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CHAPITRE PREMIER

Les Snccesseufs de Georges Brankovitch

'ÈRE moderne débute pour le pays qui nous occupe dans de bien tristes conditions; elles furent le prélude de toutes les persécutions et de tous les maux que sa résignation devait subir pendant plusieurs siècles.

Mahomet II, à peine assis sur le trône de Byzance, s'élança vers de nouvelles conquêtes. Belgrade, la clef de la Hongrie, la position la plus forte du Bas-Danube, la forteresse que les Ottomans appelaient la Ville de la Guerre sainte^ avait déjà deux fois repoussé les armées des Infidèles. Le vainqueur de Constantinople voulut essayer sa puissance contre l'invincible cité serbe.

Dès le printemps de Tannée 1455, une grande expédition, conduite par le Sultan en personne, remonta le cours du Danube et vint mettre le siège devant Semendria, capitale de Georges Brankovitch. C'était le prélude du siège de Belgrade.

Au moyen d'énormes bombardes, les Turcs firent pleuvoir sur la malheureuse ville une grêle de boulets de pierres, qui eurent bientôt détruit toutes les maisons.

Les Serbes, écrasés sous le nombre des assaillants, furent forcés de se rendre ; et Semendria, dépouillée de toutes ses richesses par les vainqueurs, n'offrit plus qu'un monceau de ruines.

Georges Brankovitch, après la perte de sa capitale, passa en Hongrie pour se joindre, avec les débris de son armée, aux forces que Jean Hunyad préparait à la guerre. Une grande partie de la population de Semendria suivit le Despote et alla grossir les colonies serbes de la Hongrie.

Il ne s'agissait plus pour Georges d'obtenir la paix de Mahomet, la trêve de Szegédin était expirée depuis deux ans et le Sultan ne voulait entendre aucune proposition avant d'avoir pris Belgrade.

L'investissement de cette place commença enfin, Deux cent mille Ottomans la bloquaient par terre, deux cents galères tenaient le cours du Danube ; plus de trois cents pièces de canon, de

dimensions énormes, comme on les fondait à cette époque, vomissaient le mort et la destruction sur la ville.

Elle résistait héroïquement, car Jean Hunyad s'avançait à son secours à la tête d'une armée de soixante mille hommes, que les prédications ardentes du moine franciscain Capistran avait entraînés de tous les points de l'Europe orientale, à la défense du boulevard de la Chrétienté.

Un crucifix à la main, ce prêtre intrépide accompagnait les troupes au combat, ses discours pleins d'une éloquence sublime inspiraient aux Serbes et aux Hongrois un enthousiasme indescriptible et leur faisaient accomplir des exploits qui tenaient du prodige.

Pendant qu'une partie de l'armée de Jean Hunyad s'approchait de Belgrade par terre, celui-ci, monté avec le reste de ses troupes sur des galères, descendait le Danube ; la flotille ottomane se porta à sa rencontre et une bataille navale eut lieu sur le fleuve ; les galères de Mahomet, abordées courageusement, furent emportées de haute lutte et presque toutes coulées. Immédiatement, Jean Hunyad débarqua dans l'intérieur de la ville et ses troupes, venues par les rives du fleuve, purent se jeter dans la place.

Désormais, on pouvait lutter avec avantage contre le Sultan. Jean Hunyad devint Tâme de la résistance de Belgrade ; pendant quarante jours.

rartillerie turque battit les murailles; ne pouvant les réparer, les Serbes et les Hongrois construisaient une seconde enceinte en dedans de la première. Enfin, le 21 juillet 1456, Mahomet, estimant les murs suffisamment battus en brèche, ordonna un grand assaut.

Les intrépides janissaires, vigoureusement enlevés, franchirent la première enceinte, ils se croyaient maîtres de la place, quand la seconde muraille, dont ils ne soupçonnaient point l'existence, se dressa devant eux : ils s'arrêtèrent pleins d'étonnement ; Jean Hunyad, saisissant ce moment favorable, sortit avec toutes ses troupes et tomba sur l'infanterie turque désorganisée. Une mêlée terrible suivit et vingt à vingt-cinq mille cadavres ottomans jonchèrent les fortifications de Belgrade. Le Sultan lui-même fut grièvement blessé, en excitant ses troupes au combat, et ne dut son salut qu'au dévouement de ses gardes, qui se firent tuer pour favoriser sa fuite.

La formidable artillerie des Turcs, tous leurs bagages et un nombre considérable d'armes et de chevaux restèrent dans les mains des vainqueurs.

Mahomet II s'enfuit à Andrinople, où il rallia le reste de son armée.

Jean Hunyad et Capistran ne survécurent point à leur triomphe, une maladie contagieuse, pro» duite par les misères et les privations du siège, les emporta tous deux, ainsi que nombre de leurs braves compagnons.

La mort de Hunyad, dit un historien, fut une calamité, non seulement pour la Hongrie, mais encore pour le monde chrétien tout entier.

Le règne si agité de Georges Brankovitch se termina tranquillement, la déroute des Ottomans lui permit de rentrer en possession de ses Etats et de Sophia : il expira à 91 ans, entouré de ses enfants, dans sa capitale Semendria, la veille de Noël de Fan 1457.

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