CHAPITRE VI
DÉMEMBREMENT PROJETÉ DE lA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE PAR LES CONTINUATEURS DE FRÉDÉRIC II
S(HQfAIR£!* — Caractère de la Révolution ^nçaise et de la Révolution anglaise — Custine sur le Rhin. — Dumouriez conquiert la Belgique. — R^le de la Prusse. — Deuxième invasion de la France par la Prusse. — Défaites de ses armées. — Déclarrtion de Frédéric à la Diète de Ratisbonne. — Répliques des l^inces. — Traité de Postdam avec la Opnlition. — Troisième invasion de 1; Prusse. — Battue parla France, elle prrtrge de nouveau la Pologne. — Négociations secrètes. — Le Saint-Empire demande la paix. — La Prusse ^aite séparément. — Son œuvre au xviii* siècle.
Ia mort de Louis XVI isola la France du concert ei;ffopéen. A la haine des Jacobins répondit Tindigi;iatîon des cours ; le maratisme avait voulu une guerre sans merci entre les trônes et la nation française : Tannée 1793 vit réaliser ces coupables alternatives. L'exécution de Charles l^^ avait consterné les cabinets , mais ils avaient respecté Tindéppjgi^noe de l'Angleterre : i*Euro.pe ne crut pas devoir respeet^r la £^re. lious •aholiasiiMis , iiow^ le T^ime féodal^ tandis ^q^^ l^Aii^^dcre >n 'avait ^\}p-
primé qu' w f^riçce poiy: .cpjjsçryqr ^ JiJtH^Jté pftrje-
mentaire. Les questions de Tordre social l'emporteront toujours dans le conseil des gouvernements sur les questions purement politiques. Le motif de la divergence d'appréciations à Textérieur est là (1).
En 1793, la France eut en face d'elle toute l'Europe. V
Si sa Révolution, partout approuvée des peuples, les avait appelés à des espérances généreuses mais légitimes, la chute de la royauté, les massacres de septembre et le 21 janvier parurent donner gain de cause aux craintes des gouvernements. Des nations, jusques-là divisées depuis plus de deux siècles, s'unirent. L'aveuglement fut le dernier mot de cette croisade armée pour vingt ans encore (2). L'Angleterre y brilla au premier rang pour gagner Tempîre des mers et organiser cette puissance financière qui devait rendre tributaires de son alliance les cabinets et les peuples.
Dans cette mêlée, quel fut le rôle de la Prusse?
Après Jemmapes et Valmy son armée repassa le Rhin dans les premiers jours de novembre; elle établit ses cantonnements aux environs de Coblentz, nom douloureux pour de folles espérances , et s'y
(4) Soutenir l'esprit de réforme et accabler la France sous le poids de désastres nés d'une coalition armée au nom de la sûreté des trônes, telle fut en 93 la politique injuste de Pitt.
(8) Le maréchal Baraguéy-d'Hilliers, ancien aide-de-camp de Custine, a publié sur lui des Mémoires que devront lire ceux qui aiment l'bistoire étudiée aux sources. (Edit. de 4794).
reposa de ses fetignes^ de ses défaitei^. L'attaque de Mayeîice par Custine ne la laissa guère ptofiter du calme que lui avaient protnis ses chefs. Frôdériô* Guiliautoe regretta trop tard d'avoir détaché CJayrfet contre Dumouriez dans les Pays-Bas : la République se permettait de battre les soldats de la coalition I Le généra français mit à contribution les riches contrées du Rhin. Maître de la ville de Mayénce , renommée pour le plus solide rempart de TEknpîre à TôccidOTt et la clef de k rive droite du RMn, fi planta l'arbre de la liberté sur le territoire allemand, vit des traîtres renier leur patrie, et dieta ses conditions à Francfort. L'appui prêté aux émigrés ftit etpié par une contribution de gueire d'un miUioâ et demi.
La Belgique conquise par Dumouriez, Glayrfal^ détrtiît, apprir^îït à la Prusse ce que valent d'im^ pî*u(tentfe Èûanifestes. Le duc de Cobourg f«à?t maltraité à Ner^îaden à la tète des forces autrichien* nés, rorgueît de Brunswicfc-^CMs Mtueva au Nor^d rinsuoeès des troir^ germaniques.
L'armée du Haut*Rhin se retouroa de son côté contre Titop^évôyant Custine. Elle dut réduire te fort de KoBîiîgsteiri , qui c<Hnmandaît la route de Tintérieur de l'Alléaiiagne à Goblentz. Il fallut un^ lâège èé' trds mois i!)Our réduire une gaamison de quatre cents hommes, plutôt un blocus qu'un siège. Lareddition de Mayence au roi de Prusse, le succès de Pirmasens, et la prise, des lignes de Wissem'-
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bourg furent sans résultat pour le prince de Brunswick. Il dut reculer pour concentrer ses forces , sa victoire n'avait été que fortuite. L*armée française remporta enfin à Wattignies le 18 octobre et compléta ses faits d'armes dans le Nord par le déblocus de Maubeuge, sur la frontière des Pays-Bas. Le défaut de génie militaire, la division chez les coalisés, la démoralisation de leurs troupes combattant pour un principe qu'elles ne comprenaient pas, sauvèrent la France , déchirée à l'intérieur de l'Est à l'Ouest (1) et trahie dans les camps par Dumouriez , naguère glorieux I
A leur tour, les Autrichiens durent fuir.
L'^entreprise contre Bitche fut déjouée par les Français, qui reprenaient Toffensive : Hoche à la tête de l'armée de la Moselle, Pichegru sur le Rhin. La victoire de Hoche à Reichsoffen, remportée le 22 décembre 1793, isola les forces de Brunswick qui ne put plus- se maintenir. Les lignes de Wissembourg, enlevées malgré leur intervention, le tacticien du Pigeonnier dut battre en retraite de Klembach sur la Scheerhole et de Bobenthal sur Weiler. La défensive de Lauterbourg ne put arrêter rélan des troupes françaises, qui culbutèrent à la troisième attaque les forces allemandes.
La déroute de Wurmser obligea Ips Impériaux à franchir le Rhin à Philipsbourg et décida du sort
(4) Ces divisions menaçaient, au dire de M. Thiers, la base d'opération de nos armées (t. Y» ch. S3).
des Prussiens. Le corps de la Scheerhole se porta sur Albersweiller, où il fut rejoint par le prince de Hohenlohe. Les armées de Kalkstein et de Kalkreuth se retranchèrent entre Bingen et Oppenheim. Landau fut reprise au cri devenu célèbre de : Landau ou la mort, les vainqueurs établirent leurs quartiers sur la Blies , la Sarre et la Queich. Encore une fois la Prusse était battue et la coalition vomie hors des frontières républicaines , de Brunswick à Wurmser.
Cette seconde campagne fut aussi peu digne et honorable pour les élèves de Frédéric II qu'elle fut glorieuse pour la France. La coalition dont cette ingrate puissance était l'âme paya cher la reprise de Mayence , elle ne put se vanter de rien , ses victoires ayant été sans résultats et ses défaites décisives. Le duc de Brunswick, usé par la méfiance de ses collègues, rebuté dans ses efforts, attristé du défaut d'unité dans les opérations , se démit du commandement. Il attesta dans une lettre au roi l'égoïsme et la ruse de ses collègues, il les accusa d'avoir rendu vaines les mesures prises par lui dans les deux années de luttes. Se répandant en moraliste qui sait les hommes , il ne se flattait pas d'échapper à la sévérité de leur jugement; il affirma qu'une troisième invasion ne serait pas plus heureuse que ses aînées , attendu que les mêmes causes existaient toujours et déclara abandonner la charge de généralissime.
Le feld-marécbal Mollendorf Itri fut dotftié pour successeur. Mais la Pï^osse était sans ressources. La vie de cour, rexpédrtîon de Hollande et la guerre contre la France avaient épuisé les épargnes traffitîonnelles. Aussi Frédéric-Guillaume déclara-t-il aux Etats de TEmpire qu'il invitait « les six cerdes les D plus exposés à entretenir provisoirenïerft son » armée jusqu'à ce qu'on eût pris à Ratislxmne ime » décision convenable à cet égard. Il serait forcé, en » cas de refus, de rappeler du Rhin la plus grande » partie de «on armée. » On était loin du Manifeste de 1792.
Les princes allemands répondirent au roî : « Qull » étaft difficile de décider si la France aurait nSs » plus d^empressement à faire k guerre à TAlIe- » magne que la Prusse à la France ; que îe roi, en » prenant les armes, n'ayant suivi que son propre » mouvement, il pouvait d^autant moins prétendîSB » que d'antres se chargeassent de Tentretien de » son armée, que ses troupes n'avaient point gwanti » les pays limitrophes des tentatives de Tenneim, » et qu'ils étaient tellement épuisés, par suîte' âe » l'occupation de leur territoire, qu^s avaient eux- » mêmes besoin d'assistance. Qu'en général, si l'on » voulait examinera quoi aboutissaient les àlîiancefs » avec les puissants, et compulser llristoire des ». peuples, on verrait que le protégé finissaît toth- » jours par devenir la proie du protecteur; que ces » actes d'injustice commençaient par de légers
» empiétements et se termiiutient par la raine du » plus ftdble. Et que, tout bien oonsidéré, le moyen » qui; dons les conjonctures actuelles> paraissait ]> le pins honorable^ le moins dispendieux, etpeut- » être le plus salutaire^ serait de suivre l'exemple » de la France en faisant une levée en masse et » laissant à chacun le soin d'armer les siens. »
Le roi; chagriné par cet esprit d'opposition , répliqua avec humeur : a QuHl serait dangereux de » présenter à l'ennemi bien exercé et bien aguerri > une masse de forces mal organisées^ et qu'il ne 9 lui paraissait pas convenable^ vu la disposition » actuelle des esprits, d'arracher le peuple à ses » foyers et à ses occupations ordinaires. j>
Le souverain publia enfin ime déclaration qui annonçait à la Diète qu'il rappelait ses troupes, à l'exception du contingent fôdéral, vingt mille hommes : l'armée se dirigea en effet sur la Westphalie.
La Hollande et l'Angleterre, désespérées d'un pareil acte qui dévoilait une défection caractéristique, offrirent, l'une pour sanver sa liberté, l'autre ponr gagner la souveraineté des mers, l'or nécessaire à indemniser la Prusse repentante. Lord Malmes*bury pour le cabinet de Londres, le comte de Haugwitz pour la Prusse, le plénipotentiaire de Spiegel aa nom du stathouder, signèrent à Post* dam le traité que voici :
« La Prusse et les puissances maritimes s^enga- » gent, Tune à mettre en campagne, avant le 24 mai.
n une armée de soixante-deux mille quatre cents » hommes, et les autres à payer de suite 300 mille » livres sterling pour frais d'armement, 100 mille »> livres à la fin de la guerre, 50 mille par mois » comme subsides, depuis avril jusqu'à la fin de » l'année, et, en outre, une livre douze schellings^ » par mois pour Tentretien de chaque homme. Il » est convenu que l'armée se portera et agira sur » les points où les intérêts de TAngleterre et de la » Hollande réclameront sa présence. Toutes les. » conquêtes se feront au nom de ces deux puissan- » ces et demeureront entre leurs mains jusqu'à la » fin de la paix. L'une et l'autre auront im commis- » saire dans le camp prussien chargé des détails de- » la correspondance et des autres négociations né- » cessaires. r>
Il était difficile à l'Angleterre d'imposer des conditions plus onéreuses et plus humiliantes à un allié. Elle se réservait avec la conservation des conquêtes pendant la guerre, le droit de choisir celles qui lui conviendraient en importance et en nombre à la conclusion de la paix (1). Sous couleur maritime elle imposait sa politique coloniale au continent et déplaçait la balance européenne à son profit, . alors qu'elle paraissait la défendre. Les esprits habitués aux stipulations diplomatiques ne s'y trompèrent
(4) Voir aux Pièces justificatives les pièces officielles de la Conyention nationale sur la réunion de la Belgique et de Télectorat de Ma jence à la France.
pas ; ils prirent ce traité pour ce qu'il valait et le déclarèrent une duperie toute britannique. On lui reprocha de faire abjurer à la Prusse son rang comme Etat et de la rabaisser comme puissance militaire à un rôle secondaire. On conçut même, dans l'entourage de la Cour, des craintes pour l'avenir, car il renfermait des germes de mésintelligence. L'envoi d'un commissaire dans les états-majors prussiens était le dernier trait de l'habileté :
L'Angleterre devint, en 1794, par la volonté de Pitt,râme de la coalition. Les protestations des wighs furent impuissantes à courber cette haine implacable (1). L'Europe s'arma contre la France plus que jamais odieuse puisqu'elle devenait libre. L'esprit de l'ancien régime, cher aux protecteurs du passé, se lit chez nos voisins dans la plupart de3 us et coutumes de leur Constitution ; sa destruction était définitive chez nous et menaçait par contre coup l'organisation vieillie des autres peuples. Pitt éclata. Il voulait bien le parlementarisme sur les bords de la Tamise, mais il en refusait l'application transformée ailleurs, par excès de patriotisme. Le temps a prononcé contre lui, en faveur de la mission civilisatrice de la France.
On était alors au fort de l'orage révolutionnaire. La guerre contre notre patrie, quoique ruineuse et
(4) Fox le déclarait nettement :
«Pourquoi rejette-t-on sur la France toutes les accusations? La conduite de la cour de Berlin est-eUe donc si exemplaire ? »
punie par de ju&tes rerers, paraissait non seulement juste et néeemaire ; il semblait à ses inspirateurs que l'équilibre du monde politique et moral était en jeu. La défaite de la France pouvait seule le rétaWîr.
L'exaltation des Jacobins^ la création du Comité de Salut publie, la loi des suspects et la colère d^un gouvernement poussé aux extrêmes par la conduite de ceux qui les lui reprochaient, tels furent les motifs avoués de la coalition. L'opposition anglaise reprocha à Pitt d'avoir fomenté la guerre civile en Vendée comme la Prusse Tavait fait aux frontières ; elle accusa les deux cabinets d'avoir poussé aux massacres et d'y avoir mis la main avec a la cftnaille révolutionnaire » par des agents provocateurs, ruine et déshonneur tout à la fois I
A défaut de justice, la politique anglaise nous chercha des ennemis de tous côtés, La Hollande allait entrer en lice, l'Espagne luttait depuis l'année précédente, double gage d'une déroute coloniale et maritime qui acheva l'œuvre du traité de 1763. Dans la Méditerranée, l'Angleterre souleva les puissances italiennes; sur TOoéan, elle entoura les Antilles et favorisa la discorde entre les races à Saint-Domingue ; dans la mer des Indes elle ruina Pondichéry, modeste débris de notre grandeur sous cet hémisphère. Le duc d'Yorck commandait quarante mille hommes dans les Pays^-Bas et son gouvernenjent eouvrait d'or les n^fcenaires de la coalition.
Il semblait fue k France fitt une forteresse assiégée quil âilkit obtenir par ftimine ; la réduire att désespoir fat le ealcui peffide des cabinets de Londres, de Yieniie et de Berlin. M^is le successeur de Frédéric II songeait à la Vistote qu'il préférait &m Rfain et il se àissât que la possession des Gallicies serait plus profitable à son nouveau royaume que des conquêtes ehàrement achetées à Kehl. La haine de la Révolution $t les conseils de TÂngle** terra avaient vahica^ un jour^ ses béjsitations et Frédéric r€kiillaqme se prépara à reprendre son cravre de prince des Vandales, en Pologne (1).
Eei signant comme a/uxiliai/re le traité de 1798 <îonti^ Ja France r la Prusse provocatrice attesta qu'elle était bien une puissance de second ordre. L'orgueil poméranien ne cela point ses murmures an souverain qui l'avait sigaé, et les eq)rits expéri- Hientés se rappelant les malheurs de Tannée précé^ dente, parlèrent de désunion pour la prochaine gtserre. Mais la haine de nos principes, de notre Bôle,. de nos victoires, imprévu alarmant pour la eour de Frédéric II et pour ses gén&mix, porta la I^sse à la légèreté. Un des maréchaux qui avaient Cait la campagne de 9ept ans, continuateur du sys-
(1) Les wighs ne restèrent pas insensibles ans crimes de la 99rl^çfm&\ 1% ^Biév^e» 4793, F(nc reproehait aux paissanees allemaadee leai^ appëtii et tout politique pour 1«0 oondafioaaâr : « L* Autriche et \fk PrW6t B^éeria-Ml, notis ont empôdié de aftovfl»- It^ 9^ogfte malgré tout le désir» que aous peuvione en avoir. » ^
tème de Frédéric, le maréchal de Mollendorf, entra en campagne avant que l'Angleterre n'eût fourni ses subsides. Le premier paiement fixé par la convention n'était pas encore payé que le continuateur de la politique militaire de 1763 s'ébranla.
La Prusse marchait une troisième fois dans le& rangs de la coalition et se mettait enfin à sa tête^ comme elle l'avait fait pour la Pologne. Elle ignorait que la Providence allait nous permettre d'organiser la victoire (1). Hoche et Kléber, Desaix et Masséna^ Soult et Bonaparte, Moreau et Championnet, Marceau et Macdonald, Jourdan et Gouvion Saint-Cyr, étaient les instruments d'une nation luttant seule contre toutes, spectacle pour l'admiration des peuples^ leçon pour notre avenir I
Le 23 mai le maréchal de Mollendorf ébranlant ses troupes attaqua les lignes françaises; elles étaient situées alors de Kaiserslautern à Spire et entretenues par des réquisitions. La France jeta douze-cent mille hommes aux frontières. Les dissensions ne tardèrent pas à éclater parmi les alliés. La tactique de l'armée française dite de Sambre-ét-Meuse en fiit l'occasion. Les Prussiens d'abord si fougueux devinrent inactifs, puis furent rejetés sur Mayence. La
(1) C'est ce qui a fait dire à Qouvion Saint^yr : « Trois années de guerre ont suffî pour élever nos armées au niveau des meil* leures de l'Europe. » Mémoires, t. Il, chap. 6, p. 4 58.
Sur l'intimité d'entente qui existait dans les opérations dea généraux français, Mémoires dumaréchalJourdan, p. S1t«
défaite des Autrichiens en Belgique poussa le généralissime de Berlin à venger la victoire qui nous livrait ce pays après Fleur us, par quelque action d'éclat, il reprit l'offensive un moment pour arrêter l'effet des reproches qui allaient jusqu'à l'accuser de sacrifier sa patrie, l'Allemagne, à ses vues personnelles et à ses intérêts. Ce bel enthousiasme dura peu : Frédéric-Guillaume pensait déjà à négocier. La tiédeur l'emporta de nouveau, tant les vues secrètes étaient fortes, et la déplorable retraite sur Mayence fut le prélude de la séparation définitive. Elle s'accomplit au milieu des protestations des princes du Saint-Empire, qui déclarèrent que l'agrandissement en Pologne était la cause déterminante des décisions du cabinet de Frédéric. Cantonées à Cassel, fort avancé de Mayence, ses troupes ne prirent désormais aucune part à la guerre... Le chant du Rhin n'était pas encore une chanson patriotique à Berlin I
Devant une telle inaction, violatrice du traité de Postdam, les puissances alliées refusèrent de payer un auxiliaire aussi tiède, peu obéissant et parfois agressif à tout conseil. Lorsqu'on lui disait de marcher sur les Pays-Bas, il objectait que les prises de Maëstricht et deNimègue rendaient inutile toute tentative . Agir pour lui-même était devenu impraticable, il ne restait donc qu'à déposer les armes et à traiter avec les violateurs du droit des couronnes et du droit public de l'ancien régime 1
La Prusfte, altière en 1791, violente en 1792, dut demander en 1 794 la paix pour elle-même et pour quelques-uns de ses alliés !
Une guerre générale aussi longue, aussi terrible, pleine de revers pour la gloire et Porgueil des armées prussiennes et désastreuse pour les géniaux célèbres de Frédéric II, calma les passions* Les espérances, les unes folles, les autres sanguinaires, qu'avaient conçues les alliés au début des opérations, avaient été anéanties. Les cercles de Franconie et du Haut- Rhin entendaient revenir au calme d^une situation dont la politique aventureuse les avait fait sortir. Le fougueux Electeur de Mayence, éclairé par les: événements comme venait de l'être le jMrince-évêque de Liège, avait porté à la Diète de Ratisbomie la solennelle proposition de conclure la paix avec la France. La majorité des Etats de l'Empire appuya un vœu qui était dans les volontés de tous. Seuls, l'Electeur de Trêves toujours acharné, le Hanovre dont Pitt inspirait la politique, et TAutridie ulcérée de la perte de ses possessions espagnoles des Pays- Bas, votèrent la guerre sans merci.
Basée sur le vœu général, la Prusse vit avec une satisfaction d'amour-propre l'occasion de poursuivre enfin et ouvertement, cette fois, les négociations secrètes qu'elle avait déjà entamées avec le vainqueur. Toujours les mêmes moyens : précipiter TAUemagne dans les crises, paraître s'y dévouer une heure,^ puis se dérober au poids de sa responsabilité
par des intrigues^ politique de peuples primiti&I Le cabinet de Berlin, qui voyait partout kpdnfe de l'épée française PempOTter, cessa de craindre et stipula une trêve avec Pîchegru. Le 22 janvier 1795 ]es pouvoirs des diplomates des deux nations furent écfaaokgés sur im tœrain neutre, la Suisse, concession ine^érée d'un vainqueur bienveillant.
Le comte de (îoltz et Barthélémy furent les pléni* potentîalres chargés de régler les eonditioûs de ht paix. La France demandait toute la rive gauche du Rhkk, ce qui créa des difficultés parce qu'il s^ trouvait des possessions prussiennes. La Prusse fut èésitante, dans la crainte de paraître sacrifier^ par une aoœptation immédiate^ ses alliés. Le maré<chal de MoUendcwf reçut ordre de couvre la Wesit*phalie^ le prince de Hohenlohe resta dans le pays de Francfort sans bouger en présence des troupes francises qui menaçai^it de nouveau Mayence. L'Âu^ triche en conçut de Tirrilation à l'égard de sa rivale:. Mais le nouveau gouvernement de la République, pénétré d'un amour sincère pour la pâte, aussi meisuré que le Jacobinisme avait été violent, manifesta ses intenlÂon s pacifiques à Tégwd de la Prus% qui les méritait si peu, à ce point que la mort du comte de €k)ltz, survenue pendant 1^ négociations, ne paralysa en rien le succès final. Les armées restèrent en pF&^ence-des deux cètés sansen venir aux mains. Les émigrés durent sortir de la principauté de Neufchâtel à une époque fixée, le l®' avril, et le comte