l'un les faveurs des princes cathoHques, l'autre celle des protestants, car Gontarini négociait dans l'intérêt des deux. Nous n'avons à retracer ici ni l'ordre chronologique des négociations, ni la division des objets, ni les griefs de religion, ni les satisfactions des couronnes, ni enfin les puissances comprises dans les traités. Le caractère général de cette paix nous importe seul, et dans le règlement des affaires si variées de l'Empire, l'amnistie générale et la situation faite à l'électeur palatin, l'ex premier combattant de la Guerre de Trente ans.

Une amnistie générale fut édictée dans les înslru-

ments de Munster et d'Osnabruck, « non limitée, » concernant « tous et chacun les électeurs du Saint- » Empire romain... ou des alliances contractées ça » et là il a été fait de Tune ou de l'autre part quel- » que préjudice et dommage... soient pleinement » rétablis de part et d'autre en même état pour le » spirituel etpour lelemporel qu'ils en jouissaient ou » pouvaient jouir de droit » avant toute éviction. Les modifications du fait de la guerre étaient annulées, qu'elles portassent sur le domaine direct ou sur le domaine utile, soit pour des biens séculiers, soit pour des biens ecclésiastiques. Les droits en litige par des procès pendants devant la cour impériale, en la chambre impériale ou dans les autres tribunaux, ne pouvaient empêcher la restitution. <i Cette réserve, ajoutait l'article III du traité d'Os- ^ nabruck, ne portera non plus aucun préjudice à » ladite amnistie universelle et illimitée, ni ne » s'étendra aux proscriptions, confiscations et autres » semblables aliénations, et moins encore dérogera- » t-elle aux articles qui seront autrement convenus y> et particulièrementàl'accommodementdes griefs.» Ainsi interprétée, comment fut appliquée l'amnistie à la cause de la Maison palatine ?

La Maison de Bavière conserva la dignité électorale que lui avait déférée l'Empereur pour le récompenser de son zèle contre l'Union, et ce « avec tous droits régaliens, offices, préséances, ornements et droits quelconques appartenant à cette dignité, sans

en excepter aucun. » Elle gagna le Haut-Palatinat et le comté de Cham avec leurs appartenances. Maximilien fut non-seulement duc de Bavière, mais comte palatin du Rhin, et la branche Guilelmine devint une subdivision de la branche Ludovicienne tellement favorisée qu'elle la prima (1). Les descendants de Guillaume V eurent le pas sur ceux de son frère Ferdinand, qui issus d'un mariage inégal, portèrent le litre de Wartenberg. En retour, l'électeur de Bavière renonça à une dette impériale de treize millions et « à toute prétention sur la Haute-Autriche. » Tous actes contraires furent cassés et annulés (2).

La Maison palatine, privée de son électorat, obtint de l'influence de la France et des protestants, et « par le motif de la tranquilHté publique, » qu'il fût établi un huitième électorat. Charles-Louis, reconnu comte palatin du Rhin avec ses héritiers » descendants de la ligue Rodolphine, » eut une part de droits égale à celle de l'électeur de Bavière et de « la branche Guilelmine. » Le Bas-Palatinat, avec tous les biens ecclésiastiques et séculiers dont les Electeurs et Princes palatins avaient joui avant les

(4) L'électeur Maximilien-Emmanuel prptesta contre cette hostilité dans le manifeste qu'il lança en 4 701. a Cette dignité (électorale) qui appartenait à la Maison de Bavière, devait être possédée alternativement par les chefs des deux branches qui qui la composaient alors. » (Concordat de Pavie.)

(2) Traité d'Osnabruck, art. iv, J 4 et 8.

troubles de Bohême, lui furent entièrement rendus. Les décisions opposées furent cassées et la restitution dite « d'autorité impériale. » La disparition de la ligne Guilelmine masculine devait ramener à la ligfie Palatine la province du Haut-Palatinat, la dignité électorale des ducs de Bavière. Les fiefs ouverts du pays de Juliers firent retour aux comtes palatins. Charles-Louis fut déchargé de tout apanage à ses frères et sœurs qu'indemnisa TEmpereur. Ses ministres et employés furent déchargés de responsabiUté par le fait de Tamnistie générale. Mais les comtes de Leiningen et de Daxbourg furent maintenus, nonobstant toutes réclamations, dans leurs droits impériaux, eux et la noblesse libre d'Empire qui habitent la Franconie, la Souabe et le long du Rhin (1).

Partagés en deux lignes, les Wittelbasch avaient tenu une conduite politique contraire, mais tous avaient entendu porter la main sur l'omnipotence et l'autorité de l'Empereur. Ils avaient réussi, les Ludoviciens en diminuant sa prépotence par la création d'un huitième électorat d'où ressortiraient 4e nouveaux intérêts, les Rodolphiens en contraignant la reconnaissance de la liberté de conscience ^t de la liberté des cultes. La nation allemande, quoique ruinée par des guerres que l'ambition de Ferdinand II eût pu arrêter, sortit de la paix de

{4) Traité d'Osnabruok, art. iv, du § 8 au § U.

Westphalie avec de nouvelles lois constitution-nelles. La puissance des Etats d'Empire contint désormais celle de rAutriche. Par ce traité^ la Maison des Habsbourg perdit en Europe la prépondérance politique dont le génie de Charles-Quint avait été l'organisateur. L'Allemagne y gagna la liberté constitutionnelle et la liberté religieuse. Nous allons en voir les effets au xvni*' siècle, par l'influence croissante de la Maison des Wittelbasch.

Le différend sur la Succession d'Espagne, si favorable dès 1700 aux droits de Philippe V, avait amené Louis XIV à contracter des alliances favorables à son petit-fils. Plusieurs princes du Saint-Empire, imprégnés des principes de 1648, s'étaient déclarés pour la France. Le plus puissant d'entre eux, l'électeur de Bavière, conclut, le 9 mars 1701, un traité signé à Versailles. L'article 2 déclarait qu'il avait pour objet de maintenir l'état de choses résultant de la paix de Westphalie, de Nimègue et de Ryswich. L^Electeur s'engageait à proclamer ennemis de la paix publique les adversaires de Philippe V. Dans le cas de guerre, il se prononçait d'avance pour le roi d'Espagne, refusait le passage de ses Etats aux impériaux et participerait à la guerre. Louis XIV lui garantit la possession intégrale de ses Etats et promit de ne déposer les armes que l'Electeur ne fiiit rétabli dans le statu quo ante bellum. Celui-ci commandait dans les Pays-Bas espagnols et laissa entrer les troupes françaises dans toutes les places^

sous la dénomination de troupes auxiliaires. La Guerre de la Succession était ouverte. On en connaît les péripéties. Le Congrès d'Utrecht la termina après treize années de luttes glorieuses et de négociations répétées. Ce fut au Congrès de Bade, ouvert le 10 juin 1714, que l'électeur de Bavière fut déclaré rétabli dans ses Etats, rangs, prérogatives, dignités, droits dont il avait joui avant la guerre. Il fut tenu de renouveler l'investiture de l'électoral, de ses principautés, fiefs et titres (1). L'Empereur oublia, en l'abaissant, qu'il humiliait une maison princière redoutable et où s'étaient illustrés des hommes de génie dans le gouvernement et l'art de la guerre. Il appelait ainsi les revanches de la fortune et rabaissait les suites de la paix de Westphalie devant une Europe qui croyait à une impossibilité : la prépondérance de la France ! Le moment allait bientôt venir où l'Autriche déplorerait sa dureté pour la Bavière.

Les rapports de Charles VI avec l'Electeur régnant furent courtois, de 1726 à 1740. Un traité conclu à Vienne, le l**" septembre 1 726, avait reconnu valide

(4) Articles xv, xvi, xvii, xviii. A Tart. xv : o Ils seront tenus de demander et de recevoir le renouvellement des investitures, » dispositions communes à TArchevôque de Cologne et à l'ElecteuT de Bavière.

Texpectative concédée par Ferdinand III sur le duché de la Mirandole et le marquisat de Concorde. La bonne harmonie régnait de nouveau entre les deux cabinets et dura jusqu'à la mort de Charles VI. Cette mort appela sur TAllemagne et l'Europe des troubles qui devaient la mettre en guerre pour quarante années. Survenue le 20 octobre 1740, elle laissa la Maison d'Autriche sans rejeton mâle. Une sanction édictée en 1703 avait statué que si Joseph P*" décédait sans descendance masculine, ses filles lui succéderaient par préférence à celles de Charles. Empereur, Charles VI avait passé les vingt-sept ans de son règne à faire valider, par des traités particuliers, la cassation de cet accord. Il avait voulu assurer ses Etats héréditaires à l'archiduchesse Marie-Thérèse sa fille, et avait publié en 1713 un règlement connu sous le nom de Pragmatique sanction Caroline. Il écartait les filles de son frère, réglait l'ordre de succession entre les siennes par primogéniture, et accordait à l'aînée l'intégralité de ses Etats. Il oubliait que l'acte par lequel il cassait la sanction de Joseph P" invalidait le sien et l'exposait à une nouvelle annulation. Pour prévenir les suites de la nouvelle dévolution, il fit approuver son acte par les Etats provinciaux des pays héréditaires d'Autriche, par les filles de son frère et par leurs époux les électeurs de Saxe et de Bavière. Les puissances de l'Europe adhérèrent à des arrangements intérieurs basés sur les doubles renonciations des lignes inté-

ressées De 1725 à 1738, TEspagne, la Russie, la Suède, le Danemark, la Bavière, Téleclorat de Cologne, la Prusse, la Grande-Bretagne, les Provinces- Unies, l'Empire germanique, par avis du 1 1 janvier 1732, et la France, avaient accédé à la Pragmatique sanction. Son décès et l'épuisement des pays soumis à sa couronne encouragèrent l'ambition. Des prétendants se déclarèrent habiles à l'Empire et parmi eux le plus redoutable, Charles- Albert, électeur de Bavière. Les vieux différends allaient se débattre en Bohême, souvenir du xvn« siècle (1)!

L'électeur de Saxe, roi de Pologne, marié à la fille aînée de Joseph, invoqua les droits de son épouse basés sur l'acte de succession de 1703, où il était dit : « Et quae eas ubivis semper prsecedunt, primogeniti nostri fœminis juxta primogeniturae ordinem quandocumque competere poterit. » Le roi de Pologne invoqua les droits de la Maison de Misnie usurpés par Ottocar et Rodolphe dé Habsbourg sur l'Autriche et la Styrie. Le roi d'Espagne, attestant la convention signée par Pbihppe III et Ferdinand, ar- <îhiduc de Grœtz, rappela que le premier avait cédé à son parent ses droits sur la Hongrie et la Bohême. Le roi de Sardaigne, jaloux d'augmenter l'importance de sa jeune couronne, fit revivre ses prétentions sur la Lombardie. Le roi de Prusse, déchirant

(1) On trouvera, dans Touvrage du comte de Garden, un exposé exact et lumineux de cette question.

le pacte de Westphalie qui avait dépouillé Jean- George de Brandebourg de ses principautés de Silésie, se plaça parmi les prétendants à la succession d*Autriche. Le roi de France ne perdit pas l'occasion qui s'offrait d'elle-même d'abaisser son ancienne rivale. L'héritage de Charles VI fut livré au partage par les cours de ces souverains.

Les divers prétendants furent d'accord pour offrir à l'électeur de Bavière la couronne impériale, amoindrie, mais appuyée encore sur une partie des domaines héréditaires. Des recherches diplomatiques récentes (1) ont constaté, d'après la correspondance de Charles-Albert, l'existence de traités passés en 1714, 1727, 1733 et 1738 avec le cabinet de Versailles, sur des subsides à verser par ce dernier. Le cas où la descendance masculine des Habsbourg s'éteindrait était spécialement prévu. Le traité de Nymphenbourg a été désavoué, mais ses stipulations en argent et en aides militaires ayant été observées, on doit estimer comme inutile le désaveu de la France. Le maréchal de Belle-Ile, homme de guerre^ qui marqua du génie par sa retraite de Prague, fut en diplomatie un ministre de premier ordre. L'histoire a signalé en lui l'âme des négociations et Tinspirateur de la coalition organisée contre Marie- Thérèse.

Les Etats héréditaires d'Autriche furent attribués

(4) Hist. des Traités de Paix^ Garden, t. m, ch. 40^.

ainsi : à Télecteur de Bavière, la Bohême, la Haute- Autriche, le Tyrol et le Brisgau ; à l'électeur de Saxe, la Moravie et la Haute-Silésie avec le titre de roi ; au roi de Prusse, la Basse-Silésie ; à TEspagne, la Lombardie autrichienne. La fille de Charles VI conservait la Hongrie, la Basse-Autriche, la Styrie, la Carinthie, la Carniole, les Pays-Bas.

Charles-Albert entra en canapagne dans les premiers jours de septembre 1741. A la tête d'une armée franco-bavaroise, il s'empara de la Haute- Autriche, et plus pressé de se manifester souverain par les attributs extérieurs de la puissance que vainqueur irrésistible, il délaissa Vienne, siège obligé de l'Empire, entra en Bohême, et, secondé par une

armée saxonne, s'empara de Prague le 26 novembre, puis se fit couronner roi de Bohême. Une deuxième armée française de quarante-quatre mille hommes combattit les alliés, de la reine de Hongrie qu'appuyait l'enthousiasme des magnats. Le roi de Prusse conquit la Silésie après l'affaire de Molwitz, et les généraux de Marie-Thérèse la Bavière. Le 24 janvier 1742, l'Electeur fut proclamé Empereur à Francfort par l'unanimité des huit membres du collège électoral.

Des conventions, les unes diplomatiques, les autres militaires, des batailles, des sièges, de^s retraites, des négociations nombreuses, marquèrent la campagne de la Succession d'Autriche. Les médiations, les conférences et les traités furent impuis-

sants à concilier tant d'intérêts contraires. La lutte dura quatre ans. Abandonné par la fortune, Charles VII avait perdu en peu de temps toutes ses conquêtes (1). Chassé de ses propres Etats, il n'avait pu y rentrer qu'en 1744 à la faveur d'une diversion que fit le roi de Prusse en Bohême. L'Union de Francfort entre lui et Frédéric II, TElecteur Palatin et le roi de Suède, déclara que les confédérés maintiendraient Charles VII, la Constitution germanique, garantissaient leurs possessions respectives, la restauration de leur chef dans son électorat et exigeaient la re- • connaissance de ces stipulations par la cour de Vienne. L'Empereur contesté put recouvrer son duché pendant que les impériaux étaient battus à Freyberg. Rentré à Munich, Charles VII y mourut en 1745. Son fils Maximilien-Joseph abandonna sa poU tique et lui succéda dans l 'électorat. Impératrice incontestée, Marie -Thérèse fit couronner son mari. Les compétitions des Wittelbasch étaient finies. Les Habsbourg devaient tenter une vengeance des angoisses de 1741 en 1778.

La Maison de Bavière, qui avait joué un des rôles principaux dans la Guerre de Trente ans, s'éteignit en 1 777 dans la personne de Maximilien-Joseph. Sa mort fit éclater des prétentions à la succession de l'électorat entre plusieurs Maisons souveraines. Rien

(4) La guerre principale soutenue par Frédéric est de 4743 pour cette période des affaires allemandes.

cependant n'était moins douteux que les droits de l'Electeur Palatin, chef de la branche Rodolphine. Les traités d'Osnabruck et de Munster avaient prévu l'extinction de Tune et de l'autre ligne des Wittelbasch et réglé Tordre successoral, même la réversibilité. La Maison Palatine avait quatre titres à Padjonction de la Bavière : le droit féodal, la Bulle d'Or, les traités divers passés entre les deux branches Ludovicienne et Rodolphine, la paix de Westphalie.

A la tête des prétendants, '\)n distinguait Joseph II, empereur, Marie-Thérèse, impératrice-reine, l'Electrice douairière de Saxe et le duc de Mecklembourg- Schwerin. Si Pappétit excitait ces derniers, la colère et une pensée de revanche animait les chefs de la Maison d'Autriche. Joseph revendiquait les fiefs de l'Empire que la branche de Bavière avait reçus des empereurs, sans que les comtes Palatins eussent été compris dans ces investitures ; c'étaient huit comtés, quelques terres et fiefs d'importance secondaire, et le landgraviat de Leuchtenberg. L'Impératrice- Reine dénombrait les fiefs du Haut-Palatinat comme relevant de la couronne de Bohême, et en sa qualité d'archiduchesse d'Autriche les pays possédés au XIV* siècle par la ligne éteinte de Bavière-Straubingen ; enfin, la seigneurie de Mindelheim , expectative de sa Maison et le Partage de la succession allodiale avec la douairière de Saxe.

Les troupes autrichiennes entrant dans PElectorat et le Haut-Palatinat y précédèrent les mémoran-

duras .^Des négociations secrètes arrachèrent à TElecteur Palatin une convention où il reconnaissait légitimes les revendications du cabinet de Vienne. La mort survenue à la fin de cette entente attira les regards de l'Europe.

Frédéric II comprît que Téquilibre était rompu en Allemagne par l'absorption de la moitié de la Bavière acquise sans coup férir à TAutriche (1). La Souabe était entraînée dans ses Etats héréditaires par le fait de ses possessions considérables dans cette province, le Sud-Allemand était incorporé fatalement. Le péril entrevu, le roi de Prusse le conjura par la candidature du duc de Deux-Ponts, lancée de Munich, et par une déclaration adressée à la Diète germanique. Il déclara hautement prendre en main la défense des droits échus à la Maison Palatine sur la succession de la Bavière, et entra en pourparlers avec TAutriche. Sur le refus du cabinet de Vienne, il courut aux armes, profita de la neutralité de la France et entra en Bohême le 5 juillet 1778. Son frère et MoUendorf envahirent la Saxe. Les conférences deBraunau, la médiation delà Russie pressée à s'entremettre dans les affaires allemandes, et l'in-

(4) L' Autriche a toujours regardé la Bayiôre comme une de 8es défenses. Les troupes impériales renvabirent en 4805 pour protéger l'Empire et contraindre l'Electeur à joindre ses forces aux leurs. M. de Bausset a pubUé dans les Mémoires anecdotiques du palais de Napoléon, la correspondance des deux souverains sur ces faits (cb. 4, t. I) ; on y retrouve les sentiments de

tervention de la France amenèrent le Congrès de Teschen. La paix fut signée le 13 mai 1779. Un traité de paix entre Tlmpératrice-Reine et le roi de Prusse, des conventions entre Marie-Thérèse et l'Electeur Palatin, entre ce dernier et l'Electeur de Saxe, vidèrent le débat contre TAutriche. Les Wittelbasch l'avaient emporté dans la lutte. Vainement certains princes de l'Empire retardèrent-ils d'une année la ratification de la Diète de Ratisbonne, la branche Palatine vainquit ses adversaires. Les fiefs impériaux demandés par l'Empereur lui furent refusés par avis des deux collèges supérieurs. Un décret de commission ratifia les avis le 8 mars 1780. La Bavière pouvait atteindre de nouvelles destinées, mais l'histoire dira qu'elle voulait, au x vin* siècle, le respect de la Bulle d'Or et les libertés du Corps germanique. Ce fut son honneur dans le passé.

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