‹ Le royaume de PrusseChapitre 19 sur 49 · NÉGOCIATIONS ANTÉRIEURES A LA PAIX DE BALE · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS ANTÉRIEURES A LA PAIX DE BALE

SOMMAIRE. — Influence des afifaires de Pologne sur la politique de la coalition. — Vues de Danton sur la propagande révolutionnaire. — Alliance de la Suède et de la France.

— Projet français de séculariser au profit de V Allemagne les Etats ecclésiastiques. — Vues particulières de la Prusse.

— Frédéric-Guillaume abandonne la coalition. — Note de l'Angleterre aux Etats-Généraux de Hollande. — Carnot et la campagne de 4794. — Rapports inédits sur les émigrés.

— La République projette la conquête de la Hollande.

— Etat des esprits en Allemagne. — Le maréchal de Mollendorf envoie un agent à Bàle. — Série de dépêches inédites.

— La Prusse abandonne l'offensive pour se jeter sur la Pologne.

Le roi Frédéric-Guillaume II portait à la Révolution française une haine qu'expliquent la nouveauté de ses principes et leur généralisation ; il en redoutait les effets pour l'Allemagne et pour lui-même. Aussi reprenant la dernière politique de Frédéric II ,

protéger spécialement les intérêts de T Allemagne du Nord, intervint-il le premier dans la coalition organisée secrètement dès 1791. Le 7 février 1792, il signa avec l'Empereur un traité d'alliance qui consacra ses craintes et ses haines, ses colères et ses espérances de démembrement sur la France. Nous avons vu les suites militaires de cette croisade contre les principes de 1789. Dès la fin de 1793, le territoire était délivré des envahisseurs, et les armées de la République prenaient vigoureusement l'offensive. La Prusse et la coalition n'avaient plus à attaquer, mais à se défendre, et la fin de l'année 1794 devait trouver Frédéric-Guillaume dans une disposition d'esprit contraire aux idées de conquête sur l'ancien royaume des Bourbons.

Les péripéties et les phases diverses des négociations qui se terminèrent à Bâle le 5 avril 1795, nous n'avons pas à les raconter en leur entier. Nous dirons seulement la part de la diplomatie militaire dans ce traité, ses origines et ses transformations durant deux années, 1793 et 1794. On aura ainsi une vue complète, qui comprend des documents et des pièces que nul historien n'a encore exposés d'après les Archives de la guerre. Nous contrôlerons peut-être même par eux les thèses et les récits de certains publicistes étrangers, nous efforçant ainsi d'être original et complet.

Les affaires de Pologne furent pour la politique russe le véritable but de ses entreprises et de sa

conduite pendant la Révolution. Elles devaient à un moment prédominer celui de la cour de Berlin • La Russie avait mis à lancer la Prusse et TAutriche contre la France une ardeur égale à sa lenteur pour la soutenir. Trois ans s*étaient écoulés depuis Touverture des opérations, que les troupes de Catherine n'avaient non-seulement pas combattu, mais elles n'avaient même pas franchi la frontière allemande. L'Impératrice écrivant à Grimm, en mai 1792, lui avait dit : « Vous voulez que je plante là mes intérêts... pour ne m'occuper que de la jacobinière de Paris. Non... je les battrai et combattrai eH Pologne. » Les succès des armées françaises, en 1794, n'étaient pas faits pour l'engager à se départir de sa prudence; aussi persévérait-elle en ces termes : « J'ai reçu une lettre de douze pages pour me persuader d'envoyer des troupes sur le Rhin. Mais comment y envoyer ? Si c'est en petit nombre, elles seront battues comme les autres, et en grand nombre je ne puis, car j'ai à attendre à tout moment d'avoir affaire aux Turcs que milord Ainslie et Descorches ameutent. » Et à la fin de la même année : « Faut finir, s*écriait-elle, ce qu'on a commencé avant que de se mêler d'affaires d'autrui. » Gonsommer la ruine de la Pologne était le dernier coup ; mais elle n'y devait parvenir qu'avec le concours de la Prusse, cette puissance n'acceptant de démembrer la France au profit de la coalition qu'à la condition de se dédommager en Pologne. Catherine eut

donc à faire la part de Frédéric-Guillaume; il en résulta le traité du 23 janvier 1793, réciproque entre la Russie et la Prusse. Le Saint-Empire et TAutriche .n'avaient aucune part dans ce deuxième partage directement; on prévoyait uniquement « l'échange de ses Etats héréditaires des Pays-Bas contre la Bavière, » idée favorite des diplomates autrichiens depuis la paix de Teschen.

La coalition durait depuis une année, lorsque éclata publiquement la division qui inspirait la politique de ses membres. Un historien de la Prusse a qualifié ainsi cette phase : « Suspension de la guerre de la coalition. » C'était toujours la question polonaise, ajoute-t-il, qui jetait la discorde entre les puissances allemandes. L'Autriche se fit remarquer par ses lenteurs. Elle répondit à la pression de sa rivale et à celle de la Russie sur les élections à la Diète de la Pologne, par une Note contre la Prusse. La rupture entre les deux puissances en fut la suite, et eut pour conséquence la suspension des opérations de guerre. Connus à Paris, ces faits y eurent leur contrecoup au Comité de Salut public.

Danton prit en avril la direction des affaires extérieures, et résolut de profiter du désaccord qui régnait dans les cabinets pour engager des négociations utiles. Il connaissait les tentatives faites auprès de Dumouriez par un aide de camp du roi de Prusse, et se promit d'y donner suite. Mais adversaire déclaré de la Montagne, il résolut de ruiner les

théories stupides par lesquelles Robespierre avait déclaré que les peuples avaient le devoir de combattre à outrance les rois et les princes, comme oppresseurs de l'humanité et rebelles à la nature. Il ridiculisa à la tribune la théorie qui faisait rejeter une alliance avec un Etat, par cette seule cause que le chef portait une couronne. Le 13 avril il l'emporta et fit décréter par la Convention que non seulement la France ne tolérerait pas l'intervention ' étrangère dans sa politique intérieure, mais qu'elle n'interviendrait pas dans la constitution des autres Etats. Aussi Barère s'écriait-il, le 16 : Vous avez par votre décret posé les bases de la paix. On sait combien la Terreur entrava l'effet de ces déclarations, pas assez tôt cependant pour empêcher la conclusion de la paix avec la Suède, avertissement redoutable pour le cabinet de Saint-Pétersbourg.

On a beaucoup trop reproché aux hommes dirigeants de la Révolution d'avoir aimé la guerre et de l'avoir soigneusement entretenue. Entre les apparences et les faits il y a loin, leurs actes le prouvent.

Que devant une opinion publique affolée; que devant une assemblée politique susceptible, ombrageuse et décidée; que devant une presse quotidienne déclamatoire, violente ; que devant des clubs où se prenaient des décisions insensées, ils aient tenu un langage exagéré et au niveau des colères générales, nous en convenons. Mais il s'agit de savoir s'ils pou- Taient agir autrement. Lorsque des trahisons conti-

nues avaient agité la conscience publique et troublé jusqu'aux meilleurs esprits, une irritation sans limites en avait été la conséquence nécessaire ; de là des mesures graves, arbitraires, les unes défensives, les autres offensives, qu'on ne s'explique plus aujourd'hui et qu'on comprend mal ; de là surtout un ton et des doctrines qui nous surprennent et que l'on répudie. C'est le bon côté de la philosophie de l'histoire de se rendre un compte exact des événements, de les prendre à leur naissance, de les suivre dans les phases successives de leurs développements et de les juger avec expérience, puis de prononcer. Or, pour diriger l'opinion et la diriger avec fruit, il fallait ne pas rejeter absolument les torts du milieu dans lequel on vivait ; c'était même le seul moyen de comprendre leur rôle et leur temps, que si peu d'hommes ont eus au sommet de la Révolution.

Mirabeau et Cambon, Carnot et Cambacérès, lesdeux Merlin l'eurent au suprême degré, et c'est ce qui assure à leur nom une place à part sur ce glorieux champ de bataille. Les scories de l'œuvre peuvent-elles annihiler l'œuvre elle-même ?

Les secrets de la diplomatie révolutionnaire sont enfin connus, et on peut parler en connaissance de cause. Nos agents à l'étranger et nos généraux ne se privaient pas de rédiger des plans, de les envoyer aux ministres compétents et plus tard aux comitésde la Convention. Plus d'un événement ignoré dans ses phases a eu là son origine, et ces plans ont

perdu plus d'un général, Custine comme Dumouriez. Les mêmes faits se sont reproduits chez nos ennemis.

Le baron de Staël sut inspirer à son gouvernement le parti à prendre. Ancien ambassadeur de Gustave III à Paris, il profita de la neutralité qu'observait le régent de la Suède pour démontrer à son premier ministre les dangers qui le menaçaient du côté de la Russie. Il obtint gain de cause et fut envoyé de nouveau à Paris pour offrir à la République l'alliance de la Suède. Il demanda en retour une somme considérable à titre de subside étranger. Le 23 mai, son pays s'engagea à équiper une flotte de dix vaisseaux de ligne et à fournir une division de huit mille hommes, à titre de troupes auxiliaires contre la coalition. L'Europe apprit, le 2 juin, que le commerce anglais trouverait sur les côtes et dans les ports de la Suède l'application des principes de 1780 sur le commerce neutre. Ce traité, quelle que fût la faiblesse des secours effectifs promis, était cependant une chose considérable. La France républicaine rentrait dans le concert européen par cet acte; elle y rentrait en invoquant le souvenir de Gustave- Adolphe et de la Guerre de Trente ans. La puissance d'ancien régime qui avait organisé la croisade contre la Révolution était la première à se réconcilier avec la République, et cela malgré le détrônement de Louis XVI, malgré même son supplice.

La trahison de Dumouriez aVait consacré l'abandon de la République par notre armée. Aussi un général aventureux, qui mêlait la politique à sa conduite militaire et que Ton a accusé avec précision d'avoir tenté de continuer La Fayette et Dumouriez, conçut-il le plan suivant : prendre la défensive limitée aux Vosges sur le Rhin, porter à nouveau la guerre sur la Sambre, conduire Tarmée de la Moselle, considérablement augmentée, en Belgique, y réduire le prestige de l'Empereur et par là de la coalition. Mais il fallait avoir l'assentiment de la Prusse, sans lequel il eût été téméraire de découvrir nos frontières de l'Est. Les ministres eurent recours à notre chargé d'affaires de Stuttgart pomr faire une tentative dans ce sens auprès de la Prusse et une autre auprès de la Bavière. Desportes proposa comme base la sécularisation des électorals de Mayence, de Trêves et de Cologne, idée favorite des Girondins. Mayence devait rester indépendante pour tenir nos promesses. Les électorals de Mayence et de Trêves écherraient à la Bavière, en échange des duchés de Juliers et de Berg; ceux-ci, toujours convoités par la Prusse, devaient lui être cédés avec l'électorat de Cologne. Ce projet était favorable aux tendances germaniques, et nous en avons la preuve dans le jugement d'un maître en histoire au-delà du Rhin :

« Ce qui caractérisait ce plan, dit-il, n'était pas, » on le voit, l'ancienne inimitié de la Révolution

» contre les Etats ecclésiastiques; la sécularisation » n'avait en vue que Tintérêt même de TAUema- » gne. C'était le germe des autres plans qui, dix- » huit ans plus tard, donnèrent naissance à la » constitution moderne de l'empire allemand, avec » cette immense différence en faveur de l'Allema- » gne que, d'après le projet de 1793, les riches » territoires de la rive gauche du Rhin devaient être » donnés, non à des étrangers, mais à des princes » allemands. Ce projet était conforme également » aux idées de Tempereur Charles VII qui, cinquante » ans auparavant, avait déjà proposé la sécularisa- » tion en faveur de la Prusse et de la Bavière, sans » distinction de confession entre les Etats catholi- » ques ou protestants. On voit donc que le plan de » Desportes avait, dans toute l'acception du mot, » une base historique en Allemagne ; en effet, abs- » traction faite des parties intéressées et de la poli- » tique autrichienne, on pensait depuis longtemps » dans l'empire que la réunion du pouvoir séculier » au pouvoir épiscopal était aussi préjudiciable à » PEglise qu'à l'Etat » (1).

Le cabinet de Berlin considéra comme un événement aussi heureux qu'inespéré l'offre, du gouvernement français. Après l'avoir accusé de chercher à entretenir et à augmenter la faiblesse* du corps ger-

(1) Histoire de l'Europe pendant la Révolution française, par M. Sybel, t. II, liv. VIT, ch. 2.

manique, il se voyait attribuer les provinces du Rhin d'une richesse proverbiale. La haine de la Russie et l'hostilité latente de l'Autriche favorisaient, en outre, son rapprochement du Comité de Salut public. Le plan de Charles VII et celui de Desportes, il les avait repris pour son compte en les modifiant. La communication qu'il en fit au cabinet de Pétersbourg se retourna contre lui ; ce demie*? redoutant un agrandissement nouveau de sa part, opposa un refus que l'état des affaires intérieures de la France aggrava.

Sous le coup des redditions de certaines places fortes, les partis exaltés avaient juré la guerre universelle et sans trêve contre les trônes. Le 10 août et les massacres de septembre, préludes de chutes et d'événements aussi dramatiques, n'avaient que précédé les fureurs de la démocratie française. L'arrestation et la mort des Girondins, les émeutes de Marseille et de Lyon, de Bordeaux et de la Bretagne, les troubles de la Vendée, la fin du pouvoir de Danton, la politique opposée des deux premiers Comités de Salut public ; dans les relations extérieures, le troisième partage de la Pologne donnant un spectacle analogue à celui de la France tout en modifiant l'éqijilibre européen , tels furent les événements qui paralysèrent les négociations diplomatiques de la République.

Les dernières tentatives qui signalèrent l'année 1793 eurent lieu en Toscane, auprès du royaume

des Deux-Siciles et auprès de la République de Venise. Le premier Comité de Salut public avait résolu des offres en faveur de la paix dont ses deux ambassadeurs, Sémonville et Maret, avaient été chargés. Ils étaient accrédités, le premier à Constantinople, le second à Naples; mais les mers étaient fermées par le blocus des flottes anglaises. La Suisse et l'Italie avaient été les seules routes à suivre. Ils reçurent ordre de promettre la conservation des jours de la reine prisonnière au Temple, si ces puissances voulaient conclure un traité d'amitié avec la France. Le témoignage du duc de Bassano, confirmé par d autres historiens, le déclare, et ce qui est absolument curieux, c'est que le nom de Danton soit mêlé à cette entreprise. Mallet du Pan, dont nul ne peut contester l'autorité, l'a écrit et on sait la valeur de ses affirmations. Sauver la reine, l'Autriche le voulait bien ; mais traiter et sous couleur de principes renoncer à reprendre l'Alsace et la Lorraine, jamais. L'égoïsme de Thugut décida de la perte de Marie- Antoinette, le régime de la Terreur fit le reste.

Il faut rendre à la Prusse cette justice qu'elle se montra intraitable envers nous aussi longtemps qu'elle le pût, militairement. La prise de Mayence et de Valenciennes, en découvrant les frontières du Nord et de l'Est, permettait de se porter sur Paris plus sûrement qu'on ne l'avait tenté en 1792. Le duc de Cobourg répugnait à envahir la France,

moitié par vues politiques, moitié par tactique» tontes les forteresses de première ligne n'étant pas en son pouvoir. Le roi Frédéric-Guillaume, au contraire, poursuivait un but multiple : combattre la Révolution, relever le prestige des armées et des généraux de Frédéric II, étendre son action morale sur l'Allemagne et gagner sur le Rhin de bonnes provinces. On s'entendit cependant aux deux quartiers généraux, lorsque le prince proposa au roi d'occuper la Lorraine après s'être emparé de Sarrelouis, tandis qu'il aurait cerné les places du nord franco-flamand. Les deux armées de la coalition se seraient ainsi rapprochées et on aurait pris l'armée du Rhin à dos, c'est-à-dire entre deux feux. Cet accord ne dura pas. L'Autriche lui sacrifia la conquête à peu près impossible de l'Alsace, but avoué par le principal rôle dévolu au général Wurmser (1). L'Angleterre fit déclarer par le duc dTorck que ses forces ne pénétreraient pas dans l'intérieur et se borneraient à s'emparer de Dunkerque, objet de ses convoitises depuis Louis XIV.

Le refus de l'Autriche d'accéder au traité de Saint-Pétersbourg, son silence recherché sur les garanties à donner à la Prusse, relativement à ses acquisitions en Pologne , l'échec à l'obtention d'une province polonaise , tout rendait à sa liberté le cabi-

(1) Voir aux Pièces justificatives un article sur la Ligue du Rhin (1867) et toujours vrai historiquement.

net prussien. Le roi quitta l'armée de sa personne, ne voyant son pays menacé par aucune hostilité sensible, et opposa à Tabandon de sa cause le désir de s'incorporer la Posnanie comme résultat de sa coopération.

« Frédéric-Guillaume, qui avait quitté Tarmée le » 29 septembre pour retourner dans sa capitale, » était mal conseillé ou plutôt ne voulait point » de conseils ; s'il se plaisait à l'idée d'être consi- » déré comme le sauveur de la France, il man- » quait de la persévérance et de l'énergie qui, » seules, auraient pu lui mériter ce titre. Habitué » à n'arrêter ses regards que sur le présent et comp- » tant toujours sur de prompts résultats, il se lais- » sait facilement décourager par les obstacles et » sacrifiait sans peine la gloire aux commodités de » la vie. Cette disposition fut mise à profit par ceux » qui l'entouraient, semblables à tous les courtisans » qui cherchent à endormir l'activité du prince et » redoutent la guerre, parce qu'elle contribue sou- » vent à la réveiller » (1).

Connus aujourd'hui, ces faits étaient imparfaitement appréciés au moment où ils se produisirent. Voici comment un de nos agents diplomatiques les constatait (2) : « Le roi de Prusse est parti de Francfort yi pour Berlin le 2 octobre. La mésintelhgence entre

(4) Histoire de la Prusse, par Manso, t. I, liv. 3.

(5) Dépôt de la Guerre^ Armée du Rhin, 4 2 octobre — au Comité de Salut public.

« son armée et celle de l'Empereur est bien consta- » tée; le public est persuadé qu'il ne reparaîtra » pas sur nos frontières. On disait publiquement » que le roi se servirait pour se retirer de la pre- » mière voie qui lui serait offerte. On est toujours » convaincu que le duc de Brunswick est opposé à 1) la guerre actuelle. » Ce dernier point était exact; mais l'esprit d'intrigue devait à nouveau l'emporter par la diplomatie anglaise ; la coalition n'eut pas de peine à reconquérir la Prusse aussitôt après la réalisation des affaires de Pologne, en lui promettant des subsides considérables.

Appauvri par la guerre, le cabinet de Berlin en avait appelé aux Etata. de l'empire et annoncé que la décision de la Diète de Ratisbonne dicterait seule sa conduite. A quoi les princes allemands avaient répondu avec aigreur : « qu'il était difficile de décider si la France avait mis plus d'empressement à faire la guerre à l'Allemagne que la Prusse à la France. » Le roi, ajoutaient-Us, a tout fait.

Maîtresse de la mer, l'Angleterre, qu'excitait son ancienne rivale la Hollande ou plutôt le parti du stathouder, recula devant la défection prussienne. Frédéric-Guillaume fut invité à servir d'auxiliaire. Lord Malmesbury et Haugwitz s'abouchèrent à Postdam, puis se réunirent à La Haye avec le représentant Spiegel pour la Hollande. Les conditions, nous les avons indiquées déjà. MoUendorff rouvrit aussitôt la campagne.

La Hollande avait été entraînée par la note suivante de lord Auckland, représentant de l'Angleterre près ses Etats- Généraux :

Hauts et puissans Seigneurs,

Le soussigné ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique» s*empresse, en conséquence des ordres exprès du roi, de mettre sous les yeux de vos hautes puissances des copies de toutes les pièces qui ont été échangées depuis le 27 décembre dernier jusqu'au iO de ce mois, entre lord Grenville, secrétaire d'Etat de Sa Majesté, et M. Chauvelin.

Le roi, hauts et puissans Seigneurs, est dans la ferme persuasion que les sentimens et les principes exprimés au nom de ia Grande-Bretagne, sont parfaitement conformes à ceux qui animent votre République, et que vos hautes puissances sont disposées à concourir pleinement aux mesures que la crise actuelle exige, et qui sont une suite nécessaire de ces sentiments et de ces principes.

Les circonstances qui nous ont menés à cette crise, sont trop récentes, et la conduite du roi est trop connue, pour que le soussigné soit dans le cas d'entrer dans de longs détails.

Il n'y a pas encore quatre ans que quelques malheureux, se qualifiant du nom de philosophes, ont eu la présomption de se croire capables d'établir un nouveau système de société civile. Afin de réaliser ce rêve de la vanité, il leur a fallu bouleverser et détruire toutes notions reçues de subordination, des mœurs et de religion, qui ont fait jusqu'ici la sûreté, le bonheur et la consolation du genre humain. Les projets de destruction n'ont que trop réussi ; mais les effets du nouveau ;Systèmo qu'ils ont voulu introduire, n'ont servi qu'à démontrer l'ineptie et la scélératesse de ses auteurs. Les événemens qui se sont si rapidement succédé depuis lors, surpassent en

atrocité tout ce qui a jamais souillé la pago de Thistoire. Les propriétés, la liberté, la vie môme, ont été les jouets de la rage effrénée des passions, de l'esprit de rapine, de la haine, de l'ambition la plus cruelle et la plus dénaturée. Les annales du genre humain ne présentent pas d'époque oii, dans un aussi court espace de temps, on ait commis tant de crimes, causé tant de malheurs, fait verser tant de larmes ; enfin, dans ce moment même, ces horreurs paroissenl être parvenues à leur comble. Pendant tout ce temps, le roi environné de son peuple, qui jouissoit par la protection divine d'une prospérité sans exemple, n'a pu voir les malheurs d'autrui qu'avec un sentiment profond de pitié et d'indignation ; mais, fidèle à ses principes, Sa Majesté ne s'est jamais permis de s'immiscer dans les affaires intérieures d'une nation étrangère. Elle ne s'est jamais écartée du système de neutralité qu'elle avoit adopté.

Cette conduite, que le roi a vu avec plaisir observée également par vos hautes puissances , dont toute l'Europe a reconnu la bonne foi, et qui auroit dû être respectée à tant d'autres titres, n'a pas réussi à mettre Sa Majesté, ses peuples et cette République, à l'abri des trames les plus dangereuses et les plus criminelles.

Depuis quelques mois, des projets d'ambition et d'agrandissement alarmans pour la tranquillité et la sûreté de l'Europe entière, ont été publiquement avoués. On s'est efforcé de répandre dans l'intérieur do l'Angleterre et de ce pays, des maximes subversives de tout ordre social, et l'on n'a pas même eu honte de donner à ces détestables tentatives, le nom de pouvoir révolutionnaire. Des traités anciens et solennels, garantis par le roi, ont été enfreints, et les droits et les territoires de la République ont été violés.

Sa Majesté a donc cru, dans sa sagesse, devoir faire des préparatifs proportionnés à la nature des circonstances. Le Hoi a consulté son Parlement, et les mesures que Sa Majesté

avoit trouvé bon de prendre, ont été accueillies par Tassentiment vif et unanime d'un peuple qui abhorre l'anarchie et l'irréligion, qui aime son Roi et qui veut sa Constitution.

Tels sont, hauts et puissans Seigneurs, les motifs d'une conduite, dont la sagesse et l'équité ont assez prouvé jusqu'ici au Roi votre concert et votre coopération.

Sa Majesté, dans tout ce qu'elle a fait, a constamment veillé au maintien des droits et de la sûreté des Provinces- Unies. La déclaration que le soussigné a eu l'honneur do remettre à vos Hautes-Puissances le 43 novembre dernier, et l'arrivée d'une petite escadre, destinée à protéger les parages de la République, pendant que ses propres forces se rassembloient, en fournissent la preuve. Vos Hautes-Puissances ont reconnu ces dispositions du Roi dans tout ce que Sa Majesté a déjà fait. Elles ne les retrouveront pas moins dans les mesures qui se préparent. £n consé(;^uence, Sa Majesté se persuade qu'elle continuera à éprouver, de la part de vos Hautes-Puissances, une parfaite conformité de principes et de conduite. Cette conformité peut seule donner aux efforts réunis des deux pays, l'énergie nécessaire pour leur commune défense, opposer une barrière aux maux dont l'Europe est menacée, et mettre à l'abri de toute atteinte la sûreté, la tranquillité et l'indépendance d'un Etat, dont vos Hautes- Puissances assurent le bonheur par la sagesse et la fermeté de leur gouvernement.

Signé : Auckland.

La France répondit aux imprécations de Pitt et à ses agissements par la victoire de Wœrth et de Reishoffen, par l'affaire du Geisberg, par le déblocus 4e Landau et l'expulsion des Prussiens, par le combat de la Pfrimm et la marche de l'armée de la

Moselle sur Trêves. La fin de la campagne de 1795 avait été aussi heureuse pour la République qu'elle avait été malheureuse à son début. Les généraux de la coalition s'accusaient réciproquement dans des écrits où ils prenaient PEurope à témoin. Chassés de l'Alsace, menacés dans le Palatinat, il ne leur restait que le Nord.

Aussi Carnot s'écriait-il le 18 mars : Il faut que dans quelques mois nous ayons remporté de grands et incontestables avantages; une victoire médiocre serait la ruine de la République.

Carnot avait raison. Les armées organisées par lui, commandées par des généraux dont Bonaparte commençait à peine à devenir l'émule, devaient causer à la coalition des catastrophes européennes. Les plans du Comité de Salut public devinèrent l'objectif. Le colonel Mack avait résolu de concen^ trer ses attaques au Nord en portant le gros de ses forces sur la Sambre ou sur la Meuse, de marcher sur Paris et d'y ruiner avec le parti vainqueur les^ principes vrais de la Révolution. Carnot pressentit ce but et substitua à l'idée première (défendre la France par le Rhin) sa défense par le Nord. Il revenait donc après une année et demie de luttes au plan de Dumouriez, amélioré par l'expérience et accompli par des armées dignes de ce nom. Les comités militaire et diplomatique entendaient frapper l'Angleterre par la conquête même de la Hollande, dessein qu'avouaient ses agents et qui souriait à nos état-

majors. Le printemps ne dissimula plus notre mot d'ordre politique et militaire. Carnot rédigea un mémoire sur l'ensemble des opérations qui incombaient aux armées pour 1794, connu depuis 1829 par les Mémoires de Gouvion-Saint-Gyr qui Ta publié en entier (1). L'instruction du 21 mai au commandant en chef de l'armée du Rhin portait qu'il devait se borner à une défense active; on en donnait pour cause ^importance des opérations que les autres armées de la République ont eu à

exécuter.

L'esprit qui animait les provinces de la rive gauche est exposé par un de nos émissaires dans une note confidentielle du !«' juin, au chef de noire service de renseignements :

Manbeim^ l^'jain 1794.

Les émigrés sont cantonnés à Rastatt; et dans les environs de celte ville, vis-à-vis le fort Vauban et Sellz, il y a quelques troupes autrichiennes et de TEmpire qui font mine de les appuyer pour leur faciliter le passage du Rhin, au même moment oîi les lignes de la Queich auront été tournées et forcées pour mettre de cette manière l'armée française entre deux feux.

La persécution envers les patriotes et démocrates allemands, tant dans les villes qu'à la campagne, est poussée à

(1) La Prusse avait, au SO avril 1794, au dire d'un espion, 5S,000 hommes répartis en cinq divisions. Commandants : le maréchal de MollendorâT, prince de Hohenlohe, les f généraux Kalkreuth, Sekuli, Knobelsdorf.

UQ point extrême oii s'exerce la surveillance la plus sévère ; on punit à la plus légère apparence de la manière la plus barbare. Mais ils ont beau faire, la tyrannie du despotisme est le plus sûr moyen de rendre les hommes passionnés pour la liberté, et le feu qui couve sous les cendres ne peut manquer d'éclater dans quelques mois.

Il règne dans tous les cantonnements occupés par les Autrichiens une maladie contagieuse qu'on appelle le mal de Hongrie ; c'est une espèce de fièvre putride très-dangereuse. Le cri général de tous les habitants de l'Allemagne est pour la paix.

Selon le propre avis des officiers autrichiens, l'armée

française s'est très-bien battue dans le Palatinat.

Pendant que Carnot organisait la victoire^ comme Ta dit et Ta écrit Jomini, des membre^ de la noblesse militaire française oubliaient leurs devoirs envers leur patrie par une culpabilité qui allait s'aggravant de jour en jour. Un rapport diplomatique (1), communiqué au Comité de Tintérieur, en accusait nominativement plusieurs d'organiser dans les départements frontières de la Suisse, surtout dans celui du Jura, une nouvelle Vendée. Certains recevaient des pensions de l'Angleterre (2) et lord

(4) Rapport du 4«" juillet. Voir aux Pièces justificatives l'article sur les émigrés à la Paix de Bàle.

(t) On lit dans une dépêche de Bâcher sur l'état de l'armée autrichienne, à la date du 82 août :

c Les compagnies des gentilshommes ont été beaucoup affaiblies par le départ d'un grand nombre de ces volontaires qui ont pris part dans les différents corps soldés par l'Angleterre et la Hollande. »

Fitzgerald servait d'intermédiaire avec son cabinet. Mallet du Pan était soupçonné d'agir de concert. Des administrateurs du' Jura appelés à Tinsurrection avaient refusé leur concours ; on avait alors prononcé le nom de Dumouriez <c pour l'exécution d'un projet de diversion sur la frontière de Suisse. » L'entente n'était pas complète entre les fauteurs d'anarchie. Les uns parlaient et agissaient au nom des princes, les autres au nom du roi d'Angleterre. L'or prodigué, les places données par anticipation, les promesses faites avaien t poussé les habitants du Jura à dire que dans une guerre entre la France et les Cantons helvétiques, ils suivraient les troupes de ces derniers, « et tourneraient leurs armes contre la République française. » Une jonction aurait lieu dans le Jura avec les Allemands, ajoutait le rapport. Mais son auteur ne croyait pas au succès, parce que la très-grande majorité à Berne et dans le reste de la Suisse « est que le peuple entier veut à tout prix la neutralité. » Dans leur échec, les préparateurs de la Vendée nouvelle entraînaient l'ami de Mirabeau, le comte de La Marck, un maréchal de camp distingué, Théodore de Lameth(l), la duchesse de Roche-

(1) Toute la noblesse ne suivit pas cette détestable conduite* A côté du duc de Richelieu qui servit en Russie dans la partie des troupes combattant en Asie ou dans le Caucase, se trouvent des noms moins considérables mais dignes.

L'ancien ministre de la guerre, le général de Narbonne, a fourni l'appréciation suivante à un de nos agents à l'étranger: « L'ex-ministre Narbonne vit avec son ancienne amie M"»e de

chouart et le ministre résidant d'Angletere à Berne.

La Prusse ne manqua pas de se distinguer dans ces intrigues. Après l'apparition de Dumouriez sur nos frontières, le voyage de lord Fitzgerald fut sollicité dans la principauté de Neuchatel n sur Pinvivitation de M. Marval, chargé des affaires du roi de Prusse. ») Mais nos victoires et nos droits trouvaient un écho dans la République suisse, et le collaborateur de Barthélémy déclarait a hardiment » que le gouvernement de Berne venait par sa conduite de sauver la France des horreurs d'une nouvelle Vendée dans le Jura et le Doubs. L'ambassadeur avait aussitôt prévenu ces départements et affirmé qu'il poursuivrait à outrance ceux qu'il nommait « une vermine scélérate, » parce qu'ils violaient les frontières de leur patrie (1).

Le génie de Desaix et de Gouvion-Saint-Cyr, da Kléber et de Hoche et Pessor de nos armes jetaient la crainte dans le Saint-Empire, particulièrement chez les princes dont les Etats avoisinaient le Rhin. Le margrave de Baden, le duc de Wurtemberg s'enfuyaient de leurs capitales, et l'électeur de Bavière-

Staël dans une campagne près Njon. Son tort est celui du modérantisme, il rend justice à l'intrépidité des patriotes et regarde- Pichegru comme un excellent général. » •— Le 11 septembre,, dépêche.

(4) Dépêche de Bâcher, du 6 juillet. — Un autre agent déclarait, le 1 6 septembre, que les émigrés formaient o des classes distinctives entre eux : les purs, les impurs, les constitution-nels. i>

maudissait les paysans du Palatinat qui se permettaient de trouver honnêtes les principes de la liberté politique et de l'égalité civile. Un de nos agents secrets annonçait qu'on désirait la paix dans TErapire ; dans sa clairvoyance, il avouait que ces bruits avaient pour but « de ne pas réduire la Maison d'Autriche au désespoir. »> Ses armées étaient mécontentes ; pauvres en vivres, plus pauvres encore en argent, leur situation devenait critique, et la misère accablait des villes comme Manheim, Heidelberg, Carlsruhe, Stuttgard, Kehl et Offenbourg (1).

Que disait-on de la Prusse ?

« La cour de Berlin se tirera encore passablement d'affaire, s'il n'y a pas de révolution à Berlin et dans l'intérieur des Etats de la monarchie prussienne (2) . »

L'agrandissement par la Pologne et les préliminaires d'une défection calmèrent les populations qui éprouvaient de la répulsion pour une guerre désastreuse et injustifiée. Mais on peut voir par cet état des esprits combien Témotion était grande en Allemagne. Fin juillet, on continuait à parler de la terreur panique éprouvée par les princes ; ils redoutaient une invasion de l'Empire et préparaient des camps retranchés. Leur colère se tournait contre les émigrés et le prince Colloredo ordonnait leur expulsion. Notre agent ajoutait : <* Il s'en est expliqué

(4) Rapport d'un agent secret, du 49 juillet. (8) Même rapport.

d'une manière si vive avec le prince de Condé, qu'on s'attend d'un moment à l'autre à des scènes fâcheuses. » C'est par ces rapprochements instructifs et par le tableau des divisions intimes qui ravageaient les coalisés, que s'explique l'empressement de la Prusse à faire sa paix et une paix séparée.

Nos projets de conquête en Hollande sont retracés dans une lettre d'un agent secret de la République. C'est un des côtés de la question utile à connaître pour les futures négociations.

Altona, SO août 4794.

Un excellent patriote de TOver-Yssel vient de m'écrlre pour m'informer que le voisinage des Français imprimait un grand mouvement à l'esprit de liberté dans la province qu'il habite, dans la Groningue et la Frise ; qu'on s'occupait d'un plan d'insurrection combinée avec les patriotes de ces trois provinces, et qu'on le mettrait en exécution aussitôt qu'il serait complètement organisé. Je lui ai répondu sur le champ. J'ai encouragé ces dispositions en lui observant que ces trois provinces étaient celles où les patriotes formaient la plus grande majorité, et se trouvant par leur position géographique moins soumises que les autres à l'action immédiate du gouvernement hollandais, c'était à elles de donner la première impulsion et à sonner le tocsin de la liberté ; que cependant, comme il no s'agissait pas de la délivrance de ces seules provinces, dans la crainte qu'un mouvement partiel ne manquât de succès, ne les compromît inutilement et ne redoublât l'oppression des autres, ils ne devaient pas suivre leur entreprise sans la concerter avec leurs frères des autres provinces.

Les habitants d'Amsterdam sont non-seulement disposés à

rinsurroction, ils sont décidés mémo à paraître les premiers sur la scène. Ils veulent que leur ville donne le mouvement aux provinces au lieu de le recevoir d'elles et la raison qu'ils en donnent est plausible. Il faut, disent-ils, étonner nos ennemis qui ne s'attendent pas que le coup doive partir d'Amsterdam. Amsterdam une fois ébranlé, le mouvement se communique du contre à tous les points de la circonférence, au lieu que si une province éclate la première, l'attention entière du gouvernement se portera aussitôt sur Amsterdam, et les patriotes, plus comprimés que jamais, se trouveront dans un péril imminent. Mais je crois que lorsqu'ils auront vu le patriote ovorysscllois que j'ai cité, ils modifieront leur plan de manière à le lier avec celui des provinces et à faire éclater l'insurrection sur le plus grand nombre de points possible à la fois, en sorte que le gouvernement ne sache absolument oîi donner de la tête. Le moindre avantage de cette combinaison serait de partager les forces stathoudériennes et de rendre, par conséquent, la tâche d'Amsterdam bien plus facile à remplir ; pour conduire cette grande' affaire, ils ont institué des comités qui répondent à chacune des branches du gouvernement patriotique. Ainsi, ils ont un comité des finances chargé de l'administration des fonds qu'ils ont déjà recueillis et de leur entretien par des contributions que les patriotes s'imposent suivant leurs facultés. Il y a un comité militaire chargé de procurer et d'organiser une force armée. Ils peuvent déjà compter sur deux mille hommes et sur une partie de la garnison actuelle. Toutes les autres parties ont également leurs comités, et ils disent que cette crise développe tous les jours des talents très-distingués parmi des gens obscurs jusqu'à présent ignorés. Ils ont senti qu'il était nécessaire de correspondre avec les représentants de la nation auprès de notre armée du Nord, et deux d'entre eux se sont dévoués à cette dangereuse mission. S'ils ont pu passer, tu te trouveras instruit de tout ce détail par cette voie

plus promptement que par cotte lettre. Ces comités, qui doivent leur naissance à la force des choses, peuvent être regardés comme un moyen de représentation nationale» d*oii partiront bientôt, à ce qu'ils espèrent, les mesures nécessaires pour former et organiser des assemblées primaires, qui donneront à la nation une représentation entièrement régulière. L'administration des assignats au pair ne souffrira aucune difïlculté, et on peut compter que cette circonstance opérera une révolution importante pour nos finances dans tous les changes de l'Europe.

Mais au milieu de ces dispositions, ils craignent que lorsque les armées de la République seront en Hollande» ce pays ne soit traité sur le même pied que les Pays-Bas, ci-devant autrichiens ; ils craignent les contributions, les réquisitions, le maximum ; le Brabant, disent-ils, et la Hollande diffèrent essentiellement l'un de l'autre. On peut impunément demander des contributions aux Pays-Bas, dont le sort fertile répare au bout de quelques années les pertes d'argent occasionnées par lar guerre. Le sol de la Hollande n'est rien, ne produit rien ; son existence physique même ne se perpétue que par l'industrie des habitants et des dépenses annuelles très-considérables. En Brabant, c'est le sol qui alimente le commerce ; en Hollande, c'est le commerce qui conserve le sol. Il faut que la Hollande soit riche en argent ou que la Hollande no soit plus, telle est son alternative. Au lieu de contributions, qu'on lui demande un emprunt et il se remplira. Au lieu de mettre en réquisition les propriétés particulières, qu'on charge le commerce de procurer tous^ les articles dont on peut avoir besoin et le commerce les livrera en abondance, et qu'à la place du maximum, on abandonne les prix à la concurrence des négociants ; elle saura les tenir à une hauteur raisonnable, car dans un pays oh tout individu est commerçant; l'accaparement est impossible. Au surplus, a|iOutent-ils, la Hollande est éloignée de ce point de richesse

qu'on lui suppose ordinairement. Il est notoire que les caisses publiques sont épuisées. Les plus riches capitalistes^ qui sont aussi les plus capables, ont mis leurs fortunes en sûreté, et en cherchant leur salut dans la fuite» ils ne laissent après eux que des immeubles, tels que leurs campagnes, qui ont peu de valeur parce qu*elles ne sont presque d*aucun rapport. La banque d'Amsterdam est un mystère qu'on n'ose éclaircir. On croit qu'elle a déjà reçu plus d'une atteinte ; mais si le déficit venait à être connu, son crédit s'écroulerait et avec lui une partie du commerce d'Amsterdam. Dans ces circonstances, l'état de la Hollande est bien précaire, et sou commerce ne pourrait essuyer encore une secousse de notre part sans tomber dans une inactivité qui amènerait promptement sa destruction. Ainsi deviendrait entièrement inutile pour nous un pays sur lequel nous fondons les plus justes espérances pour attaquer avec succès l'Angleterre dans les sources de sa richesse. Les patriotes désireraient donc que les représentants du peuple auprès de l'armée du Nord fissent une espèce de proclamation relative aux Bataves, pour les rassurer contre la crainte d'être traités comme habitants d'un pays conquis et, par conséquent, contre celle des contributions et des réquisitions. C'est surtout ce dernier point qui les inquiète, parce qu'ils voient que le peuple en est ofirayé et que le gouvernement fait ce qu'il peut pour étendre et augmenter cette crainte. De sorte que si la proclamation qu'ils désirent était conçue en termes propres à dissiper toute inquiétude à cet égard, il ne doute pas qu'elle n'achevât de déterminer un très-grand nombre de ceux qui flottent encore dans une espèce d'incertitude qui, dans l'état actuel des choses, sont plutôt divergents des patriotes qu'ils ne sont partisans du stathouder, et qui alors voteraient sans scrupule pour l'exclusion de la Maison d'Orange.

La proclamation demandée serait parfaitement inutile si la révolution de Hollande était mathématiquement sûre; mais

ello a encore des chances contro elle, et il serait possible que les Français subjuguassent la Hollande sans que les patriotes d'Amsterdam entrassent en insurrection et sans qu'il y eût de leur faute. Tel serait, par exemple, le cas oli le gouvernement enverrait tout-à-coup à Amsterdam une garnison formidable d'Anglais, de Hanovriens, qui enchaîneraient toute leur bonne volonté; ils ne peuvent s'opposer à une pareille mesure tant que Cobourg gardera la Meuse. C'est pour ce cas qu'ils demandent la proclamation, persuadés que les Français ne voudront pas traiter suivant le droit rigoureux de conquête un pays oh, depuis longtemps, ils sont ardemment désirés par la majorité des habitants.

Je livre toutes ces idées aux réflexions du Comité de Salut public^ Si les reconnaissances locales que j'ai acquises en huit années de séjour dans ce pays peuvent m'autoriser à avoir une opinion sur cette matière, je ne dissimule pas que la différence entre les Pays-Bas et la Hollande est fortement prononcée^ tant dans leur nature particulière que dans leurs rapports avec nous et que, dans le cas même de la Cf/nquête, cette différence me paraît demander aussi une différence dans les principes de notre conduite à leur égard {i).

L'état des esprits était tel, qu'on en était venu à redouter un soulèvement général en Allemagne. Notre agent à Baie le constatait en ces termes, le 22 août :

« La levée on masse dont l'Empereur avait voulu menacer la République française est une chimère. Le peuple de la

(1) Cette dépêche est donnée en son entier. Son importance n'échappera pas au lecteur, et s'il se rend compte des phases de la conquête, il verra quel compte on en a tenu.

Souabe et du Margraviat vient do déclarer formellement qu'il ne se lèvoroit pas en masse, à moins que ce ne fût pour se mettre en révolution. En effet, si les princes de TEmpiro avoient été assez impolitiques pour insister sur une lovée en masse, c'éloit fait d'eux. Cette grande vérité a été sentie et va substituer à cette mesure un recrutement forcé, qui augmentera le mécontentement et hâtera le moment de l'explosion. »

« L'Autriche, ajoutait une autre dépêche, est décidée, d'après son dernier traité avec l'Angleterre, do pousser la guerre à outrance. La demande qu'il a fait faire à la Diète de Ratisbonne d'une augmentation de cent-vingt mille hommes a été mise en délibération et communiquée par les députés de la Diète aux électeurs, princes et États de l'Empire pour leur demander des instructions. En attendant, des agents autrichiens parcourent les cours et États de l'Allemagne, pour les faire agréer. L'électeur de Bavière a déjà accédé aux propositions qui lui ont été faites, et on s'attend à voir le duc de Wurtemberg suivre son exemple. Si l'Autriche réussit, au moins faut-il s'attendre que lorsqu'il s'agira du supplément du contingent, elle éprouvera une r*ésistance très-forte de la part dei cultivateurs de l'Allemagne, du moment oii l'on voudra dépeupler les villages par un recrutement forcé.

* Tous les efforts des Autrichiens paraissent, dans ce moment encore, dirigés sur le point de Trêves.

'•) Les Prussiens ont été invités à se joindre à eux ; il paraîtrait, d'après une lettre particulière, qu'ils ne sont point disposés à les seconder (1). »

La coalition n'avait d'autres ressources sûres que les subsides de l'Angleterre et de la Hollande (2). Les

(1) Dépêche de Bâcher, du H septembre.

(2) Dépêches du môme, des 9 et 4 3 septembre.

SI

défaites éprouvées au Nord par la prise de Valenciennes et de Condé la démoralisaient. Des généraux ennemis avouaient qu'ils perdaient toute espérance de voir les armées autri^chiennes se maintenir sur la Meuse , les pertes en ingénieurs et en troupes d'élite subies au siège de Valenciennes étaient telles^ qu'ils assignaient à leur recrutement spécial un délai de trente années. Ce fut à ce moment que Cobourg battu et Clayrfait découragé, un prince de la Maison d'Autriche, le jeune archiduc Charles, à peine âgé de 23 ans, vint se mettre à la tête des armées impériales. Son patriotisme inspira son génie et prépara à nos généraux un rival redoutable. Que faisait la Prusse dans ce désordre général? La dépêche suivante va nous en instruire : la Prusse négociait, et * ce qui la distinguait, c'était son peu de désir d'opérer :

« Je viens d'apprendre par le voyageur que le feld-maréchal Mollendorff a envoyé à Basle (4) pour attendre une réponse du Comité de Salut public, que l'expédition sur Trêves est différée et qu'il est même probable qu'elle pour-

(4) Le 3 septembre Schmertz écrivait à un de ses correspondants en Suisse :

« Dites à M. Bâcher de faire recommander beaucoup de cirt> conspection aux généraux français et de les engager à ne pas » sacrifier inutilement de braves gens qui seront mieux em- » ployés contre les Autrichiens. Vous savez qu'il ne dépend que » du Comité de Salut public d'accueillir les ouvertures faites et » de parvenir au même but sans qu'il soit besoin de bataille. »

roit bien ne pas avoir lieu. Les Autrichiens ont appris que les François avoiont reçu des renforts considérables ; ils se sont aperçu, en même temps, qu'ils ne dévoient pas compter sur les Prussiens, qui mettoient beaucoup de lenteur dans leurs préparatifs et qui paroissoiont peu disposés à coopérer à la prise de Trêves et à celle du poste important do la Montagne verte. Cette expédition paroit donc manquée, et la saison qui s'avance finira parla rendre impraticable.

p Le roi de Prusse vient encore de rejeter tout nouvellement la continuation des subsides do TAngleterre. Il a fait déclarer en même temps formellement à la Diette de Ratisbonne, qu'il ne vouloit contribuer en rien à la nouvelle augmentation de son contingent pour Tarméo de TEmpire, qui n'existoit jusqu'ici que dans les gazettes ; qu'il falloit avant tout le dédommager des frais de la guerre pour la reprise de Francfort et le siège aussi long que coûteux de la ville de Mayence.

» L'insurrection qui vient de se manifester d'une manière extrêmement allarmante dans la Prusse méridionale, ainsi que je t'en ai prévenu par mes lettres précédentes, a forcé, selon la gazette ci-jointe, Frédéric-Guillaume de lever le siège de Varsovie et de voler à la défense de ses propres Etats.

» Une autre considération politique très-importante, c'est que la Maison d'Autriche, qui a échoué jusqu'ici dans tous ses projets d'acquisition ou d'échange de la Bavière, vient d'avoir recours au projet d'un mariage d'une archiduchesse avec l'Electeur qui est très-âgé et auquel on a déjà donné un suppléant qui lui donnera des héritiers. Cette invention perfide va achever de réduire au désespoir la Maison des Deux- Ponts et do provoquer le ressentiment du roi de Prusse, son protecteur, qui s'est toujours singulièrement intéressé à ce que la succession Bavaro-Palatine ne tombât pas dans dos mains autrichiennes. C'était là l'objet do la dernière guerre

entreprise par Frédéric le Grand, et si le roi do Prusse actuellement régnant se voyait joué d'une manière aussi indigne que l'Empereur, il n'y a sorte de ressentiment auquel on doive s'attendre (i). »

La Russie était accusée d'exciter à la révolte le& diverses parties de la Pologne réunies à l'Autriche et à la Prusse, spécialement la Prusse niéridionale. Aussi, le 30 septembre, le gouvernement français était-il avisé que depuis le commencement du mois la résolution polonaise trouvait partout des adhérents. Les patriotes s'emparaient du pouvoir, supprimaient la délégation prussienne, enlevaient les caisses à ses préposés et tentaient d'établir une Diète nationale. Les prêtres, au dire de nos agents, prêchaient ouvertement la révolte dans les chaires de leurs églises, et engageaient le peuple à se lever en masse, à notre exemple, contre l'étranger (2). La Gazette de Brandebourg vQln^dM au cabinet du roi, en censurant ses actes, de lever de nouveaux contingents à l'occasion de la guerre contre la Pologne. Les lettres particulières constataient la généralité de l'insurrection sans cesse grandissante. Ils marchaient sur Breslaw et Francfort sur l'Oder, d'où ils coupaient les vivres à l'armée royale en septembre. Les confédérés avaient prêté serment à Wraclawel

(4) Dépêche de Bâcher, du 24 septembre.

(â) Dépêche de Buchot, commissaire des relations extérieures, du 30 septembre.

de vaincre ou de mourir pour la Confédération, et pour attester leur nationalité, ils avaient fait ériger des potences pour ceux qui trahiraient leur serment (1). Les causes déterminantes de la paix, les voilà .

Au 30 septembre, notre agent secret à Nureml)erg écrivait sur les affaires du recrutement en Empire :

a En Hesso, en Hanovre, dans le pays de Brunswick, en différentes parties de la Souabe et surtout dans le pays de Wurtemberg, dans toutes les villes impériales, dans presque tous les États de TEmpiro, les levées sont proscrites à jamais. Le feu couve partout. Si les troupes républicaines pouvoient pénétrer dans la Hesse, par exemple, les choses se développeroient d'elles-mêmes ; ce pays , mécontent au-delà de Texpression, opposeroit peu de résistance et sa conduite seroit imitée par d'autres États. >

On comprend que la Prusse devait faire payer cher son concours. Notre agent d'Altona édifiait notre gouvernement sur les conditions par la dépêche qui suit :

« Les subsides de TAngleterre continuent à être envoyés «n lettres de change et en espèces à Berlin. Les banquiers

(4) Dépêche du vice-consul de France à Rostock, du 30 septembre.

L'agent secret d'Altona écrivait de son côté, et les événements paraissent justifier ses dires : « Frédéric se voit joué par sa rivale. La Révolution polonaise paraît dégénérer en une faction russe. » (Du 30 septembre.)

du roi et surtout le ministre des finances ne cessent d'écrire à M. Pariset, à Hambourg que les besoins de Tarmée , répuisement du trésor engageroient le roi à suspendre les opérations militaires contre la France si le payement des subsides convenus qui doivent être payés tous les mois éprouvoit le moindre retard. M. Pariset a acheté au cours actuel de Tor 45 mille louis de Prusse qu'il a dû expédier le lendemain pour Berlin (1). »

Un document confidentiel, intercepté par nos postes de cavalerie, va nous instruire des vues et des intrigues de Témigration à l'extérieur et à l'intérieur.

Cologne, le 16 septembre 1794.

M. Halwiny émigré f au comte cPEscarSy capitaine des gardes

de S. A. jR. le comte d* Artois.

J'attends toujours avec impatience, Monsieur le Comte , la réponse de M. le duc de Serrent qui doit m'accuser la réception des trois pièces que je lui ai adressées et m'en dire ce que Monseigneur et lui auront pensé. Il y a encore beaucoup de choses à faire dans ce genre , mais j'en ai fait assez do moimôme et j'attendrai des ordres pour le surplus.

Monsieur l'archiduc Charles va servir à l'armée du Haut- Rhin ; il ira peut-être jusqu'à Vienne ; tout cola présage des changements dans le commandement général de l'armée. Ea attendant , on croit qu'il y aura une affaire générale demain

(4) La môme dépêche annonçait pour l'Autriche une subvention de deux millions de livres sterling ; et ultérieurement le bulletin de Nuremberg adressé aux relations extérieures (secret) annonçait quatre millions d'écus annuellement.

ou après-domain, et dans le fait , si les alliés ne se pressent

pas d*attaqaer, il y a à craindre qu'ils ne soient prévenus.

Tallien et les modérés ont eu un grand échec ; ils se sont trop pressés en votilant faire guillotinei* le reste du Comité ; ils ont effrayé la Convention qui a craint de n'avoir fait que changer de bourreau. Chacun a eu peur pour sa tète et les jacobins ont triomphé. Il y a lieu à craindre que le système de la terreur et des persécutions ne vienne à prévaloir : on ne lit pas sans une indignation extraordinaire qu'un député a osé justifier les atrocités commises à Lyon en protestant qu'il n'avait jamais fait tirer le canon à mitraille à Lyon sur plus de 60 personnes à la fois et qu'il y en avoit eu que i,600 de fusillées.

Actuellement, Monsieur le Comte, que vous êtes à Tarmée, je n'aurai plus do nouvelles à vous annoncer, mais bien des vœux à faire pour que le ciel seconde la plus juste des causes et les efforts du plus infortuné et du plus digne des princes.

Agréez, Monsieur le Comte, mon fidèle hommage.

Signé : Simon Halwin (i)*

Un prince allemand, resté inconnu, faisait à un membre de la famille de Berg, au même moment, des ouvertures sur la paix. Il rendait à notre représentant près la Suisse un témoignage précieux et prouve les tendances de la nation germanique :

« Votre observation que ce ne soit qu'une sage modération qui puisse conserver aux autres États de l'Europe leur constitution est très juste. La plupart des princes en sont persuadés et les

(1) Fin octobre, notre émissaire à Carlsruhe informait notre gouvernement que l'armée de Condé allait entrer au service des ducs de Brunswick et de Holstein et formerait « le contingent de ces deux princes » à la prochaine campagne...

autres en seront convaincus sous peu, pourvu que nous aurions la paix. Quelles tristes pespectives? une guerre ruineuse, des dangers de dehors qui nous menacent? dans Tintérieur, le germe des révolutions.

» Les coalisés sont enfin persuadés qu'un peuple qui veut être libre est invincible; la nation françoise me paroit lasse des scènes do sang et la paix pourroit rétablir dans l'intérieur la tranquilité et consolider son nouveau gouvernement ; pourvu que la Convention nationale déclareroit qu^elle fera cette paix sans vouloir garder de ses conquêtes ; pourvu qu'on les garantiroit de la part des autres puissances de ne jamais s'immiscer dans leurs affaires' domestiques. Alors on seroit bientôt d'accord.

Dites cela à M. Barthélémy qu'on dit homme respectable par ses vertus, estimé par tous les Suisses ; dites-lui que te sort de la guerre et tant de circonstances imprévues pourroient changer la face et que l'Allemagne, poussée à bout dans son désespoir, pourroit faire des efforts auxquels on ne croyoitpas dans ce moment ci et qui ne pourroit que continuer les malheurs de la guerre par les espérances que puiseroient alors les coalisés.

Je crois toujours que les bons Suisses s'acquitïcroient le mieux de l'office de médiateur (i). »

Les princes de l'Empire tendaient d'autant plus à la paix « qu'on appelait publiquement la cause de la coalition celle de l'Empire (2). »> Ils allé-

(1) a Lettre du citoyen Escher de Berg à un des secrétaires de Pambassade de Suisse, à Berg, le 16 septembre. » (Dossier du 30).

(î) ce Lettre du député du Duc et des Etats de Wurtemberg à la Diète de Eatisbonne, adressée au duc de Wurtemberg » sur la proposition de l'Electeur de May ence. — (Dossier du 81 oct.)

guaient ne pas voir dans le système des puissances alliées de garanties pour l'avenir des provinces frontières et recherchaient sans le trouver leur intérêt propre dans la guerre actuelle. Ils reprochaient à la coalition d'avoir voulu faire passer l'Autriche, mais non l'Empire « comme seule et unique puissance belligérante. » Tous les avis annonçaient l'acquiescement de la cour de Berlin, assez prudente pour faire dire de sa diplomatie qu'elle ne jugeait pas à propos d'ouvrir des négociations ; elle déclarait cependant devoir s'y rallier. Ses désirs secrets avaient été si bien celés que l'envoyé extraordinaire du duc de Wurtemberg à Ratisbonne rejetait tout sur l'Autriche comme espérance sérieuse d'une paix ! La cour de Vienne, selon lui, ne s^opposerait pas aux intentions du corps germanique ; elle regarderait cette démarche comme un essai qui lui apprendrait comment on pourrait dans la suite généraliser cette paix; peut-être même saisirait-elle cette occasion pour en conclure une séparément ; elle ne pouvait continuer à servir les intérêts tout particuliers de l'Angleterre avec la France qui restaient indépendants de ceux des autres puissances. La conclusion était d'en appeler à la médiation de la Suède et du Danemark.

Notre émissaire à Carlsruhe annonçait à la même date l'arrivée d'une dépêche portant un ordre royal par lequel le cabinet prussien signi-

fiait à ses généraux de ne pas faire marcher un seul homme « au secours de Mayence. » Le traité des subsides avec le cabinet anglais expirant au premier jour du mois de novembre, on se demandait quel parti prendrait Frédéric-Guillaume. Une lettre de Francfort annonçait de son côté que les triomphes des armées républicaines avaient pour résultat immédiat la retraite des armées prussiennes.

On s'attendait dans . cette ville à voir les Français l'occuper comme ils l'avaient fait deux an& auparavant.

La Prusse méridionale et la Pologne étaient en pleine insurrection. L'armée de Mollendorff lançait contre elles vingt mille hommes pour achever d'écraser les insurgés. Le célèbre suédois Fersen s'était trouvé parmi les vainqueurs. La Russie, entrevoyant plutôt le résultat à venir que les discordes avec la Russie sur cette question, avait pris les armes à son tour et le bruit de la mort de Kosciusko avait circulé jusqu'à Leipzig. Un des lieutenants du général en chef n'était, au contraire, qu'à une journée de marche de Francfort sur l'Oder. Berlin avait été dégarni aussitôt et sa garnison s'était portée à marches forcées au secours de cette ville. La Pologne succomba avec son héros.

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