‹ Le royaume de SerbieChapitre 16 sur 38 · ETIENNE IX · texte numérisé non relu

ETIENNE IX

La Tzarine Militza fit proclamer son fils Etienne ; mais le Sultan , s'ingérant dans les affaires intérieures de la Serbie, posa les bases d'un arrangement, dont voici les points principaux : •

Etienne régnerait sur la Serbie proprement dite, la Bosnie, la Dalmatie et la Rascie, il prendrait le titre modeste de Despote, paierait un tribut annuel et renoncerait à la Macédoine et à tout le pays situé au sud des montagnes Argentaro. De plus, Mileva, fille unique de Lazare, épouserait Bajazet ; enfin, le Despote de Serbie tiendrait à la disposition du Sultan un corps de troupes, dont le jeune prince Voue, frère d'Etienne, aurait le commandement.

Il fallut obéir à toutes les volontés du vainqueur, subir toutes les humiliations, pour conserver une ombre d'indépendance : les seigneurs serbes échappés au désastre de Kossowo baissèrent la tête, et pleins de haine et de désespoir regagnèrent leurs voivodies.

Etienne IX se montra plein de résignation dans le malheur, il renonçait avec amertume au titre d'Empereur, que quatre souverains de Serbie avaient porté avant lui. Retiré dans l'intérieur de ses États, il se consacra exclusivement à répa-

rer les pertes subies dans la dernière campagne; grâce à des soins assidus et à une sage administration, il y réussit dans une certaine mesure, tant est grande la vitalité de la race serbe.

La Tzarine Militza, après avoir partagé avec son fils le gouvernement de Serbie, se retira bientôt dans un monastère, où elle termina ses jours saintement.

Jean Paléologue étant mort en iBgi, son fils Manuel monta sur le trône et, aussitôt son avènement, implora le secours des princes chrétiens contre Bajazet, qui serrait de près Constantinople.

La fameuse bataille, qui se termina dans les plaines de Nicopolis, fut le résultat des démarches de Manuel.

Lorsque les Hongrois et les Français eurent opéré leur jonction, les hostilités commencèrent sur les riv«s du Danube, et les Ottomans, repoussés de toutes parts, abandonnèrent leurs conquêtes en Bulgarie.

Etienne IX ne prit aucune part à cette guerre et garda une stricte neutralité. Il estimait avec raison que la Serbie avait assez combattu pour la Chrétienté et son traité avec Bajazet lui faisait craindre un châtiment terrible s'il le rompait et que les Chrétiens eussent le dessous.

Heureusement pour Thonneur de la Serbie, le corps de troupes confié au Sultan guerroyait en Asie-Mineure contre les Tartares, à l'époque de la bataille de Nicopolis (iSgô).

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Cette grande défaite des Chrétiens n'apporta aucun changement dans l'état de la Serbie, seulement elle lui enleva un dernier espoir de s'affranchir du joug des Ottomans.

Constantinople serait tombée au pouvoir de Bajazet sans l'apparition de Tamerlan le grand Khan des Mongols, dans les provinces orien* taies de l'Asie Mineure. Le Sultan marcha à sa rencontre avec une nombreuses armée, dans laquelle figurait un corps de Serbes, commandés par Etienne IX en personne. Ils combattirent à Ancyxe, et, lorsque Bajazet, vaincu et pris, fut envoyé à Samarcande, pour mourir bientôt au cours de ce long voyage, le Despote de Serbie rentra dans ses États, avec le reste de ^a petite armée (i4o3).

Les luttes sanglantes que soutinrent les uns contre les autres les cinq fils de Bajazet, lais* sèrent à la Chrétienté quelques années de répit.

Etienne fut le premier à en profiter et saisit cette occasion pour modifier la Constitution de son royaume. Il créa deux assemblées, l'une composée de volvodes ou seigneurs, l'autre de représentants de toutes les autres classes de la Société. Lui-même présidait la Chambre Haute. Une loi pour être exécutoire devait recevoir la sanction des deux assemblées.

En pleine féodalité, cette essai d'un gouvernement représentatif est digne de remarque, il

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montre que les Serbes étaient en avance sur les autres nations, et combien il est regrettable que des institutions si fécondes en résultats n'aient pu se développer par suite de la conquête turque.

En 1403, Etienne épousa une princesse grecque, proche parente de l'Empereur Jean Cantacuzène; malheureusement, cette union resta stérile, et la nation fut exposée à un nouveau changement de dynastie.

Les rivalités des fils de Bajazet eurent pour la Serbie un contre-coup violent : Tun d'eux, Soliman, successeur de son père, mit dans sa querelle Voue, frère cadet d'Etienne IX, et, malgré les supplications du sage Despote serbe, le prince passa l'Hellespont avec une troupe nombreuse et se mit au service de Soliman.

L'ambition de Voue le poussait dans cette voie fatale ; il aspirait à supplanter son frère, et le Sultan favorisait ses vues de tout son pouvoir.

L'année suivante, Soliman, battu par son frère Moussa, puis assassiné, laissa Voue et ses soldats en butte à la vengeance de ce dernier. Elle ne se fit pas attendre longtemps. Le nouveau Sultan, indigné, ordonna que Voue aurait la tête tran«« chée (1410). Puis, poussant plus loin les représailles, il prétendit rendre Etienne complice de son frère et lui déclara la guerre.

Etienne, préparé à la lutte, l'affronta avec courage; elle ne lui fut point favorable ; écrasés sous

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le nombre, dans les plaines de Verbitza, les Serbes connurent une fois de plus les amertumes de la défaite, des pillages et de l'invasion. Le Sultan dépouilla le prince d'une notable partie du bassin supérieur de la Morawa (141 3).

Mais les Serbes n'attendirent pas longtemps leur vengeance : elle sortit de la famille même de l'indigne Moussa.

Mahomet, fils du dernier frère de Moussa, exilé à Amasie, reparut tout à coup sur la scène et réclama la part d'héritage de son père. De nombreux Émirs, fatigués du despotisme de Moussa, se rangèrent autour de lui, on courut aux armes. Deux fois battu, Mahomet ne se décourage point ; il sollicite des secours au dehors, l'Empereur Manuel le soutient, Etienne IX ne peut contenir l'ardeur de ses sujets, brûlant de se venger de Moussa, et appuie Mahomet d'une nombreuse armée.

Triste époque où les princes chrétiens en étaient réduits à entretenir les guerres civiles des Ottomans, afin d'en obtenir, comme récompense, quelques lambeaux de leur patrie déchirée !

Mahomet rencontra son oncle à peu de distance de la mer Noire. Pendant la bataille, la cavalerie de Moussa, passant du côté opposé, donna la victoire au jeune prétendant.

Le Sultan, vaincu, prit la fuite, se jetta dans un

marais et périt sous le sabre d'un cavalier qui le

poursuivait (1414).

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Proclamé Grand Sultan à Brousse, Mahomet n^eut rien de plus pressé que de s'acquitter envers l'Empereur et le Despote de Serbie, auxquels il devait la victoire. Jamais prince musulman n'avait montré autant de dispositions amicales pour les Chrétiens. Manuel reprit ses places de la Propontide et de la Thessalie, Etienne rentra en possession de tout le bassin supérieur de la Morawa, et fit avec le nouveau Sultan un traité beaucoup moins onéreux que les précédents.

La Serbie se sentait revivre, l'avenir lui paraissait rassurant; malheureusement ces illusions durèrent peu, la mort de Mahomet I«% tué dans un accident de chasse, et l'avènement d'Amurat II changèrent la face des choses. Cependant le règne d'Etienne IX se termina pacifiquement.

Dès 1425, nombre de Serbes désespérant du salut de leur patrie avaient émigré en Hongrie, où Sigismond les reçut avec joie, car il appréciait leur valeur guerrière; il les établit, de concert avec Etienne, sur les bords de la Theiss et leur donna des terres considérables.

Tel fut le commencement de ces colonies serbes, qui devinrent si importantes dans la suite et dont nous aurons souvent l'occasion de nous occuper.

N'ayant pas d'enfants, ni d'héritiers directs et

entant venir la mort, le sage Despote de Serbie

manda Georges Brankovitch, fils du trop célèbre

Voue Brankovitch, dont la conduite à Kossowo

et les intrigues avaient causé tant de ruines et de malheurs.

Etienne pardonna à Georges les fautes de son père, la réconciliation fut sincère, et le jeune prince, objet de la confiance du Despote, devint son successeur désigné.

Le 19 juin 1427, Etienne IX rendit le dernier soupir dans le château de Screbrenick, emportant dans la tombe les regrets de son peuple, dont il avait, à force de sagesse, maintenu l'existence politique au milieu d'une période si funeste. Avec lui disparut le dernier souverain serbe issu du sang des Némania.

Depuis l'avènement d'Etienne Némania en 1 143, les rois serbes s'étaient succédés de père en fils jusqu'à la mort d'Ouroch V, en iSôj; après l'usurpation de Voukachine, la dynastie remonta sur le trône dans la personne de Lazare, pour s'éteindre définitivement en 1427. Ajoutons que les Némania étaient les descendants directs de Vlastimir, dont la famille régna de 809 a 1143 sous le nom de Princes ou Grands Zupans de Serbie.

Peu de pays offrent le spectacle d'une race souveraine ayant occupé le trône pendant un temps aussi considérable : cinq siècles et demi.

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