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CHAPITRE IX

OUROCH V, Tzar de Serbie (i356-i367

I encore le successeur de Douchan sur le trône impérial de Serbie avait possédé quelquesunes des qualités qui distinguaient le Tzar décédé, mais non : Ouroch, son fils, bien que doué d'intelligence, joignait à un manque d'énergie un caractère trop pacifique pour la grande situation qu'il occupait.

Agé de dix-neuf ans, entouré de courtisans incapables qui le dominaient, Ouroch ne tarda pas à recueillir les fruits de la seule faute qu'eut commise Douchan : celle d'avoir divisé son Empire en quatorze grands fiefs, donnés à de puissants seigneurs qui l'avaient bien servi. Mais, cette faute, pouvait-il l'éviter? Cela nous semble

fort difficile, car ne perdons point de vue que nous sommes en pleine féodalité, et que TEmpire serbe ne répondait nullement à l'idée que nous nous faisons aujourd'hui d'un grand État, dans lequel tout se centralise entre les mains du pouvoir exécutif.

Tant que la main puissante de Douchan tint enserré le faisceau des États qui formaient l'Empire serbe, personne n'osa s'écarter du devoir ni manifester aucune velléité d'indépendance, tant était grand le prestige du Tzar.

Malheureusement il mourut avant que ses conquêtes fussent suffisamment assimilées à la Serbie et eussent perdu toute idée de sécession.

Du jour où le pouvoir passa aux mains débiles d'Ouroch V, l'édifice, péniblement édifié, croula de toutes parts ; chargées d'un fardeau qu"elles ne pouvaient supporter, les épaules du jeune Tzar plièrent sous le poids de l'autorité suprême.

Néanmoins, les premières années du règne se passèrent sans aucune grave complication intérieure ou extérieure.

L'irruption de l'émir Amurat II dans la Romanie, en i36o, fut le point de départ de la dissolution de l'Empire serbe. Lorsque les généraux de l'Émir s'emparèrent d'Andrinople et de toutes les villes environnantes et que l'Émir établit le siège de son gouvernement dans sa nouvelle con»» quête, Ouroch ne sut point enflammer ses vassaux contre Tenvahisseur ; il se contenta de passer un

traité d'alliance défensive avec Jean Paléologue, Indignés de cette pusillanimité et cédant à leurs tendances séparatistes, deux grands vassaux, Siniha , demi-#ère de Douchan, et Nikiphor, gouverneur de Thessalie, se séparèrent de l'Empire serbe et proclamèrent leur indépendance.

L'année suivante (i 362), Amurat, qu'une révolte de ses sujets asiatiques avait momentanément éloigné de l'Empire, reparut avec une nombreuse armée, que les Génois transportèrent en Europe moyennant soixante mille pièces d'or. Jean Paléologue se porta à sa rencontre avec une armée grecque et serbe, et fut complètement défait sous les murs d'Andrinople. Ce nouvel échec porta un grand coup à l'Empire Serbe, nombre de vassaux se voyant dans l'impossibilité de se défendre contre les Turcs, préférèrent se séparer et sous prétexte de se fortifier chacun dans leurs provinces, rompirent les liens de vasselage qui les unissaient encore à Ouroch V. La Bulgarie et l'Albanie furent de ce nombre. Cependant tout n'était pas encore perdu et si les circonstances devenaient plus favorables, l'empire pouvait se maintenir, malheureusement la révolte s'éleva au sein même de la cour.

Un seigneur du nom de Voukachine, comblé de bienfaits par Douchan, allié à la famille impériale, jouissant d'un grand crédit, s'était érigé en conseiller du Tzar Ouroch, et possédait une in-

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fluence considérable dans toutes les affaires de la Serbie.

Ouroch, qui Testimait beaucoup, lui avait donné le gouvernement de la Belmatie et de la province de Raguse; mais cela ne suffisait plus à l'ambition de Voukachine qui, profitant de la faiblesse de son maître, et de sa parenté avec lui, en arriva bientôt à se considérer comme le véritable souverain de la Serbie. De là à aspirer au pouvoir suprême, il n'y avait qu'un pas. En vain essaya-t-on d'ouvrir les yeux d'Ouroch sur les intentions de son conseiller, il n'en voulut rien croire jusqu'au jour où Voukachine, après avoir solidement assis son autorité dans sa province, réunit une armée et marcha sur Pristina.

Ouroch s'aperçut trop tard de son indifférence, les seigneurs que sa faiblesse éloignaient de lui, l'abandonnèrent à son sort, et le Tsar se trouva presque sans troupes en présence de son sujet rebelle.

Vaincu, chassé de sa capitale, Ouroch chercha son salut dans la fuite.

Il se dirigea vers la Bosnie, mais des émissaires que Voukachine lança à sa poursuite, l'atteignirent et le massacrèrent sans pitié.

Le fils unique de l'illustre Douchan périt misérablement de la main de ses propres sujets ; bien triste fin, pour un si grand nom (1367).

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VOUKACHINE, Tsar de Serbie (iSôj-iSji)

Bien que son élévation au pouvoir fut le fruit d'une indigne trahison, Voukachine obtint la reconnaissance des vassaux, cependant un autre prince se trouvait plus rapproché que lui du trône. Lazare Gréblianovich, gouverneur de Syrmie et de Bosnie, avait épousé sous le règne de Douchan, la princesse Militza, issue en ligne directe de Voue, troisième fils d'Etienne Némania. Lazare était donc l'héritier légitime du trône de Serbie, par les droits qu'il tenait de sa femme ; on les méconnut, où plutôt Lazare ne voulant point être soupçonné d'avoir trempé dans les intrigues qui amenèrent la fin tragique d'Ouroch V, se tint volontairement à l'écart pour le moment, se réservant pour l'avenir.

A partir de cette époque, l'unique préoccupation des Serbes, devint l'invasion des Turcs Ottomans. Déjà maîtres d'Andrinople et de Gallipoli, les infidèles visaient au renversement de l'Empire grec et à l'asservissement de toutes les nations qui l'environnaient. On n'eût plus d'autre pensée que de leur résister énergiquement et de solliciter de la Chrétienté des secours pour défendre Constantinople.

La Serbie, par sa situation géographique, restera pendant quatre siècles la position avancée de

l'Europe vers l'Orient, le boulevard, pris et repris maintes fois, sur lequel la croix et le croissant se se livreront des combats acharnés.

Jean Paléologue parcourut la Hongrie et l'Italie pour demander des armes contre Amurat, l'Empereur grec poussa l'abaissement jusqu'à reconnaître en 1369 l'autorité du Pape, à abjurer sa foi orthodoxe ; malgré cela il ne put rien obtenir d'efficace. Pendant ce temps, Amurat II parti d'Andrinople, s'emparait de la haute vallée la Maritza qui appartenait au Tsar de Serbie,

Le Tsar Voukachine convoqua une Skouptchina extraordinaire, et suppliant ses vassaux d'oublier leurs querelles, ordonna la levée en masse de tous les Serbes pour défendre le sol de l'empire. Saisis d'un enthousiasme indescriptible, soixante mille hommes répondirent à son appel, s'il faut en croire les historiens nationaux.

C'était la guerre sainte, celle que les pesmas Serbes ont chantée. La période épique de la Serbie va commencer, avec des alternatives de succès et de revers elle durera jusqu'au milieu du XIX* siècle, pour aboutir au triomphe final et à la reconstitution de la Royauté Serbe.

Descendant le cours de la Maritza, Voukachine rencontra les Ottomans le 5 septembre iSji, sur les bords de ce fleuve non loin d'Andrinople et dans la plaine où, quatre ans auparavant il avait vaincu l'infortuné Ouroch V. La bataille dura

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deux jours ; le premîer jour les Turcs enfoncés par les charges impétueuses des Serbes furent rejetés dans les flots de la Maritza et périrent en grand nombre. Amurat s'enfuît de toute la vitesse de son cheval et ne put rallier les fuyards que sous les murs d'Andrinople.

Voukachine qui avait payé de sa personne comme le plus humble de ses soldats, coucha victorieux sur le champ de bataille.

Mais l'Emir n'était point de nature à accepter sa défaite sans tenter un nouvel effort, pour la réparer, dans la nuit qui suivit la bataille il ras* sembla dans Andrinople tout ce qu'il put trouver de troupes, se mit en marche sans prendre de repos et avant l'aube surprenait les Serbes écrasés de fatigue et encore endormis.

En vain le Tsar fit des prodiges de valeur, la position des chrétiens était défavorable ; ils furent taillés en pièces. Voyant ses troupes vaincues, Voukachine ne voulut point survrivre à sa honte. Il fit une dernière charge désespérée, et entouré des siens il périt héroïquement accablé sous le nombre (6 septembre iSji).

Telle était la vitalité de la nation que cette défaite ne l'anéantit point; elle se releva bientôt, et n'ayant plus de Tsar, acclama Lazare Gréblîanovich allié par son mariage à la famille royale des Némania.

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