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CHAPITRE VII

ETIENNE VII (i32i.i333)

|e règne de ce prince présente une suite presque ininterrompue de guerres, avec les Hongrois, avec les Bulgares, enfin avec l'Empereur grec.

On n'a pas oublié que Néda, fille d'Etienne VI et, par conséquent, sœur du roi régnant, avait épousé Michel, prince de Bulgarie. Tant que vécut Chichman, roi de Bulgarie, Michel resta en bons rapports avec son beau-frère, le roi de Serbie, mais à peine se vit-il sur le trône qu'il jeta le masque et n'eut plus qu'un but : porter atteinte à la puissance de ses voisins.

Il commença par offenser Etienne VII gravement, en divorçant avec la princesse Néda, sa

femme,, et la renvoyant en Serbie avec son fils Alexandre. Puis il chercha des alliés de toutes parts, sollicita la main de la sœur d'Andronic II, excita secrètement les Hongrois contre les Valaques, alliés des Serbes.

L'Empereur remit à plus tard une guerre nouvelle contre les Serbes ; celles qu'il soutenait avec peine en Asie-Mineure lui suffisaient.

Au contraire, le roi de Hongrie embrassa avec ardeur les propositions de Michel. La conduite du monarque hongrois serait difficilement explicable, si Ton ne connaissait son caractère et son origine.

Charles, comte d'Anjou, de Provence et du Maine, frère de Saint-Louis, roi de France, revenant de la dernière Croisade, avait conquis le Royaume des Deux-Siciles et plus tard fait épouser à son fils Charles - Robert, Marie, fille d'Etienne V, héritière du Royaume de Hongrie.

Après une lutte contre différents compétiteurs, Charles-Robert devint réellement roi de Hongrie en i3io. Rêvant de fonder un grand Empire, ambitieux, hardi, brave et entreprenant, le neveu de Saint-Louis s'empressa de s'immiscer dans les affaires de Bulgarie, celles de la Hongrie ne suffisant plus à son activité.

La conquête de la Valachie lui sembla facile à exécuter; il réunit une armée et fit subitement irruption dans ce duché. Les Valaques, incapables de lutter avec leurs seules forces contre le roi de

Hongrie, reculèrent dans Pintérieur cki pays; Charles - Robert commit l'imprudence de les suivre. Pendant ce temps, Etienne VII, se portant au secojirs du duc de Valachie, son beau-père, passait le Danube à Widin et s'avançait sur les traces de l'armée hongroise. Quand Charles-Robert s'aperçut de sa position défavorable, il était trop tard pour y remédier; il essaya de culbuter l'armée serbe pour s'ouvrir un passage et une retraite. La valeur des Hongrois échoua devant la résistance des troupes d'Etienne.

Pendant le combat, l'armée valaque prit les Hongrois à dos et 'la déroute de Charles- Robert fut complète.

Le roi de Hongrie rentra dans ses États, accompagné des rares survivants de cette sanglante bataille.

C'est ainsi que les Serbes étaient amenés indirectement à combattre les Hongrois pour le plus grand profit de Michel, roi de Bulgarie.

Du moins, ce prince l'espérait, car tandis que l'armée serbe guerroyait sur la rive gauche du Danube, Michel, remontant la rive droite, ravageait la province de Widin, dégarnie de troupes. Le châtiment de cette conduite ne se fit pas attendre, et le prince bulgare recueillit le fruit de sa politique tortueuse.

Etienne, vainqueur de Charles-Robert, vola vers sa frontière violée et, repassant le Danube en dessous de l'armée bulgare, l'attaqua avec impé-

tuosité. La victoire ne fut pas un seul instant douteuse ; les Serbes anéantirent l'armée ennemie et Michel paya de sa vie sa mauvaise foi.

On dit que Douchan, fils aîné d'Etienne, tua de sa propre main le roi de Bulgarie.

Etienne VII remit sur le trône de Bulgarie sa sœur Néda, avec le titre de régente, pour le compte de son jeune fils Alexandre encore mineur. Mais elle dut faire hommage au roi Etienne, qui ajouta dès lors à tous ces titres celui de roi de Bulgarie (i327).

Restait un troisième ennemi à combattre : l'Empereur Andrpnic II, qui après avoir d'abord dififéré le concours demandé par Michel contre Etienne, s'était décidé à lui donner satisfaction, quand il sut le roi de Serbie engagé avec les Hongrois de Tautre côté du Danube. Un corps d'armée grec menaçait les frontières serbes.

Volant de succès en succès, le prince Douchan, après sa victoire en Bulgarie, tomba sur les troupes impériales, les mit en déroute et s'empara d'une partie de la Macédoine. La paix fut conclue avec l'Empereur, mais Etienne garda la moitié de la Macédoine à titre de dédommagement (1329).

On est profondément étonné quand on considère la conduite d'Etienne VII envers la cour de Byzance, à la suite de cette dernière guerre.

N'avait-il point été lui-même victime de l'ambition de Simonide ? N'avait-il point failli perdre la vue par ses ordres et n'était-il point resté sept

ans en captivité ? Il devait tout cela à une fille de l'Empereur. Et cependant Etienne VII épousa une princesse grecque, parente d'Andronic III, imitant en cela la faute de son père et s'exposant aux mêmes conséquences que lui. Elles furent absolument identiques et Ton vit sous les deux règnes se renouveler dans les mêmes conditions les luttes sur les marches du trône.

Fidèle aux injonctions d'Andronic III, la nouvelle reine voulait voir régner son fils Sinica, au détriment de Douchan, héritier légitime d'Etienne VII.

Ce prince, que sa bravoure et son habileté dans les dernières campagnes rendaient cher à l'armée serbe, dont il était le véritable chef; que sa bonté envers le peuple faisait l'idole de la nation, Douchan, disons-nous, démasqua la conduite de la reine et, pour mettre un terme à ses intrigues, réclama une part dans le pouvoir suprême.

Les grands du royaume l'appuyaient ouvertement, et, sur leurs conseils, le prince s'éloigna de la cour et se retira dans la province de Zinta où il se fortifia.

Mais l'armée serbe ne permit pas que son chef devint l'objet des vengeances de la reine et eût le sort que Simonide avait fait subir à Etienne VII. Elle encouragea sa résistance €t quelques combats se livrèrent entre les partisans de Douchan et ceux de la reine, sans résultats définitifs d'ailleurs.

Il fallait en finir. Douchan, toujours énergique, estima que le bien du royaume et l'avenir de la Serbie devaient primer toute autre considération, même ses devoirs envers son père.

Suivant ses ordres, on tendit une embuscade au roi ; il y tomba et fut fait prisonnier, puis Douchan, acclamé par ses soldats, monta sur le trône.

Etienne Vil survécut peu de temps à sa chute; son fils lui réservait un traitement digne de son rang ; malheureusement, il se trouve toujours dans l'entourage des princes des agents trop zélés qui outrepassent les ordres de leurs maîtres, croyant ainsi les satisfaire et aider à leur propre élévation. Ce fut le cas pour Douchan. De vils courtisans firent périr l'infortuné Etienne, et osèrent réclamer le prix de ce forfait. Indigné, rempli de honte et de douleur, Douchan tira de ce crime une éclatante vengeance, car ce prince chevaleresque, s'il entendait prendre en mains les rênes du gouvernement, dans l'intérêt de son peuple, ne voulait point attenter à la vie de son père. Son grand caractère est d'ailleurs trop connu pour qu'on puisse un seul instant soupçonner sa connivence dans la fin tragique d'Etienne VII.

On enterra en grande pompe le monarque décédé dans le monastère de Detchami qu'il avait fondé et dont le nom de Detchanski lui resta. ,

Ce prince, ainsi que son père, se plaisait à doter les villes de Serbie de nombreuses églises, de couvents et d'institutions religieuses de tou| genres. L'influence des deux princesses grecques que ces rois avaient épousées se faisait sentir particulièrement dans les affaires religieuses ; c'est à elles qu'on doit l'introduction en Serbie de beau« coup d'usages byzantins.

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