DÉMBMBREMRNT PROJETÉ DE LA SUÈDE PAR FRÉDÉRIC H
SOMMAIRE. — Politique traditionnelle de la France et de la Suède. — Instructions à M. de Breteuil. — La Russie et la Suéde. — Projet de partage de la Suède. — Frédéric II inspirateur. — Affaires de Pologne. — Indignation de la Suéde.
Les traditions de la politique française constatent ^ntre la Suède et notre pays une entente inspirée par la communauté d'intérêts. Protecteur des protestants d'Allemagne, Henri IV y avait joint une balance favorable aux Provinces Unies et aux Etats Scandinaves. Le génie de Richelieu s'était appliqué à consolider le protectorat du Rhin, il avait appelé la Belgique à Tindépendance en rectifiant ses frontières de concert avec la Hollande, ligué avec Gustave- Adolphe il avait lancé ce grand capitaine dans le flanc de l'Autriche et secondé les électeurs de Saxe, de Brandebourg et de Bavière dans leur particularisme. La France et la Suède avaient rallié à elles les puissances protestantes et, balayant loute opposion par le génie de Gustave comme par la vigueur
de Bernard de Weimar, ravalent enfin emporté ► La Paix et le Traité de Westphalie^ célébrés par Schiller, en avaient été les suites, œuvre de salut pour la Germanie, prépondérance toute au profit de la civilisation, politique justement nommée d'équilibre et qui a été la forme première du prîn-^ cipe des frontières naturelles méconnu par l'Autriche, puis par la Prusse. Les puissances non civi- Usées du nord de TEurope et de l'Allemagne se sont élevées tour-à-tour contre les défenseurs de cette politique. Il en est des empires comme des individus. Le partage projeté de la Suède en 1764 va en fournir la preuve.
Nommé ambassadeur de France à Stockholm en 1763, le baron de Breteuil avait reçu de son ministre, M. do Praslin, des instructions nouvelles. Ce dernier y constatait lés fautes de Charles XII, les sacrificesqui en avaient été la suite. La Russie avait obtenu plusieurs provinces, le Hanovre avait été augmenté de la célèbre ville de Brème, et la Prusse, toujours en éveil, avait gagné une partie de la Poméranie- L'importance de la Suède en avait été diminuée.
« La Suède, porte la note confidentielle, s'aperçut » que la perte d'une portion si considérable de » ses Etats la privait de Finfluence qu'elle avait dans » les affaires générales de l'Europe, lorsque unie » entièrement et agissant de concert avec la » France elle contribuait efficacement, tant par cette Il union que par les plus grands succès dans la
» guerre, à maintenir la liberté de TEmpire. Les » Suédois sentirent avec le plus sensible regret » qu'ils étaient dans une dépendance presque abso- » lue des puissances qui venaient de partager leurs » dépouilles et qu'ils ne rétabliraient jamais leur » ancienne considération que par la protection et » les secours de la France. Ils firent part au roi » de leurs dispositions et Sa Majesté, qui désirait » sincèrement de voir ces alliés si constants de sa » couronne sortir de l'état de faiblesse où ils étaient » réduits, les a aidés jusqu'à présent par des subsi- » des qui les ont mis en état de remettre sur pied » un corps assez considérable de troupes et de for- » mer une marine (l). »
La seconder toujours restait le fonds de la conduite imposée à M. de BreteuiL Les gratifications et les faveurs pécuniaires devaient être continuées aux membres du parti patriote, aux gentilshommes pauvres et zélés, aux bourgeois sans fortune et au clergé inférieur; d'autres subsides étaient également fournis pour diriger les élections de la Diète et Pachat des pleins pouvoirs, de concert avec le souverain lui-même. Les Etats comprenaient trois partis : celui de la France, celui de l'Angleterre et celui de la Russie. L'or du chevalier Gooderîck l'emporta et la Diète consentit, le 5 février 1766, un
(4) V. dans Hist, génér, de laDiphm, franc. ^ par M. de Flassan^ i. V., 7« ép., liv. 2.
traité d'amitié avec l'Angleterre qui devait être modifié en traité d'alliance défensive.
Telle était la situation politique du pays de Gustave-Adolphe au lendemain de la crise suscitée par l'intempérance de Charles XII.
Que pensait la Russie de son antagoniste sur la Baltique ? quel parti entendait-elle tirer des subsides que comptait son ministre Ostermann ? Ses versements étaient-ils aussi désintéressés queleprétendait le dispensateur? ---Le roi de Prusse, vainqueur de l'Autriche, debout en armes dans une partie de la Poméranie, jugeait-il utile de s'en tenir à cette part de conquête ? — Le Danemarck, de son côté, hostile à un peuple comme à une couronne qui pouvait revendiquer une communaulé d'origine, affirmait-il loyalement son ambition?
Nous savons, depuis une publication désormais classée, que V Histoire militaire de V Europe est à refaire pour la durée du règne de Louis XIV (1). On en peut dire autant de Vhistmre diplomatique au xvni* siècle. Des découvertes récentes ont modifié les jugements divers portés jusqu'ici. La connaissance d'articles secrets qui seuls peuvent donner la clef des -événements ou des moyens employés, voilà l'élément nouveau des discussions historiques. Ainsi en est-il de la question que nous traitons :
(1) Opinion que nous a personneUement donnée M. Ch. de Rémusat sur V Histoire de Louvois^ par M. C. Rousset.
le démembrement de la Suède. Inconnue jusqu'en 4876, cette entreprise a été révélée par un de nos historiens au courant des affaires des Etats Scandinave?. Elle est indéniable par l'origine des documents mis au jour et par leur authenticité. Les cours de Berlin et de Saint-Pétersbourg n'ont pas eu lieu de s'en féliciter, c'est le pendant de la Pologne dévoilé! On a pu prouver que les deux démembrements avaient éié préparés à la fais(i). Les Archives générales de Berlin , explorées avant 1870, ont permis de reproduire le texte de ces menées secrètes d'après instrument original. La publicité que lui a donnée, dans sa langue maternelle, un publiciste suédois, accroît sa sincérité et témoigne de sa valeur (2). Les papiers d'État du comte de Solms , ministre de Prusse en Russie , le contiennent ainsi qu'il suit :
« Il est parfaitement connu aux deux parties » contractantes que la forme de gouvernement » établie et confirmée par les serments des quatre » États de Suède est souvent ébranlée dans ses par- » ties les plus essentielles par les différentes altéra- • tiens qu'une faction a faites à l'équilibre du » pouvoir, partagé entre le roi, le Sénat et les
(4) Nous avons emprunté au beau livre de M. Geffroy sur Gustave III et la cour de France, les documents relati& à cette partie de notre étude.
(2) Dissertation de M. Teugberg sur Catherine II et son projet d'aUiances du Nord.
» susdits États. Et comme ladite faction a été for- » mée et entretenue par certaines puissances étran- » gères et s'est acquis , au moyen de leur appui , » une grande supériorité dans les affaires de sa » patrie, en travaillant, suivant les convenances » mutuelles, à tenir ses concitoyens dans une » mutuelle agitation et en les excitant à se mêler » dans tous les troubles du dehors sans se mettre » en peine des véritables intérêts de la Suède, qui » lui rendent le repos nécessaire , Sa Majesté le » roi et Sa Majesté Timpératrice , pour prévenir le& » fâcheuses suites qui pourraient en résulter, » s'accordent et s'engagent, par cet article secret, » à donner dès à présent à leurs ministres résidents » à Stockholm, des instructions suffisantes pour ») qu'agissant en confidence et dans les mêmes » principes entre eux, ils travaillent de concert » tant à affaiblir ce parti turbulent par des moyens » convenables, qui pourront être mieux choisis » sur les lieux mêmes , qu'à appuyer et assister » ceux d'entre les Suédois qui connaissant eux- » mêmes la pesanteur de leur joug , osent encore
» y résister Si toutefois la coopération de ces
» ministres ne suffisait pas pour atteindre le but D désiré , alors , suivant les circonstances et spécia- » lement dans le cas où Ton aurait à craindre ua » renversement total de la forme du gouvernement » de la Suède, Leurs Majestés se réservent la » liberté de se concerter plus particulièrement
» sur les moyens de détourner un événenaent si « dangereux et de maintenir la susdite forme » de gouvernement en son entier y afin de con- » server par là la tranquillité générale et princi- » paiement celle du Nord. »
L'entente, une fois établie, les contractants jetèrent les bases de leur partage. Le représentant de Frédéric II à Saint-Pétersbourg écrivait , le 23 août 1763, que ce cabinet était contraire à ce que les Polonais érigeassent une forme de gouvernement autre que celle du sisto activitatem. Il demandait à son souverain d'appuyer « dans ce pays une certaine confusion; » celui-ci lui répondait, quelques jours plus tard , qu'il approuvait ces idées. On était deux, l'accord du Danemarck porta à trois le groupe des complices, traité du 11 mars 1765; il était conclu pour buit années et dans une double pensée de haine contre la Suède et la Pologne . Ne rien modifier à la Constitution du pays de Gustave , faire du nouveau maintien voté par sa Diète ce une seconde loi fondamentale, invariable et permanente, » tel était l'objet du pacte. La correspondance du ministre danois auprès de Catherine le spécifie ainsi en 1765. Une seconde dépêche du même diplomate à sa cour est plus grave. On y lit ces paroles : « On est ici très- convaincu que Tlmpératrice trame une révolution en Suède. » Elle s'opposait à toute conclusion des affaires , et, excitant les murmures du peuple , elle voulait le
pousser à porter la main sur la Constitution. C'était le moment choisi dans sa pensée pour intervenir en faveur des réformes de 1721, que la Russie avait audacieusement garanties à cette époque, un peu par notre faute. Toute insurrection à Stockholm devait avoir pour résultat un gage de paix publique pour le cabinet moscovite , car il devait , disait-il , prendre ses sûretés. Cet euphémisme hardi couvrait ses visées secrètes sur la Finlande. Une armée russe devait affirmer sa doctrine en s*emparant de cette riche contrée dont les beaux ports favorisaient l'essor d'une marine militaire et commerciale.
Le roi de Prusse était beau-frère du roi de Suède et Timpératrice Catherine nièce de ce souverain.
On préluda au sort de la Suède par l'immixtion dans les affaires de la Pologne.
Auguste III était mort en 1763, laissant ce malheureux pays en proie à Panarchie gouvernementale, prélude des coalitions étrangères. Un traité secret conclu l'année suivante entre Frédéric II et Catherine eut pour but : d'interdire à aucune famille de s'emparer du trône électif. Les deux parties s'engageaient à repousser s'il le faut « par les armes » sa transformation en royaume héréditaiî'e. Le sommeil de la léthargie avant la mort violente 1 Nous verrons bientôt comment on y parvint.
Un document inédit va nous instruire des craintes de certains patriotes Scandinaves et des efforts de la
cour de France pour prévenir le démenibrement projeté contre l'allié de la Guerre de Trente ans.
L'agent français à Stockholm, Tabbé Duprat, signala, le 6 noven>bre 1767, l'impression de colère et de douleur éprouvées par le cabinet suédois à la nouvelle des événements survenus en Pologne :
« La colère et la frayeur se trahissent à la fois, M dit-il; quelques membres du Sénat ont paruy> applaudir à l'enlèvement des évêques de Cracovie » et de Kiovie ; ils ont même osé rire quand on » leur a lu le détail de ces actes révoltants. Man- » dés parle ministre de Suède à Varsovie, M. de » Lowenhielm, ministre des affaires étrangères, » n'a pu s'empêcher de relever cette façon incon- » venante d'apprécier de tels outrages à la liberté » d'une nation indépendante et voisine , et il leur y> a dit que ce devait être plutôt pour des Suédois ^ un sujet de réflexions sérieuses et de larmes. »
L'abbé Duprat donnait enfin, dans sa dépêche du 8 avril 1768, des indications précieuses sur les rapports établis secrètement contre la Suède et contre nous entre la Russie et la Prusse :
« Votre Grandeur n'ignore pas, disait-il, qu'il » existe une correspondance particulière et suivie » entre la reine de Suède et le roi de Prusse son » frère. J'en ai reçu des notions que je puis donner T> comme 4rès-eertaines. La reine , dans une lettre » écrite il y a quelques mois au roi son frère sur la » situation générale des affaires politiques, s'est
» expliquée avec franchise et grandeur d'âme relati-
» vement à sa satisfaction d'être d'accord avec les
y> patriotes et de faire enfin cause commune avec la
» France contre la Russie. »
La fin de cette lettre disait :
« Vous me trouverez peut-être trop fière dans y) mes sentiments et dans leur expression, mais » songez que c'est votre sœur qui pense et qui parle » de la sorte (1). »
Le respect de l'autorité des Etats aux dépens de l'autorité royale était le mot d'ordre des cabinets de Berlin et de Saint-Pétersbourg. Au cas où le parti patriote (le parti des chapeaux qui était le parti français), eût réussi à rendre à la couronne ses droits, les deux cours s'engageaient à regarder ce fait comme devant donner lieu au casus fœderis. Par cette habileté de langage en entendait à Berlin recourir aux armes, expulser la Suède du corps germanique; pour lui interdire désormais tout accès dans les affaires de l'Empire , on se proposait de lui prendre la Poméranie. Cette province ne formait-elle pas une partie intégrante de la Prusse , cette clef du Brandebourg , chère au cœur de son vrai roi ?
(4 ) M. Geoflfroy , môme ouvrage. Cette publication a causé une véritable révolution historique, relativement à T Allemagne du xviii^ siècle. Son auteur devait la continuer pour notre pays en étudiant le rôle politique de Marie- Antoinette, sous son vrai jour.
Article sec^^et y troisième du traité entre la Prusse et la Russie {conclu à Saint-Pétersbourg, le 12 octobre 1769).
(c Les hautes parties contractantes s'élant déjà » concertées par un des articles secrets du traité » d'alliance, signé le 31 mars de Tannée 1764, sur » la nécessité de maintenir la forme du gouverne- » ment confirmée par les quatre Etats du royaume » de Suède, et de s'opposer au rétablissement de la » souveraineté. Sa Majesté le roi de Prusse et Sa j) Majesté l'impératrice confirment de la manière » la plus solennelle, par le présent article, tous les I) engagements qu'elles ont contractés alors, et i> s'engagent de nouveau à donner à leurs ministres » résidents à Stockholm, les instructions les plus » expresses pour qu'agissant en confidence et d'un » commun accord entre eux, ils travaillent de con- » cert à prévenir tout ce qui pourrait altérer la » susdite constitution du royaume de Suède et » entraîner la nation dans les mesures contraires » à la tranquillité du Nord. Si toutefois la coopéra- » tion de ces ministres ne suffisait point pour » atteindre le but désiré, et que, malgré tous les » efforts des deux parties contractantes, il arrivât » que l'empire de Russie fùl attaqué par la Suède » ou qu'une faction dominante dans ce royaume » bouleversât la forme du gouvernement de 1720
» dans les articles fondamentaux, en accordant au » roi le pouvoir illimité défaire des lois, de déclarer » la guerre^ de lever des impôts, de convoquer les » Etats et de nommer aux charges sans le consente* » ment du Sénat, Leurs Majestés sont convenues » que Pun et l'autre de ces deux cas, savoir celui » d'une agression de la pai't de la Suède, et celui » du renversement total de la présente forme du » gouvernement, seront regardés comme le castis » fœderis. Et Sa Majesté le roi de Prusse s'engage, » dans les deux cas susmentionnés et lorsqu'elle en » sera requise par Sa Majesté l'impératrice, à faire » une diversion dans la Poméranie suédoise, en » faisant entrer un corps considérable de ses troupes » dans ce duché. Ce présent article secret aura la » même force et vigueur que s'il était inséré mot » pour mot dans le traité principal d'alliance défen- » sive signé aujourd'hui et sera ratifié en même » temps. — En foi de quoi il en a été fait deux » exemplaires semblables que nous, les ministres )) plénipotentiaires de Sa Majesté l'impératrice de » toutes les Russies, autorisés à cet effet, avons » signés et scellés du cachet de nos armes.
» Fait à Saint-Pétersbourg, le 12 octobre 1769. » Victor-Frédéric^ comte de Solms. G. N. Panin, » Prinze A. Galitzin. »
Six ans auparavant, le roi de Prusse et le roi de Suède avaient conclu un traité de paix à Hambourg. Us l'avaient déclaré « inviolable tant par mer que
parterre, » se promettant « une amitié sincère et constante » et s'étaient interdit « aucune sorte d'hostilité de part et d'au ire, secrètement ou publiquement. » Par l'article 5 : « Sa Majesté et la Cou ronno de Suède se réservent la qualité de garant de la paix de Westphalie, avec tous les droits, prérogatives et avantages qui en dépendent. » Il s'écoulait à peine deux années que remis des périls et des défaites de la Guerre de Sept ans, victorieux par la diplomatie de Hertzberg autant que par ses armes : Vous avez fait la paix comme f ai fait la guerre, un contre pluMcurs, Frédéric jurait la ruine d'un Etat auquel sa Maison devait l'affermissement de sa puissanc^e et par le traité d'Osnabruck le premier rang chez les Protestants de la confession d'Augsbourg.
Le traité du 13 décembre 1769 entre la Russie et le Danemarck donne l'esprit de ses auteurs dans les articles restés secrets jusqu'en 1870 :
« Art. 2. Les deux hautes parties contractan- » tes, étant également convaincues que l'intérêt » immédiat de leurs couronnes est attaché au main- » tien de la forme du gouvernement de la Suède, » et voulant déterminer le point par lequel cet » intérêt se trouverait essentiellement blessé, ont » arrêté que le bouleversement de la Constitution » de 1720, en tout ou même dans une seule de » ses parties, en tant que l'altération faite à cette » partie tendrait à restreindre le pouvoir des Etats » et à étendre les prérogatives du pouvoir souve-
» rain, sera regardé par les deux couronnes comme » une agression de la part de la Suède, et constituera, » sans aucune explication ou discussion ultérieure, » le casiLS de leur alliance.
» Art. 10. Sa Majesté impériale de toutes les » Russies, en conséquence de ses sentiments » d'amitié pour Sa Majesté le roi de Danemarck et » de son système politique relativement à sa monar- » chie, voulant considérer tout agrandissement en » faveur de cette œuronne comme un agrandisse- » ment propre à son empire, promet et s'engage » que, dans le cas de guerre contre la Suède, à » laquelle Sa Majesté danoise participera selon la » teneur de ce traité, toutes les conquêtes qui » pourront être faites sur les Suédois du côté de la » Norwège, elle les garantit à Ladite Majesté, qu'elle » ne conclura ni paix ni trêve, ni entendra aucune » proposition sans le consentement et la participa- » tion de Sa Majesté danoise, et qu'elle ne mettra » point bas les armes sans qu'il soit accordé à » Sadite Majesté une indemnité pour les. frais de la » guerre ou un agrandissement convenable, par la » cession de toutes lesdites conquêtes ou partie, » comme aussi de son côté Sa Majesté le roi de » Danemarck et de Norwège promet et s'engage » de conclure ni paix ni trêve, ni entendre A aucune » proposition sans le consentement et la participa* » tion de Sa Majesté Impériale de toutes les » Russies. »
Que pouvons-nous ajouter à ces témoignages de la politique prussienne ? Ne sont-ils pas écrasants pour Frédéric II? sanglants pour son honneur? Le Danemarck a payé en 1815 ses fautes de 1764 et de 1769. La Russie a vu flétrir par la conscience des peuples ses infatigables ambitions et la mémoire de Catherine II... La justice et le droit sont imprescriptibles, parce qu'ils portent en eux la vérité. Le duc de Cboiseul devina plutôt qu'il ne connut ces sinistres projets, sa perspicacité sut les déjouer, ce sera son mérite.