POLITIQUE TRADITIONNELLE DE LA FRANCE AVEC LA MAISON DES HOHENZOLLERN
SOMMAIRE. — Considérations. — Politique de François !•' avec rElecteur-marquis de Brandebourg en 464 9. — Henri IV organise contre l'Autriche l'Union des princes. — Le marquis de Brandebourg, évêque de Strasbourg. — Henri IV fait investir le marquis du duché de Prusse par la Diète de Pologne. — Lettre du roi de France. — Traité de Hall entre la Prusse et la France. — Louis XIII s'allie à Dresde avec l'Electeur de Brandebourg. — Politique de Louis XIV avec la Maison de Hohenzollem. — La Prusse à Utrecht. — Traités de Breslaw et de Bâle. — Nos fautes.
L'ardeur de la Prusse à se faire l'agent principal etTavant-garde de la coalition contre la France, en 1792 , étonne d'autant plus les publicistes que les relations des deux pays avaient été des plus cordiales
depuis trois siècles. Nous allons en tracer les phases utiles à connaître.
La première de nos constatations remonte à 1 519, à rélection de Charles-Quint à TEmpire. L'électeur de Brandebourg joua dans ce conflit un des rôles principaux. Nous donnons sur le vif les phases diverses des négociations poursuivies par les deux compétiteurs. Le marquis Joachim et son frère Farchevêque-électeur de Mayence, devaient être les voix déterminantes du choix impérial : elles furent les plus disputées et les mieux payées. François I^f a prononcé sur ces brigues un jugement sans appel , il nous consolera un peu de ses erreurs.
La politique germanique d'Henri IV ressort d'un fragment de lettre écrite par lui à Maurice le Savant, landgrave de Hesse et son confident en Allemagne. On verra le roi de France demander à la Diète de Pologne et obtenir de son vote l'investiture du duché de la Prusse orientale pour l'électeur de Brandebourg. Le petit État contractera avec nous une alliance féconde en 1610. Louis XIII la renouvellera à Dresde en 1633. Louis XIV persistera dans une entente que la guerre de Hollande interrompra pour se renouer de nouveau à Nimègue, à Zanten et Saint-Germain-en-Laye. Les tendances de la Prusse à Utrecht, ses prétentions excessives presque satisfaites, la couronne royale placée sur sa tète, ses agrandissements en Hollande et en Suisse, tout continue une perfidie qui sera désormais le moyen le
plus sûr des ressorts diplomatiques du cabinet de Berlin.
L'entente de Louis XV avec Frédéric II aboutit, à un moment donné, à un revirement en faveur de TAutriche. Politique mobile et contradictoire qui ne pouyait que nous être funeste, dont le traité de Breslau, suivi de ceux de Berlin et de Dresde, fut la première conséquence et dont le traité de Paris dit le dernier mot. La perte de notre puissance coloniale fut le résultat de la diplomatie de Louis XV, secrète ou avouée. Les fautes de l'Europe furent grandes aussi.
La Hollande écrasée, l'Angleterre s'attribua l'empire des mers et une puissance financière sans rivale par l'extension et la prospérité de son commerce.
Guillaume III avait protesté dans l'ombre et par calomnie contre la monarchie universelle de la France, afin de monter sur le trône du Royaume- Uni et d'absorber la vraie force du monde politique, les affaires et le crédit. Il y parvint sûrement en nous arrachant les colonies, en portant la main sur celles de l'Espagne. Les troubles de la Révolution française devaient achever cette œuvre.
La Prusse toujours servie par nous, oublieuse de notre alliance, de notre or, de nos services, se joignit à nos ennemis, les devança même, sauf à implorer en 1795, après trois campagnes honteuses pour sa gloire et ses armes, une paix séparée. Merlin
de Thionville entendait arrêter la politique d^abaissèment contre l'Autriche. Le temps a justifié ses conseils.