AVKUX INTIMES DE MARIE-THÉRÈSE SUR LA POLOGNE
(Ch. IV da livre i^.)
Ce 2 juillet 1772.
Comte Meroy,
J'ai marqué à ma .fiUe que je vous ai chargé d'une commission particulière pour elle qui m'intéresse beaucoup, comme souveraine et comme mère. La voilà.
Notre malheureuse situation, tant pour la Pologne que pour les Prussiens et Russes, avec lesquels nous sommes ioccés de tenir pour éviter plus g^fand xp^^ ne change st^rement rien à l'envie et constance, de préférence à tousy de l'alliance avec la France et l'Espagne, unique, naturelle pour nos intérêts et maisons. Ce point mis de base, je ne dis, p^s que la France n'ait quelque sujet de plainte ^ur la fagon comme tout est allé, qu'on n'a pu la prévenir, ce n'est pas manque de bonne volonté ; mais, ayant à faire à un parti plus fort, qui s'était concerté 4epuis longtemps» et l'insii^Biiance totale de la Porte leur donnant beau jeu, nous ne pouvîonsbsans risquer notre propre existence, i^ous refuser apx pffres qu'on nous a faites à la fin de février, avec la clause ^presse de ne rien communiquer à personne. Notre situartîon létait telle que nous ne pouvions refuser, mais nous ii'«VjOns jusqu'à ce moment.même QOi^Qre riou conclu, j^i^oranique, par des événements non «tjlendus, qqus pi^ur^r^ç^s ' ifaire changer de face toute la négociation ; mais tous qos <UHnspnt été inutiles^ et nous ayons dû mém^ aous résQu^re
h accéder à leurs traités. Le courrier partira en trois jours pour signer.
Rien au monde ne m'a fait plus de peine, mais surtout le tort que nous avons vis à vis de nos alliés de toute FEurope, «omme si nous préférions un intérêt particulier à toute honnêteté et égards.
Nous aurions mal calculé un village d'augmentation au roi de Prusse, encore plus un si grand objet et pour nous de la dernière importance, tant que nous ne pouvions espérer de l'empêcher et même en avantageant la Russie. Nous Pavons tenté, mais voyant que tout était inutile, il fallait choisir le moins mauvais parti, car un bon ce n'est plus question.
Voilà donc notre triste situation, en même temps que le ministre en France est bon Prussien. Les humiliantes avances qu'il a faites au roi sur ce sujet nous ont rendus aussi plus circonspects, et le roi de Prusse plus intraitable. De la confiance ne nous pourrons guère avoir dans cet homme. Nous savons pour sûr que l'Angleterre et le roi de Prusse veulent gagner la Barry; vous devez mieux savoir que moi si vous croyez la chose telle. Le roi est constant dans ses amitiés et j'ose appeler à son cœur ; mais, il est faible, ses alentours ne lui laissent pas le temps de réfléchir et suivre son propre sentiment.
Vous voyez par ce tableau combien il importe à la conservation de l'alliance qu'on emploie tout pour ne pas se détacher dans ce moment de crise pour jamais. Je ne me séparerai jamais du système adopté; j'en ai donné des preuves convaincantes ; mais si la France pateline avec la Prusse, quj la trompera sûrement, alors je dois vous dire que c'est le seul point oh je ne pourrais m'empêcher de changer de mê me, à mon grand regret; mais cela serait infaillible. Pour empêcher ces maux et ces désagréments pour la monarchie et la famille, il faut employer tout, et il n'y a que ma fille, la Dauphine, assistée par vos conseils et connaissances du local, qui pour-
Tait rendre ce service à sa famille et à sa patrie. Avant tout» il faut qu'elle cultive par ses assiduités et tendresse les bonnes grâces du roi, qu'elle tâche de deviner ses pensées, qu'elle ne le choque en rien, qu'elle traite bien la favorite. Je n'exige pas des bassesses, encore moins des intimités, mais des attentions dues 'en considération de son grand-père et maître, en considération du bien qui peut en rejaillir à nous et aux deux cours ; peut-être l'alliance en dépend.
Je me suis étendue un peu au long sur ce chapitre ; il est d'une si grande importance que je m'attends de vos soins et de ceux de ma chère fille que vous emploierez tous vos soins et elle tous ses agréments, en se détachant des préjugés qu'on pourrait lui suggérer contre. Il n'y en a aucun de valable, en comparaison du bien qu'elle peut faire. J'attends tout de vos soins et de sa tendresse, et croyez-moi toujours votre bien affectionnée (1).